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Remarquable, Kubo et l’armure magique de Travis Knight l’est à tout point de vue. Premièrement de par son récit qui met en scène avec panache, finesse et sensibilité le parcours initiatique d’un jeune garçon dans le japon féodal de l’ère Edo. D’autre part, la confection même de ce long métrage d’animation relève de l’exploit et éblouit autant que la manière de dérouler son histoire. Il aura fallu cinq années aux animateurs du studio Laika pour boucler ce film utilisant diverses techniques dont la principale, et non des moindres, est celle dite de la stop motion. Ils partagent ainsi cette passion pour l’animation image par image avec les studios Aardman (fief de Wallace et Gromit, Shaun le mouton et autres pirates). Une patience et une minutie qui portent leurs fruits puisque depuis la sortie en 2009 de Coraline d’Henry Selick, ils ont enchaînés avec les toutes aussi éclatantes réussites que sont Paranorman et Les Boxtrolls pour voir leur renommée croître.
Outre cet indéniable savoir-faire, Laika se distingue par la tonalité plus dramatique et même macabre qui infuse des réalisations pourtant destinées à tous les publics. Travis Knight, le propriétaire du studio fondé par son père Phil Knight en 2005, nul autre que le pdg de Nike, se cantonnait jusque là à un poste d’animateur et passe pour la première fois derrière la caméra. Un coup d’essai qui s’avère un coup de maître tant ce récit épique parvient à capturer l’essence de la mythologie japonaise et propose d’intéressantes corrélations avec l’art de conter.

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Vivant esseulé avec sa mère, le jeune Kubo développe des dons artistiques fantastiques puisque les airs joués sur son luth traditionnel (shamisen) donnent vie à des feuilles de papiers qui se plient selon ses désirs et les besoins de l’histoire qu’il raconte aux habitants du village à proximité. La magie est forte dans sa famille mais un versant plus sombre domine par le biais des sœurs jumelles maléfiques de sa mère, véritables rabatteuses démoniaques traquant Kubo pour le compte du roi-lune, entité surnaturelle aveugle qui aimerait lui prendre aussi son deuxième œil. Afin de se défaire de cette menace, il va devoir récupérer les trois pièces composant une armure magique seule capable de le protéger. Il sera aidé dans sa quête par un singe plein de sagesse et un samouraï scarabée au grand cœur. L’artefact recherché évoqué dans le récit en origami qu’il prodiguait n’était donc pas qu’une légende.
La mise en abyme de la puissance d’évocation de l’imaginaire que l’on parvient à formaliser est ainsi au cœur de la superbe séquence où Kubo raconte son histoire et se déploie de manière formidablement ludique, élégante et immersive. Un véritable manifeste pour le métrage dans sa globalité puisque références et symboles s’intégreront harmonieusement à une trame plus large rythmée par l’entraînante musique de Dario Marianelli.

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Non seulement Kubo et l’armure magique est un ravissement visuel de tous les instants (stupéfiante fluidité des actions) mais son propos est d’une richesse tout aussi éclatante. Comme les précédents films du studio, le héros représente le trait d’union entre deux mondes, la réalité et une dimension fantastique prégnante, par nature antinomiques, il incarne également un lien générationnel et même un état transitionnel puisque la transmission de valeurs, la perpétuation de la mémoire des êtres chers et la prépondérance de l’art comme rempart à toute forme d’asservissement fondent son action et le socle sur lequel rebâtir une communauté.
Le titre français assez banal n’a pas la même portée que le titre original Kubo And The Two Strings qui met d’emblée en exergue un élément narratif majeur et significatif de l’évolution de Kubo et des relations nouées notamment avec ses compagnons d’aventure.

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Bien évidemment, la protection offerte par l’armure ne saurait suffire pour neutraliser le roi-lune. Chaque partie (épée, plastron, casque) à récupérer représente une étape à franchir, une capacité à acquérir par Kubo pour aller au bout de son parcours héroïque et intime. Un voyage aussi physique qu’allégorique puisque les obstacles à surpasser amèneront le jeune garçon et ses compagnons à s’extraire d’une caverne et du fond de l’océan afin de dénicher le trophée convoité. Il est certes figuré par une partie de l’armure mais la véritable récompense provient d’un état d’esprit et une volonté plus aguerris et se traduit par une collaboration toujours plus efficiente. Kubo et l’armure magique fonctionne ainsi sur plusieurs niveaux sans que l’un ou l’autre vienne parasiter le déroulement d’un récit diablement efficace et exaltant.

Nicolas Zugasti

KUBO AND THE TWO STRINGS
Réalisateur : Travis Knight
Scénario : Mark Haimes, Chris Butler, Shannon Tindle,
Production : Travis Knight, Jocelyn Pascall, Ariane Sutner
Photo : Franck Passingham
Montage : Christopher Murrie
Bande originale : Dario Marianelli
Origine : États-Unis
Durée : 1h41
Sortie française : 21 septembre 2016
Sortie DVD/Blu-ray : 31 janvier 2017

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