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Il en est de certains genres ou sous-genres cinématographiques comme d’une bourrasque d’un vent violent : il faut s’accrocher ! C’est ce que nous fait comprendre Artus Films avec trois films sortis en DVD et réunis dans une collection intitulée Guerre et barbarie : Horreurs nazies, Dernière orgie du IIIe Reich et Holocauste nazi. Effectivement, pour les voir, il faut s’accrocher !

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Ces trois films font donc partie de ce que l’on a appelé la nazisploitation. Un genre qui, réunissant uniformes nazis et filles à poil dans ce qui pourrait être une version féminine du fameux roman de Norman Mailer, Les nus et les morts, avec son lot de sadisme et de tueries gratuites, s’appuie sur trois œuvres majeures d’auteurs : Portier de nuit (1974) de Liliana Cavani, qui montre les rapports ambigus pouvant s’installer entre la victime et son bourreau ; Salo (1975) de Pier Paolo Pasolini, qui adapte et transpose un récit de Sade en détaillant les atrocités commises par les fascistes de la République de Salo ; enfin Salon Kitty (1976) de Tinto Brass, lui-même inspiré par Les damnés (1969) de Visconti et réutilisant les mêmes acteurs, Helmut Berger et Ingrid Thulin, qui illustre le quotidien d’un bordel fréquenté par les nazis et des personnalités internationales et qui transforme les prostituées en espionnes.

Le cinéaste Sergio Garrone

Le cinéaste Sergio Garrone

Dans la très intéressante interview du réalisateur Sergio Garrone que l’on trouve en bonus avec Lager SSadis Kastrat Kommandatur (1976, Horreurs nazies), ce dernier déclare : « L’Italie est un pays de copieurs. » Il explique que, lorsqu’un film marchait et attirait du public, les exploitants de cinéma demandaient aux producteurs d’en refaire un à l’identique. Les producteurs se tournaient alors vers les créateurs et leur transmettaient cette consigne. Et les auteurs étaient bien obligés de s’exécuter s’ils voulaient continuer à travailler. Voilà donc Sergio Garrone qui s’attelle à ces Horreurs nazies, qu’il tourne simultanément avec SS Lager 5, l’inferno delle donne (Roses rouges pour le Führer), sorti en 1977. L’action des deux films est identique : les expérimentations nazies sur les prisonnières d’un camp de concentration. Les acteurs principaux aussi sont identiques : Paola Corazzi en détenue, Attilio Dottesio en chirurgien juif obligé de pratiquer sa science sur les pauvres filles, Serafino Profumo en lieutenant sadique, Giorgio Cerioni en chef de camp… Dans ces Horreurs nazies disponibles en DVD, les expériences chirurgicales consistent à tester des greffes d’ovaires. Mais il est également question, comme l’indique le titre original du film, de castration. De toutes ces séquences sadiques à souhait, on retiendra une belle idée de Garrone : les corps des victimes qui, jetées mortes dans un four crématoire, se tortillent sous l’action des flammes.

Garrone explique encore qu’il a cherché à donner à son film « une âme, une histoire ». Il crée donc une relation amoureuse entre une prisonnière (Paola Corazzi) et un militaire allemand (Mircha Carven). Pour la petite histoire, il raconte comment ont été tournées les séquences d’opération au cours desquelles le chirurgien sort des viscères d’un corps. Garrone a acheté chez un boucher un cochon, dont la peau dit-il est semblable à celle des humains. Les gros plans ont fait le reste.

holocauste-nazi

Un détail prête à sourire dans ces films de nazisploitation, c’est que les acteurs sont pratiquement tous italiens et qu’ils apparaissent en nazis du sud-est européen, quelque part entre Rome et Milan. Avec La bestia in calore (Holocauste nazi), tourné en 1977 par Luigi Batzella sous le nom d’Ivan Kathansky, le scénario touche au grotesque : une super sadique doctoresse nazie (la jolie Macha Magall qui, en pinçant son nez, prend un air vraiment TRES méchant) a trafiqué des hormones pour créer un monstre, une bête qui, comme l’indique le titre original, sera constamment en chaleur. La bonne idée de Batzella, qui ne recule devant rien, est d’avoir confié le rôle à Salvatore Baccaro, crédité ici Sal Boris, un « acteur » dont le physique particulier l’a cantonné aux rôles simiesques ou de néanderthaliens. Ici, enfermé nu dans une cage, le corps couvert de poils, on lui livre en pâture de pauvres filles hurlantes sur lesquelles il se jette en roulant des yeux et en poussant des grognements. Ce n’est pas l’Actor’s Studio mais…

Salvatore Baccaro, la Bête en chaleur du titre original

Salvatore Baccaro, la Bête en chaleur du titre original

 

Macha Magall dans La bestia in calore, qui se prend ici pour Charlotte Rampling dans Portier de nuit

Macha Magall dans La bestia in calore, qui se prend ici pour Charlotte Rampling dans Portier de nuit

Les bisseux, c’est-à-dire les amateurs de cinéma bis, connaissent bien Batzella et lui ont taillé une réputation sur mesure. On sait que le bonhomme, qui utilise souvent le pseudo de Paolo Solvay, fait feu de tout bois et tourne à la va-vite des produits sans énormément d’argent. Ce qui, parfois, donne à ses films un style tout à fait particulier. Dans Holocauste nazi, histoire de résistants italiens qui s’opposent à de méchants SS, dont la fameuse doctoresse, les plans n’ont parfois pas la même lumière, comme si la pellicule provenait d’un autre film alors que le décor est sensiblement le même. Dans le bonus du DVD, Christophe Bier explique que le brave Luigi est allé récupérer les bobines d’un film de guerre qu’il avait tourné sept ans auparavant et les a mélangées à de nouvelles scènes pour concocter un petit porno-nazi vite fait bien fait.

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Enfin, L’ultima orgia del III Reich (1977, La dernière orgie du IIIe Reich/Des filles pour le bourreau) de Cesare Canevari est ce qui ressemble le plus à un film d’auteur. Si le sujet se rapproche de Portier de nuit et remet en scène le couple victime/bourreau, le traitement apporté par Canevari est original. Le métrage s’ouvre sur une longue promenade en voiture sur une route déserte avec, en voix-off, le témoignage d’une victime des nazis au cours d’un procès. On sent que le cinéaste se refuse à tomber dans les clichés, même si les séquences de camp qui suivent nous ramènent à ce que nous avons déjà vu dans les précédents films, comme autant de passages obligés. Lorsque la victime (Daniela Poggi, créditée Daniela Levy et qui deviendra quelques années plus tard ambassadrice de l’Unicef) et son bourreau (Adriano Micantoni qui apparaît au générique sous le nom de Marc Loud) se retrouvent dans le camp déserté depuis la fin de la guerre, perdu sur une île et en ruines, on pense immanquablement à la ville fantôme qui sert de décor à ¡ Matalo !, western de Canevari dont nous avons parlé lors de sa sortie en DVD chez Artus Films. C’est là où tout va pouvoir se jouer, où la vengeance va enfin s’accomplir.

On ne saurait recommander qu’avec précaution ces trois films réunis dans la collection Guerre et barbarie. Ils ne sont bien sûr pas à laisser entre toutes les mains, sont perturbants, complaisants, forcément putassiers, utilisant les corps nus des actrices pour attirer le chaland. Ils permettent surtout, en prenant suffisamment de recul, de faire une incursion dans un genre souvent décrit et décrié dans les revues spécialisées des années soixante-dix. Et de s’en faire une idée par soi-même !

Jean-Charles Lemeunier

Horreurs nazies, Dernière orgie du IIIe Reich et Holocauste nazi, trois films édités par Artus Films le 1er avril 2014 pour le premier et le 4 octobre 2016 pour les deux suivants.

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