Home


Avec We Are the Flesh, premier long-métrage du Mexicain Emiliano Rocha Minter sorti en DVD/Blu-ray chez Blaq Out, on pense forcément à Carlos Reygadas, remercié dans le générique final au même titre que Lautréamont, Gaspar Noé, Sade, Artaud, Zulawski, Iñarritu ou Georges Bataille — et pas seulement à cause de la scène de fellation. Découvert au festival de Cannes 2012, Post Tenebras Lux de Reygadas plongeait, de la même manière, le spectateur dans un univers parallèle fait de transgressions, dont il ne possédait ni les tenants ni les aboutissants. Il existe chez les cinéastes mexicains un goût inné pour l’étrange et le malaise, pour le franchissement des tabous et Rocha Minter réussit à créer, au moyen d’un appartement en ruine et de trois personnages principaux, un univers post-nucléaire tout à fait saisissant.

À travers ces trois individus, un vieil homme (Noé Hernandez, extraordinaire), une jeune femme (Maria Evoli) et son frère (Diego Gamaliel), vont se rejouer tous les mythes de l’humanité, de la naissance à la mort mais aussi le rapport à la divinité et au diabolique, la relation incestueuse d’Adam et Eve — puisqu’ils sont nés de la même chair —, le Bien et le Mal… We Are the Flesh est un film chthonien, tellurique, d’avant et/ou d’après l’Histoire… Un film dans lequel le spectateur ne possède plus aucun repère, où il prend d’abord sensuellement les éléments que le script lui fournit, avant de pouvoir les analyser intellectuellement. « L’esprit, c’est la chair », annonce l’un des personnages. Les images sont belles et les phrases énoncées étonnantes : « L’amour n’existe pas », déclare la jeune femme. « Seules les preuves d’amour existent » ajoute-t-elle en faisant couler dans la bouche de son frère son sang menstruel.

 

 

Minter décrit un monde où aucune de nos valeurs ne compte plus. « On ne peut regarder en face ni le soleil ni la mort ». Pour le faire, le cinéaste transgresse les tabous comme ont pu le faire avant lui tous ceux qu’il cite dans son générique. Mourir en jouissant est une des images chocs qu’il nous livre. Quand ce ne sont pas les images, ce sont les dialogues qui sont là pour secouer la quiétude : « Mangez ma chair rance. Buvez mon sang, chaud comme la chatte de la vierge Marie. » On pourra alors, à la vision de We Are the Flesh, soit tout rejeter, soit entrer dans cet univers étrange et s’y laisser guider sans savoir où l’on va.

 

 

Ainsi bousculée par les déclarations sur la chair et le sang, la cène devient orgie et s’achève sur la naissance symbolique de l’Homme. Lequel, transgenre, vêtu de vêtements féminins déchirés, peut accomplir une nouvelle naissance puisque, après avoir franchi des couloirs, il parvient à la lumière et sort dans la rue. Dans le bonus, Noé Hernandez parle de « scènes difficiles à comprendre mais qui, viscéralement, avaient du sens ». Ce « voyage dans l’infra-monde », nous indique la chanson de générique, nous amène « directement à la mort voir s’il y a autre chose ». Une expérience qui, via le film, se révèle finalement assez enthousiasmante.

En bonus, on pourra découvrir deux courts-métrages réalisés par Minter, Dentro et Videohome

Jean-Charles Lemeunier

We Are the Flesh
Titre original : Tenemos la carne
Origine : Mexique
Année 2016
Réal. et scén. : Emiliano Rocha Minter
Photo : Yollotl Alvarado
Musique : Esteban Aldrete
Montage : Ybran Asuad, Emiliano Rocha Minter
Avec Noé Hernandez, Maria Evoli, Diego Gamaliel, Gabino Rodriguez, Maria Cid

DVD/Blu-ray sorti chez Blaq Out le 17 octobre 2017.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s