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Photo J.-C.L.

Dix ans d’âge. Pour un whisky, c’est sans doute un minimum mais pour un festival… Né en 2009 à Lyon avec Clint Eastwood en prix Lumière, le festival du même nom a gagné ses galons. Organisé par l’Institut Lumière avec le soutien de la ville de Lyon et de sa métropole, le festival Lumière a ceci de particulier qu’il propose des projections dans l’ensemble des cinémas de l’agglomération. Et, atout supplémentaire, il conjugue les films de patrimoine avec les professionnels d’aujourd’hui. Tout au long de la semaine (du 12 au 20 octobre 2019), il propose un tel échantillon qu’on ne peut plus parler de films d’avant et films actuels. N’existe plus que le cinéma et voir, par exemple, un film à la Halle Tony-Garnier devant cinq mille personnes a de quoi ébranler le plus endurci des cœurs. D’autant que les clips savamment confectionnés par l’Institut Lumière — sur la programmation mais aussi sur chacun des invités d’honneur — vous mettront facilement la larme à l’œil si vous êtes un passionné. Et des passionnés, ici, c’est pas ce qui manque. Il n’y a qu’à voir l’engouement et les files d’attente devant les cinémas.

Parmi les nombreux invités, on reconnaît ici Emmanuelle Devos, Xavier Dolan, Bertrand Tavernier, Frances McDormand, Donald Sutherland, Vincent Elbaz et Lambert Wilson (Photo J.-C.L.)

Dix ans d’âge, donc, et onzième édition avec Francis Ford Coppola qui se verra remettre le prix Lumière vendredi prochain. En attendant, pour l’ouverture ce 12 octobre, c’est donc cinq mille spectateurs qui ont assisté à la montée sur scène de Donald Sutherland accompagné par son épouse, l’actrice québécoise Francine Racette, suivis par Frances McDormand, Daniel Auteuil, Lambert Wilson, Barbet Schroeder, Marisa Paredes, Luc Dardenne, Émilie Dequenne, Emmanuelle Devos, Hafsia Herzi, Danielle Thompson, Monia Chokri, Vincent Elbaz, Xavier Dolan, Patrick Timsit, Laurent Gerra, Antoine Duléry, Jean-Paul Rappeneau, Jaco Van Dormael, Tonie Marshall, Slimane Dazi… Ils étaient accueillis par les maîtres d’œuvre de la manifestation, Thierry Frémaux — qui est aussi le délégué artistique du festival de Cannes — et Bertrand Tavernier qui lançaient au fur et à mesure quelques informations diverses et variées, de l’arrestation de Jane Fonda à Washington — l’actrice reçut le prix Lumière l’an dernier — à la venue d’Alain Chamfort pour une soirée Reggiani ou de la projection, en deuxième avant-première après Berlin, de la copie restaurée de La roue d’Abel Gance, chef-d’œuvre de près de sept heures. « Ceux qui y seront pourront dire j’y étais », ajoutait, narquois, Thierry Frémaux.

 

Photo J.-C.L.

 

« L’édition va être formidable », se réjouissait Bertrand Tavernier qui, dès le matin, avait présenté Employee’s Entrance à l’Institut Lumière. Ce film de 1933 de Roy Del Ruth fait partie d’une sélection Pré-Code (c’est-à-dire avant l’instauration du code de censure Hays) fort réjouissante. Tavernier expliquait que ce code fédéral avait été établi pour que les films ne subissent plus de censures locales dans tel ou tel état. « Il a été écrit par un jésuite et un dominicain sous la supervision de Will Hays. Lors du krach boursier de 1929, les studios avaient connu une énorme chute de recettes. Ils ont alors demandé qu’on n’applique pas tout de suite le code. Pendant quelques années, ce fut une période de liberté. Le code a ensuite été imposé par Joseph Breen, admirateur de Mussolini, antisémite et soutien d’Hitler. »

 

 

Cette période Pré-Code, remarque-t-il encore, regorge de « films audacieux, dont beaucoup dirigés par des metteurs en scène jamais étudiés. Ainsi Roy Del Ruth, qui en signe sept ou huit très bons à cette époque. Il était technicien plus qu’auteur et tributaire du studio qui l’employait. Ici, c’était la Warner, alors dirigé par Darryl Zanuck, plus audacieux que Hal Wallis. Audacieux sur le plan sexuel et économique. Tout cela va disparaître du cinéma américain à l’arrivée du code. »

Mais revenons à l’inauguration. « Vous allez avoir des surprises extraordinaires », continuait Bertrand Tavernier. Impossible de lui donner tort au vu du programme : rétrospectives en leur présence de F. F. Coppola, Frances MacDormand, Daniel Auteuil, Bong Joon-ho, Donald Sutherland, Marco Bellocchio, Marina Vlady, Gael Garcia Bernal, mais aussi coups de chapeau à André Cayatte, au Hollywood Pré-Code, à Lina Wertmüller, aux grands classiques noir et blanc, à Dominique Laffin — avec Jacques Doillon et Clémentine Autain —, présence aussi de Martin Scorsese, Ken Loach sans parler de tous ceux qui viendront parler d’un film ou deux, les leurs ou ceux qu’ils aiment.

D’ordinaire, après le lancer de confettis de plus en plus généreux, c’est un film du patrimoine qui ouvre les festivités, exception faite de The Artist qui fut présenté en 2011. Cette année, ce fut La belle époque de Nicolas Bedos. Occasion pour lui de dire quelques mots, lançant à Frémaux : « Je veux partir. Tu nous a écrasés de tellement d’idoles de cinéma que je veux partir. »

 

Doria Tillier, Thierry Frémaux et Nicolas Bedos (Photo J.-C.L.)

 

Malgré un début tout en esbroufe mêlant divers genres (films à costumes et de gangsters) et finalement peu représentatif de ce qui va suivre, La belle époque est une belle surprise. Un film baignant dans la nostalgie d’un autre temps, d’un amour émoussé, où comédie et sentiments font bon ménage et où le trio Daniel Auteuil-Doria Tillier-Guillaume Canet se taille la part du lion. Et même si quelques-uns grinçaient des dents — on se souvient également de l’accueil critique très divisé qui accompagna la présentation du film au dernier festival de Cannes —, il faut reconnaître à Nicolas Bedos, malgré sa réputation de vachard, de la sensibilité. Et son courage d’affronter tout ce qui pourrait se retourner contre lui : les rapports au père — dans de très belles séquences avec Pierre Arditi — et le miroir de certaines situations. Bedos filme ainsi sa femme (dans la vie) Doria Tillier dans les bras de Guillaume Canet qui met en scène Doria Tillier (sa femme dans le film) dans les bras de Daniel Auteuil.

 

Thierry Frémaux, Daniel Auteuil, Doria Tillier et Nicolas Bedos (Photo J.-C.L.)

Photo J.-C.L.

Et dès la sortie de la soirée, les spectateurs trépignaient, comptant sur leurs doigts les places arrachées sur Internet, se réjouissant d’avance : « Je vais voir The Irishman, le film Netflix de Scorsese, il paraît qu’il dure 3h30. J’ai une place pour le film de Vincent Delerm. Je vais voir la master class de Ken Loach. Je vais aller voir la version remaniée de The Outsiders. J’ai déniché un billet pour la nuit Romero. Et moi pour la soirée avec Chabat qui présente son Astérix et Cléopâtre, etc. »

Pendant une semaine, Lyon deviendra Cannes, Venise, Hollywood, un pays où le contentement et la frustration vont de pair. Pendant une semaine, Lyon respirera le cinéma.

Jean-Charles Lemeunier

 

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