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En ressortant en DVD et Blu-ray, dans sa collection Hollywood Legend, le premier film américain (et rare) de Milos Forman, Taking Off (1971), ESC Éditions nous permet de faire le lien entre la carrière tchèque du cinéaste et celle qu’il mènera par la suite à Hollywood, ponctuée de grands succès.

On sait que les trois premiers films de Forman, tournés en Tchécoslovaquie, étaient des comédies satiriques, gentiment moqueuses. Taking Off est en quelque sorte une passerelle entre elles et son premier grand film américain, Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975). Le cinéaste, qui approche de la quarantaine, découvre la société américaine dont il livre un récit parfois loufoque, parfois plus sérieux.

 

 

Le film démarre sur une audition que, dans le bonus, le critique Alain Charlot rapproche du premier court-métrage de Forman, tourné en 1963 et baptisé… Konkurs, c’est-à-dire L’audition. La caméra se promène de visage en visage, tous féminins, et de chant en chant. Alain Charlot souligne d’ailleurs que, sous le nom de Bobo Bates, on peut reconnaître Kathy Bates, la future actrice de Misery et de Titanic. Est également présente lors de cette audition Carly Simon et l’on entend appeler Jessica Harper, future héroïne de Phantom of the Paradise trois ans plus tard.

 

 

L’une des jeunes filles qui passent l’audition, Jeannie (Linnea Heacock), ne rentre pas chez elle et l’histoire va s’attacher aux parents (Lynn Carlin et Buck Henry, excellents) et à leur façon de retrouver la fugueuse. En opposant la jeunesse à ses parents, il semble que Forman prenne le parti des plus âgés. Ainsi, lorsque le père entre dans un café à la recherche de sa fille et qu’il comprend que l’une des clientes est elle-même fugueuse, il va se retrouver confronté à de jeunes motards pas très sympathiques. De la même façon, quand Jeannie va présenter son copain à ses parents, ceux-là l’accueillent gentiment — même s’ils se forcent un peu — tandis que l’autre ne décroche pas un mot, sinon pour leur dire qu’en tant que musicien il se fait beaucoup plus de dollars par an que le couple réuni.

 

 

Forman aimerait, semble-t-il, tourner la page hippie — il y reviendra en 1979 avec Hair — et montrer que les Américains, jeunes ou vieux, sont motivés par le gain. Les parents de Jeannie sont, au contraire, beaucoup plus sympathiques parce qu’un peu fêlés, préludes au nid de coucou, et pas aussi conformistes qu’ils en ont l’air. Le père s’adonne à une sorte de méditation ridicule. Tous deux, avec sa femme, voudraient connaître un nouvel élan sexuel et les séquences qui se déroulent au sein de l’association des parents de fugueurs sont à se tordre de rire, de la leçon de roulage et fumage de joint par Vincent Schiavelli — un acteur qui porte ici son propre nom et que l’on reverra dans plusieurs Forman et dans le Batman Returns de Tim Burton — à la partie de strip-bataille, à défaut de poker. Le film devient loufoque sans jamais se moquer de ses personnages. Lesquels restent très attachants.

 

 

Forman, on l’a dit, découvre une Amérique qui a dû, comme tous les Européens de cette époque, le faire rêver. Il est curieux et souvent sa caméra s’attarde sur tel ou tel visage, les prenant au hasard dans la rue ou, on l’a déjà signalé, lors de l’audition inaugurale. L’intérêt du scénario — commencé, explique Charlot dans le bonus, par Milos Forman et Jean-Claude Carrière sur le mouvement hippie, puis repris par John Guare et Jon Klein — est qu’il n’est jamais direct mais prend des détours, s’attarde parfois sur un détail, ouvre une parenthèse avec une image surréaliste (la jeune violoncelliste nue), se permet un détour dans un concert d’Ike et Tina Turner, revient au sujet principal, s’en écarte à nouveau. On n’a jamais le temps de s’ennuyer, se demandant toujours de quoi sera faite la prochaine séquence. « Tout ce qui arrive dans la vie est une expérience », remarque Audra Lindley, qui joue la mère d’une fugueuse. Et la vision de Taking Off en est une. Enrichissante.

Jean-Charles Lemeunier

Taking Off
Origine : États-Unis
Année : 1971
Réal. : Milos Forman
Scén. : Milos Forman, Jean-Claude Carrière, John Guare, Jon Klein
Photo : Miroslav Ondricek
Montage : John Carter
Durée : 93 minutes
Avec Lynn Carlin, Buck Henry, Linnea Heacock, Georgia Engel, Vincent Schiavelli, Ike et Tina Turner…

Sortie en DVD et Blu-ray chez ESC Éditions le 25 avril 2019.

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