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Finalement, en regardant La bambola di Satana (1969, La poupée de Satan), que Le Chat qui fume ressort dans un toujours alléchant coffret DVD/Blu-ray, la première question que l’on se pose ne fait pas dans la finesse : on est en face de quoi ? Un film d’épouvante à l’éthique gothique ? Mais la mode semble un peu passée, depuis la grande époque britannique de la Hammer et les films italiens des années soixante. Un thriller érotique, façon giallo ? La poupée en sélectionne quelques éléments sans vraiment plonger dans le genre. Et d’abord, c’est qui ce Ferruccio Casapinta qui signe-là ses uniques réalisation et scénario, ce dernier avec quelques autres personnages tout aussi inconnus ?

 

 

Si quelque chose est vraiment clair, dans ce film, ce sont les intentions. Aussi maladroites fussent-elles. Prenons ainsi une séquence ou plutôt, non, commençons par le début : un vieux châtelain venant de mourir, son unique héritière (la blonde Erna Schurer qui, malgré son patronyme, est Italienne) débarque dans de sombres histoires de succession, flanquée de son fiancé (Roland Carey) et d’un couple de copains. À côté du château, se trouve donc un village avec un bistro/resto/boîte de nuit. Et, pour contrebalancer les plans de château et de souterrains, qui pourraient paraître vieillots pour la jeunesse, le cinéaste insère des images de jeunes. Et que font ces fringants jeunes gens, en 1969 ? Ils dansent en se dandinant, se trémoussent allègrement. Alors, dans La poupée de Satan, quelques jeunes, dans ce bistro de village, se dandinent et se trémoussent. Mais en restant raides. Très raides, même, beaucoup plus que la justice. C’est assez étrange d’autant que la séquence se reproduit à un autre moment, avec cette même jeunesse guindée et le même gros plan de juke-box. On sent nettement l’intention de Ferruccio : ça fait moderne !

 

 

Qu’est devenu le cinéma italien, cette même année 1969 ? Après la mode du péplum et du western, débarque celle du giallo et de ses tueurs gantés de cuir qu’on ne voit qu’à la toute fin du film. Avec des images de couteaux plantés dans les chairs que compensent des plans élargis desdites chairs, celles de jolies femmes dénudées. Oui, il faut l’admettre, le giallo possède une part d’érotisme non négligeable développé, dès 1968 et 1969 — après quelques films de Bava au début des années soixante — par Massimo Dallamano (La morte non ha sesso), Antonio Margheriti (Nude… si muore) ou Umberto Lenzi (Cosi dolce… cosi perverse). Donc, deuxième intention de Casapinta : rattacher son œuvre à un courant naissant en filmant les rêves érotiques d’Erna Schurer. Ce qui, reconnaissons-le, est un atout pour l’époque. Et garde son charme aujourd’hui — bon, d’accord, je le sais et me le répète sans cesse, la femme n’est pas qu’un corps servant à vendre un produit… Mais quand elle le fait, qu’est-ce qu’elle le fait bien !

Mais ne rabaissons pas trop Casapinta. Il a parfois des idées de mise en scène, sorties on ne sait d’où. Lorsque la jolie héritière et son fiancé vont s’installer dans le fameux café, le cinéaste les filme de loin avec un autre couple au premier plan. Dont on entend la conversation (sans grand intérêt) alors que le spectateur, au contraire, attend les propos importants que doivent échanger Schurer et Carey. Très bonne idée qui, l’air de rien, se retrouve — à des années-lumière et d’une façon beaucoup plus maligne — dans The Player d’Altman. Ajoutons, dans cet étrange café où se tortillent d’étranges jeunes gens, un étrange consommateur qui ressemble étrangement à Monsieur Poulpe — il est joué par Franco Daddi.

 

 

Cette Poupée de Satan est dosée de quelques bonnes surprises. À commencer par la gouvernante du château (Lucia Bomez), aux allures d’institutrice perverse sous ses sages lunettes. Citons encore une chambre de tortures de l’Inquisition — mais on est loin du Moulin des supplices de Ferroni avec, ah, Dany Carrel bâillonnée et ligotée—, une bagarre assez molle et plutôt rigolote, un retournement de situation de dernière minute. Et puis, l’histoire se laisse suivre, avec intérêt ou — quelquefois — en ricanant. Ce qui est déjà beaucoup.

Jean-Charles Lemeunier

« La poupée de Satan » de Ferruccio Casapinta : sortie en coffret DVD/Blu-ray par Le Chat qui fume le 22 mars 2019.

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