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En sortant La 9e vie de Louis Drax d’Alexandre Aja, Carlotta Films quitte le sillon du pur cinéma d’auteur des années passées (Fassbinder, Kurosawa, Godard, Guru Dutt, Lino Brocka, Barbet Schroeder, etc.) pour s’intéresser à un film sorti l’an dernier. Son auteur, le jeune cinéaste Alexandre Aja, a acquis la réputation d’un spécialiste du film fantastique sans avoir toutefois été encore catapulté au rang des plus grands. Même si de plus en plus de spectateurs et de critiques regardent son travail avec attention.

Il est des personnes pour qui les trajectoires semblent tracées dès la naissance. Alexandre Aja, par exemple. Et pourtant… Le fils d’Alexandre Arcady aurait pu mener, bon an mal an, une carrière d’auteurs de comédies ou de polars à la française, disposant d’un cheptel d’acteurs prêts à lui accorder leur confiance. Dès son premier court dont il confie la direction artistique à Grégory Levasseur (Over the Rainbow en 1997), ni Jean Benguigui ni Jean-Claude de Goros, vus tant de fois devant la caméra d’Arcady, ne se cantonnent au registre de comiques pieds-noirs. Bien au contraire.

Aja montre dès le départ un goût pour des plans et des atmosphères à l’américaine et son premier long, un film d’horreur français (Haute tension en 2003), est remarqué. Le jeune cinéaste fait rapidement le grand saut et signe quelque remakes réussis des grands succès gore US (La colline a des yeux en 2006 ou Piranha 3-D en 2010) ou horrifiques coréens (Mirrors en 2008). Réussis parce que Aja aborde en cinéphile les films de Wes Craven, de Joe Dante ou de Kim Seong-ho. Avec ses amis Grégory Levasseur et Franck Khalfoun, Alexandre Aja redonne une impulsion au cinéma fantastique américain en tournant de nouvelles versions (Maniac en 2013, que réalise Khalfoun et qu’Aja écrit et produit) ou en s’inspirant de thèmes classiques (Pyramide en 2014 que réalise Levasseur et que produit Aja).

 

 

Le fantastique, donc. Crade et rigolard. Ou angoissant. Et à chaque fois bien maîtrisé. C’est avec tous ces détails en tête que l’on aborde La 9e vie de Louis Drax. Qui, curieusement, pourrait presque pencher du côté de Spielberg — celui de A.I. —, sans doute à cause de l’enfant (Ayden Longworth, qui a des airs de Haley Joel Osment) placé au centre du récit. Louis Drax pourrait être le film le plus personnel d’Alexandre Aja, celui avec lequel il ne se contente pas de maîtriser un sujet connu en lui redonnant de la vitalité mais plutôt grâce auquel il tente des pistes nouvelles. Parfois maladroitement. Parfois très bien.

 

 

Louis Drax est un gamin dont la mère espère qu’il est doté de neuf vies. Car il en a déjà usé huit et aurait donc dû être mort huit fois. Le petit est pour l’instant dans le coma, suite à une chute du haut d’une falaise et c’est un fringant médecin (Jamie Dornan, de Cinquante nuances de Grey) qui va s’occuper de l’enfant… et de sa mère (Sarah Gadon, déjà vue chez Cronenberg père et fils). Le film s’éloigne des bonnes recettes terrifiantes déjà utilisées par Aja, même si certains plans sont là pour faire sursauter. Ce qui est loin d’être l’atout principal de Louis Drax. L’enjeu est ailleurs, sur chacun des personnages qui, au final, ne se révèlent pas conformes à leur image initiale. On notera ainsi la justesse d’Aaron Paul (Breaking Bad) dans son interprétation du père, toujours entre deux états, sympathique et inquiétant.

 

 

Malgré tout, Louis Drax apparaît à plus d’une reprise comme naïf, oscillant d’une séquence réussie à une autre beaucoup plus ancrée dans des clichés. Sans doute a-t-il manqué à Alexandre Aja et à son scénariste Max Minghella — le fils d’Anthony Minghella, auteur des excellents Truly, Deeply, Madly et Le talentueux M. Ripley, mais aussi du Patient anglais et de Retour à Cold Mountain — un peu de recul. Ce recul qui était si salutaire quand Aja s’attaquait à une famille barje du désert américain ou à de charmants poissons préhistoriques qu’on adorait voir croquer de charmantes naïades à poil.

Jean-Charles Lemeunier

La 9e vie de Louis Drax
Titre original : The 9th Life of Louis Drax
Année : 2016
Origine : Canada, Royaume-Uni
Réal. : Alexandre Aja
Scénario : Max Minghella d’après le roman de Liz Jensen
Photo : Maxime Alexandre
Musique : Patrick Watson
Montage : Baxter
Durée : 108 minutes
Avec Jamie Dornan, Aaron Paul, Sarah Gadon, Ayden Longworth, Oliver Platt, Barbara Hershey, Molly Parker, Alex Zahara…

Édité en DVD et Blu-ray par Carlotta Films le 21 juin 2017.

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