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Sans doute trop occupé à nous dénicher quelques pépites rarissimes, Artus Films n’était toujours pas passé au Blu-ray. C’est désormais chose faite et avec quoi, je vous le donne en mille ? Deux rarissimes pépites !

Car, entre nous, à part les plus mordus des amateurs de bis, qui connaissait le nom de Pete Walker ? Qui était capable de citer un ou deux titres de ce cinéaste anglais des années soixante-dix, toujours vivant et ayant signé, si l’on en croit les deux spécialistes convoqués dans les bonus des deux combos DVD/Blu-ray (Alain Petit et David Didelot), quelques excellents films. Lesquels se comptent peut-être sur les doigts d’une seule main mais c’est déjà ça !

À commencer par les deux que nous sert Artus sur un plateau : House of Whipcord (1974, Flagellations) et House of Mortal Sins (1976, Mortelles confessions). Deux surprises et même, pour tout dire, deux très bonnes surprises. Car Walker a beau traîner dans son sillage la réputation d’un réalisateur de sexploitation, ce terme un peu péjoratif ne s’applique pas aux deux films présentés ici. La surprise évoquée plus haut est d’autant meilleure que Flagellations comme Mortelles confessions ont des sujets aux épaules sacrément renforcées : qu’il concerne la justice ou la religion, le propos est fortement politique. Même si Pete Walker, on l’apprend, jurait ses grands dieux que ce n’était pas le cas.

 

 

Dans Flagellations, des femmes sont emprisonnées arbitrairement. Au moment du générique, une phrase qui glace le sang dédie d’ailleurs le film « à ceux que le relâchement moral inquiète et qui attendent impatiemment le retour des châtiments corporels et de la peine de mort ». On sourit. Sacré Pete, il se fout des pères la pudeur et enfonce le clou en montrant ce que serait la société si ces gugusses avaient gagné la partie. Une fois le film vu — laquelle vision conforte cette impression première —, on se rend directement au bonus. Et David Didelot nous apprend que, non non non, ce n’est pas du second degré et que l’ami Walker était au contraire extrêmement conservateur. Une opinion que n’accréditent ni Flagellations ni Mortelles confessions et pourtant, il faut se rendre à l’évidence, Walker cultivait le premier degré. Toujours selon Didelot, « la plus-value dans la carrière de Pete Walker » s’appelle David McGillivray, scénariste des deux films. C’est lui qui aurait poussé Walker à sortir de la sexploitation pure et dure et à travailler des scénarios un peu plus corrosifs. Cerise sur le gâteau : le critique nous apprend que McGillivray a également écrit pour Norman J. Warren, autre cinéaste britannique buissonnier, le tout aussi indépendant Esclave de Satan.

 

 

Lorsque l’héroïne de Flagellations se retrouve enfermée dans une prison désaffectée, le spectateur inattentif pourrait penser que le film va basculer dans le fameux sous-genre des WIP (Women in Prison) cher aux bisseux de la planète entière : Italiens, Philippins, Américains, Espagnols, Allemands, Français se sont fait un plaisir d’enfermer dans des cellules crasseuses de jolies filles à peine vêtues et humiliées par de coriaces gardiennes. Beaucoup d’éléments sont présents dans Flagellations : la jolie fille, la cellule et la matonne peu commode, les châtiments corporels et même le saphisme, certains effleurés, d’autres montrés plus franchement. Pete Walker s’amuse à semer quelques graines, tel ce personnage, joué par Robert Tayman, à qui il donne le nom de Mark E. Desade — qui se prononce, bien sûr, marquis de Sade. Mais son film est beaucoup plus angoissant qu’un film bis, avec cette justice aveugle symbolisé par un juge qui l’est tout autant (Patrick Barr). Angoissant aussi parce que c’est à l’excellente — et redoutable — Sheila Keith que le cinéaste a confié le rôle de la gardienne en chef. L’actrice est formidablement efficace et les personnages étranges que Walker lui a confiés (on la retrouve dans Mortelles confessions, on en reparlera) lui siéent à merveille.

Six ans après la série télévisée Le Prisonnier, Flagellations parle encore d’une impossibilité de s’échapper. Là d’un village, ici d’une prison, comme si la société anglaise se sentait coincée sans espoir de renouveau. Et, comme dans Le Prisonnier, Penny Irving croira pouvoir échapper à ses tortionnaires alors que toute tentative semble vouer à l’échec.

 

 

Critique (ou célébration) de la justice expéditive, Flagellations est une heureuse introduction à l’univers de Pete Walker. Deux ans plus tard, Mortelles confessions nous confirme le fait que le cinéaste peut se montrer très critique envers les institutions. Ici, c’est l’Église qui en fait les frais. En ouverture du film, une fille court, arrive chez elle et se suicide. La caméra s’attarde sur une Bible qu’elle avait ouverte sur sa table de chevet. Fondu enchaîné sur une autre Bible, cette fois celle d’un prêtre. De là à imaginer un principe de cause à effet, il n’y a qu’un pas que le spectateur franchit rapidement. Spectateur qui admire au passage la façon qu’a Pete Walker de lier deux actions. On pense, dans Flagellations, à ce raccord entre une jeune femme qui geint et une autre qui rit franchement, effectué grâce aux gros plans de la bouche ouverte et des dents.

 

 

Il va être question de meurtres dans Mortelles confessions, de meurtres filmés de prime abord comme dans un giallo, ces films de tueurs en série dont les Italiens raffolaient à la même époque. On ne voit du coupable que les mains gantées et la silhouette vêtue d’un manteau noir. Mentionnée plus haut, la critique de l’Église se fait en deux temps. Le vieux confesseur qui s’amuse à poser aux jeunes femmes des questions sur leur sexualité est certes plus que contestable, pour ne pas en dire plus sur ce personnage d’envergure incarné puissamment par Anthony Sharp. Dans le bonus, Alain Petit explique que le rôle avait d’abord été proposé à Peter Cushing qui, engagé ailleurs, avait dû refuser. Ce n’est pas sûr qu’on y perde, tant Sharp se montre à la hauteur. Plus tard, toujours en ce qui concerne le questionnement du clergé, c’est un jeune curé (Norman Eshley) qui discute avec un homologue beaucoup plus âgé (Mervyn Johns) de la possibilité du mariage des prêtres, le plus vieux acceptant sereinement cette idée.

 

 

Nous finirons avec Sheila Keith qui incarne la gouvernante borgne d’Anthony Sharp. Avec ses cheveux platine courts et coiffés en arrière et le cache qu’elle porte sur un œil, l’actrice a soigné son look. Cette femme inquiétante se livre, à la toute fin du film, à une confession — puisque c’est l’un des sujets du film — grâce à laquelle elle dévoile entièrement ce qu’elle a toujours tu. Grand moment, ainsi que la conclusion très cynique, qui font que les deux propositions d’Artus Films pour ouvrir l’accès aux Blu-ray sont d’excellents choix.

Jean-Charles Lemeunier

« Flagellations » et « Mortelles confessions », deux films de Peter Walker proposés en combos Blu-ray/DVD par Artus Films le 6 mars 2018.

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