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Voilà qu’avec la ressortie en salles de Man on the Moon ce 13 septembre chez Carlotta Films, dans le cadre d’une rétrospective à la Cinémathèque française, se pose la même question qu’en 1999, lorsque le film de Milos Forman avait fait sa première apparition sur les écrans : pourquoi diable ne savons-nous rien, ici en France, de cet étrange comédien américain qu’était Andy Kaufman et qu’incarne à la perfection Jim Carrey dans Man on the Moon ? Pourquoi, nous qui sommes gavés parfois jusqu’à l’écœurement de la moindre sitcom US, n’avons-nous jamais eu droit qu’à une brève diffusion en 2000 de Taxi, série qui révéla Kaufman et dans laquelle jouait Danny DeVito, que l’on retrouve dans Man on the Moon ? Et sur une chaîne câblée, qui plus est.

 

 

Pour nous raconter la vie du comédien, Forman délaisse le biopic classique au profit d’une forme plus proche que ce que faisait Andy Kaufman dans la réalité et ce, dès le démarrage du film et son générique. Générique de fin qui défile sur le côté dès le début, donc. Avec un Jim Carrey facétieux qui supervise la musique à l’aide d’un électrophone.

 

 

Kaufman aimait les mystifications et Forman, fort à propos, utilise tout au long du film ce penchant de l’acteur. Ainsi l’étrange Andy, le dadaïste Andy créa-t-il  le personnage de Tony Clifton, une sorte de chanteur mal embouché qu’il réussit à faire embaucher à ses côtés dans Taxi, alors que tout le monde pensait sur le plateau que Kaufman et Clifton étaient deux acteurs à part entière. Ce goût du bluff (Fake You, a-t-on l’impression qu’Andy clame à ses admirateurs) va se poursuivre jusqu’au bout. Plusieurs personnes (et des sites abondent en ce sens) pensent que sa mort fut mise en scène et n’est pas réelle. Sur cette question ô combien épineuse voire scabreuse, Forman ne tranche pas et finit sur une dernière et jolie pirouette.

On retrouve au générique de Man on the Moon tous les proches d’Andy Kaufman : Bob Zmuda, son scénariste/gagman, et George Shapiro, son agent, font des apparitions dans le film. Shapiro raconte d’ailleurs la première blague nonsensique du film, celle des sœurs siamoises qui se rendent en Angleterre « pour que la deuxième puisse conduire ». C’est Danny DeVito qui endosse le rôle de Shapiro et qui produit le film. Il était, on l’a mentionné, le partenaire de Kaufman dans Taxi et les autres acteurs de la série (Judd Hirsch, Christopher Lloyd, Marilu Henner…) figurent également dans le film.

 

 

Jim Carrey rend à Andy Kaufman un bel hommage, aussi à l’aise dans l’imitation d’Elvis que dans un combat de catch mixte. L’acteur semble habité par ce double. D’autant que Man in the Moon apporte une réflexion sur l’acte de faire rire. Kaufman lui-même ne se considérait pas comme un acteur comique. Carrey ne se contente pas d’incarner à la perfection Andy Kaufman, de lui donner un corps, un esprit, une intelligence et cette part mystérieuse que possède sans conteste Kaufman et qui le fait agir parfois d’une manière étonnante, que personne ne comprend et pas même lui. Dans ce puzzle, Carrey est une pièce maîtresse et permet à Forman de poursuivre son questionnement sur l’art. De même que l’on voyait son Mozart punk, dans Amadeus, se débattre avec la composition du Requiem, de même Kaufman est montré dans une suite d’événements réels, construisant une œuvre que l’on ne peut discerner qu’après coup. Ici, le héros ne s’oppose à aucun ennemi. Aucun Salieri jaloux n’est caché dans l’ombre. Ses principaux adversaires ne sont pas les producteurs, juste étonnés par ses manières. Pas même le public qui ne comprend pas toujours à quoi joue le comédien, surtout lorsqu’il se met à lire à haute voix un livre sur scène. Son principal adversaire, c’est peut-être lui-même s’écartant d’une voie royale sitôt qu’elle est tracée, cherchant sans cesse d’autres chemins pour accomplir ce qu’il a en tête. Pour se construire sans calcul une identité totalement originale.

Jean-Charles Lemeunier
 
Man on the Moon
Année : 1999
Origine : Angleterre, Allemagne, Etats-Unis, Japon
Réal. : Milos Forman
Scén. : Scott Alexander, Larry Karaszewski
Photo : Anastas Michos
Musique : REM
Montage : Adam Boome, Lynzee Klingman, Christopher Tellefsen
Durée : 118 minutes
Production : Danny DeVito, Universal Pictures
Distribution Carlotta Films, Program Store
Avec Jim Carrey, Danny DeVito, Courtney Love, Paul Giamatti, Vincent Schiavelli…

Sortie en salles, pour la première fois en copie restaurée, le 13 septembre 2017.

 

 

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