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C’est par une citation de Heinrich Böll que s’achève Autostop rosso sangue (1977, La proie de l’autostop) de Pasquale Festa Campanile. Un cinéaste qu’il est urgent de redécouvrir et qui a les honneurs d’un très beau coffret DVD édité par Artus Films, enrichi d’un livret de 64 pages signé David Didelot sur un genre cinématographique à part entière, le Rape and Revenge. Böll écrit : « Il n’y a pas de problème de couple : il y a le problème d’un homme et le problème d’une femme. Et il n’y a qu’une solution : la mort. » Autant dire que Festa Campanile attend la toute fin du film pour nous livrer son véritable sujet : le couple.

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Il est évident que cette Proie de l’autostop s’amuse à perdre les spectateurs dans une série de faux-semblants. Le récit reprend quelques schémas classiques, ceux du road movie, du gars sympathique qui surgit et dont il va falloir à tout prix se débarrasser tant il a bien caché son jeu, empruntant même certaines séquences à d’autres films, tel Duel. Mais pendant tout ce temps, même si nous nous paumons dans ce que filme le malin Pasquale, même si nous prenons ses images pour ce qu’elles ne sont pas tout à fait, lui ne perd jamais le fil de ce qu’il veut raconter : le naufrage d’un couple.

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Ce couple, c’est Franco Nero et Corinne Cléry qui le composent. Lui est un journaliste alcoolo, elle une jolie plante dont Festa Campanile, jamais avare du charme de ses interprètes féminines — quand je vous dis que c’est un mec à redécouvrir — nous fait profiter abondamment de tous les charmes. Habitué aux rôles de cowboys ou de poliziotti dans les westerns spaghetti et les polars musclés à l’italienne, Nero innove en changeant de registre, incapable de se défaire du méchant David Hess. Il faut reconnaître que ce dernier, qui a interprété un rôle encore plus glauque dans The Last House on the Left (1972, La dernière maison sur la gauche) de Wes Craven, met mal à l’aise. Quant à la jeune femme, c’est à l’héroïne d’Histoire d’O (1975, Just Jaeckin) que le rôle a été confié. Avec ce trio de choix, Festa Campanile joue sur du velours.

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Les commentateurs ont beaucoup glosé sur le fait que Corinne Cléry se nomme Eve et David Hess Adam et, qu’en fait de paradis, ces deux-là vont se retrouver en enfer. On peut aussi remarquer que les deux adversaires initiaux, Nero et Hess, porte des noms de musiciens : Mancini comme Henry pour le premier et Konitz comme Lee pour le second. Henry Mancini a beaucoup composé pour l’auteur de comédies Blake Edwards, entre autres la musique de La panthère rose. Le personnage de Franco Nero est tout aussi léger, arrogant mais pas très brave, un peu fumiste sur les bords. Lee Konitz est un saxophoniste qui s’est baladé du cool jazz au free, assez imprévisible d’après les critiques — aucun des deux n’a d’ailleurs à voir avec la b.o., signée du grand Ennio Morricone. Autant dire que chacun des deux personnages du film, Mancini et Konitz, va jouer sa partition, quitte à se retrouver au tas de sable, comme le disent les musicos dans leur argot imagé. Ils s’opposent, semblent se rapprocher, se jalousent, partagent la même femme…

C’est d’ailleurs là une des séquences les plus discutées de La proie de l’autostop, lorsque Eve est violée et qu’elle semble y prendre plaisir. Sam Peckinpah, dans Les chiens de paille (1971), nous avait déjà offert une scène du même acabit. Dans le bonus, David Didelot apporte une réponse convaincante : Corinne Cléry, pendant le viol, ne cesse de fixer son mari, attaché et obligé de regarder la scène. C’est une façon de le défier, lui qui n’est plus à la hauteur, pas plus capable de l’aimer que de la défendre.

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À propos de ce film à découvrir de toute urgence, qui comporte quelques images cultes (Corinne Cléry, habillée d’un seul fusil) et une fin étonnante et totalement contraire aux poncifs, signalons encore qu’Artus nous offre ici une version intégrale inédite chez nous, comportant 25 minutes de plus.

Jean-Charles Lemeunier

La proie de l’autostop
Titre original : Autostop rosso sangue
Origine : Italie
Année : 1977
Réalisateur : Pasquale Festa Campanile
Scénario : Pasquale Festa Campanile, Ottavio Jemma, Aldo Crudo
D’après Peter Kane
Photo : Franco Di Giacomo, Giuseppe Ruzzolini
Musique : Ennio Morricone
Montage : Antonio Siciliano
Avec Franco Neo, Corinne Cléry, David Hess, Joshua Sinclair, Carlo Puri, Monica Zanchi…

Édité en coffret DVD + livret sur le Rape and Revange par Artus Films le 5 juillet 2016.

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2 réflexions sur “« La proie de l’autostop » de Pasquale Festa Campanile : Le couple jusqu’à la lie… et l’hallali

  1. J’ai un peu de mal avec le rape and revenge, j’avais été choquée par Délivrance, que je ne pourrais plus jamais revoir. Ce film a l’air d’autant plus choquant que la description faite du viol dans l’article a l’air troublante avec le regard de défi de la femme vers son mari.

  2. C’est vrai que l’attitude de la femme dans la scène de viol met mal à l’aise le spectateur. Montrer un viol consenti est toujours insupportable. L’ambiguïté est au cœur du récit et c’est cette absence de manichéisme qui rend le film intéressant. Et on a le droit de ne pas être d’accord avec la façon qu’a le cinéaste de traiter ses personnages.

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