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Ils en étaient fiers, les British, de leur empire colonial ! Beaucoup plus que les Français qui évoquèrent souvent leurs colonisations à travers la Légion étrangère. Elephant Films vient de sortir en DVD et combo Blu-ray + DVD quatre films anglais se déroulant en Inde, au Soudan, en Libye et à Hong Kong, plus un déjà paru il y a quelques années et qui en est le prototype.

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Au commencement étaient donc quatre plumes blanches, nées en 1902 sous la plume d’Alfred Edward Woodley Mason. L’histoire, celle d’un fils d’une longue lignée de militaires qui refuse d’aller au combat au Soudan se battre contre les Derviches et qui reçoit de ses camarades ces fameuses plumes blanches, symboles de sa lâcheté, plut beaucoup à l’époque.  À tel point qu’elle fut adaptée au cinéma en 1915 par les Américains, en 1921 par les Anglais, en 1929 par les Américains et dix ans plus tard à nouveau par les Anglais. C’est cette version de The Four Feathers, tournée par le grand Zoltan Korda et produite par son frère, l’immense Alexander Korda, qui est sortie en décembre 2012 chez Elephant Films. Les trois frères hongrois – le dernier, Vincent, fut un grand décorateur – dynamisèrent dans les années trente le cinéma anglais de la même façon que, dans l’immédiate après-guerre, la seconde, le Brésilien Alberto Cavalcanti lui donna une impulsion décisive. Restons sur les Korda : le même Zoltan, épaulé par un tout jeune Terence Young — futur auteur de trois des premiers James Bond — tourne un remake des Quatre plumes blanches, Storm Over the Nile, en 1955. Ce dernier fait donc partie de la toute nouvelle salve d’Elephant.

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Quand on s’amuse à regarder les deux films l’un derrière l’autre — sans éprouver d’ailleurs le moindre ennui —, on se rend compte que le second reprend quasiment plan pour plan le premier, à quelques différences près. D’abord celle où John Durrance, l’un des amis du héros, est victime d’une insolation. Dans la première version, Durrance (Ralph Richardson), qui se cache de ses ennemis dans les rochers, perd son casque et s’évanouit sous l’effet du soleil ardent. Dans la seconde, l’officier (Laurence Harvey) perd son mouchoir qui est remarqué par les Derviches. Il se cache sous un rocher qui ne le protège pas assez du soleil, auquel il succombe également.

C’est là où Jean-Pierre Dionnet, dont on attend toujours les savants commentaires dans les bonus des éditions Elephant, commet une petite erreur. Il sait que Terence Young, surtout à ses débuts, a toujours soigné ses cadres et ses couleurs. Et c’est vrai que le visage de Harvey, rendu écarlate par l’insolation, est beaucoup plus convaincant que celui de son prédécesseur Richardson. Mais il affirme que la photographie en couleurs du remake tranche avec les images en noir et blanc de la première version, signées par le Français Georges Périnal. Or, le film de 1939 est déjà en Technicolor. Mais on n’en voudra pas à Dionnet : les cinéphiles ont le droit de fantasmer leurs coups de cœur.

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Puisque les deux versions se valent, c’est donc aux acteurs que revient la délicate mission de départager les films. Curieusement, John Clements et Anthony Steel, qui tous deux incarnent le héros Harry Faversham dans l’une et l’autre version, sont assez fades. Dans le rôle de Durrance, Richardson est un grand acteur mais on pourra lui préférer Harvey, plus classe. La jeune femme qui fait battre les cœurs des deux précédents est jouée par June Duprez — héroïne de plusieurs films de Michael Powell dont le formidable Voleur de Bagdad, coréalisé par Zoltan — dans la première version et par Mary Ure dans la deuxième. Personnellement, je préfère June Duprez de même que C. Aubrey Smith qui incarne son père en 1939 est plus à sa place que James Robertson Justice qui lui succède. Mary Ure est moins naturelle, de même que Justice joue moins la vieille baderne, comme Smith adorait les jouer. Signalons enfin, dans le film de 1955, la présence de Christopher Lee, que l’on remarque.

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The Long Duel (1967, Les turbans rouges) de Ken Annakin nous transporte aux Indes en 1920. Face au groupe mené par Yul Brynner, qui ne demande qu’à vivre en toute liberté, les Anglais ont le mauvais rôle. Le scénario joue sur l’opposition entre le leader indien (Brynner) et l’officier anglais humaniste (Trevor Howard) mais également entre ce dernier et un autre militaire (Harry Andrews), borné comme seuls savent l’être les gradés et comme Harry Andrews en a campé tellement. Le film repose sur les deux confrontations, sur le respect mutuel que se vouent les deux adversaires, sur l’impossibilité aussi pour Howard de se glisser dans le moule de cette armée des Indes, lui qui cherche à comprendre les habitants de ce continent. Ajoutons, dans le rôle de la fille de Harry Andrews, la quasi-débutante Charlotte Rampling, déjà très jolie et au mieux de sa forme. Dans deux petits rôles, Laurence Naismith dans celui du supérieur de Howard et Patrick Newell dans celui d’un gras colonel stupide, les plus perspicaces auront reconnu deux patrons de séries célèbres : Naismith est celui de Roger Moore et Tony Curtis dans Amicalement vôtre et Newell le Mère-Grand de Chapeau melon et bottes de cuir.

Contrairement aux classiques de l’armée britannique des Indes, dans lesquels les soldats anglais font leur devoir face à des hordes de méchants Indiens (Les trois lanciers du Bengale, La mascotte du régiment, Gunga Din, La révolte des Cipayes ou Alerte aux Indes, également réalisé par Zoltan Korda), le scénario prend soin ici de ne pas prendre partie uniquement pour l’Union Jack. Sans doute parce qu’il porte deux signatures, celles de l’Australien Peter Yeldham et de l’Indien Ranveer Singh.

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The Black Tent (1956, Le secret des tentes noires) de Brian Desmond Hurst démarre après la Seconde guerre mondiale. Un homme (Donald Sinden) part à la recherche de son frère (Anthony Steel, héros du remake des Quatre plumes blanches), disparu pendant la campagne de Libye. Cette fois, pour les Anglais, il ne s’agit plus d’une guerre coloniale puisque les tribus arabes sont devenues leurs alliées face aux nazis. Et, plus que sur le conflit lui-même, Hurst insiste sur le choc des cultures. Car l’Anglais va tomber amoureux de la fille du cheikh. Ce que le jeune militaire a en commun avec les Bédouins, c’est le sens de l’honneur. Et celui-ci ne leur portera pas vraiment chance. Film pacifiste, au cours duquel on entend des dialogues incroyables (« Est-ce que cette guerre nous apportera de meilleurs pâturages ? »), Le secret des tentes noires pose surtout la question, essentielle de la double culture : peut-on, quand on a vécu sous une tente dans le désert, s’acclimater ensuite au climat anglais, fût-ce dans un manoir ? Nous pouvons appartenir à l’une ou l’autre des cultures, rarement aux deux.

Cette prise de position radicale nous ramène à la personnalité du cinéaste Brian Desmond Hurst. Natif de Belfast, en Irlande du nord, il fut le grand ami de John Ford, Irlandais d’Amérique, auprès de qui Hurst travailla à l’époque du muet. Mais surtout, à l’âge de 19 ans, il s’engagea dans l’armée britannique pour participer à la Première guerre mondiale. Il dira plus tard qu’il « se serait battu pour l’Angleterre contre n’importe qui, exceptée l’Irlande. » En 1936, Hurst signe Ourselves Alone, histoire d’un triangle amoureux entre la sœur du leader de l’Ira, un inspecteur de police irlandais et un capitaine britannique. Le film fut longtemps interdit en Irlande du nord, tandis que Hurst le proclamait « »pro British« . On comprendra, en revenant aux Tentes noires, combien Hurst avait envie de décrire avec toute leur dignité respective les Bédouins libyens et les Anglais. Ajoutons les magnifiques plans du désert, tournés sur place, et ceux du magnifique site romain de Sabratha. Enfin, signalons, dans le rôle d’un chamelier, la présence de Donald Pleasance. Car les Bédouins, inutile de le préciser, sont interprétés, pour ce qui concerne les rôles principaux, par des comédiens européens : l’Anglais André Morell joue le cheikh, l’Italienne Anna Maria Sandri sa fille et Michael Craig, un British né aux Indes, celui qui la convoite.

Sans doute pour le choix des décors, Jean-Pierre Dionnet fait de ce film un précurseur du Lawrence d’Arabie de David Lean, qui sortira six ans plus tard. Pour une fois, un Anglais se balade dans le vrai désert et non dans du sable reconstitué dans les studios. La caméra s’attarde sur les coutumes bédouines, telle cette jolie séquence du mariage, mais Le secret des tentes noires n’a bien sûr pas le souffle épique de Lawrence pas plus que Steel n’a le charisme de Peter O’Toole.

 C’est juste un joli film honnête, dont sont absents les préjugés raciaux habituels.

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Enfin, Ferry to Hong Kong (1959, Visa pour Hong Kong) de Lewis Gilbert se déroule lui aussi dans une colonie britannique sans qu’il ne soit question d’une guerre coloniale. Incarné par Curd Jürgens, le héros est un aventurier. Un clochard même, rejeté par la police britannique de Hong Kong et qui est contraint de rejoindre en ferry Macao. Hélas, la police portugaise n’en veut pas plus et le rejette aussi. Voilà donc notre homme, clodo très classe, assigné à résidence sur le bateau commandé par un Orson Welles boursouflé et en sous-jeu total. Livré à la générosité de l’équipage, à l’exception du capitaine, et des habituels passagers du ferry, dont la jolie Sylvia Syms — suivez mon regard —, Jurgens suit un trajet identique au héros de La moustache, le bouquin d’Emmanuel Carrère. Lequel passe son temps dans les trajets en ferry entre Kowloon, quartier continental, et l’île de Hong Kong.

Jurgens est donc balloté d’une ville à l’autre comme le bateau, le Fa Tsan, que le bonhomme surnomme le Fat Annie. Soudain, comme le ferry dans la tempête, le film change de cap et quitte la comédie pour s’enfoncer dans l’aventure maritime. Aventure qui commence par un ouragan et se termine par des pirates. Et l’amusement de la première partie fait place à un récit beaucoup plus tendu, beaucoup plus étonnant au vu du style initial très décontracté.

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Auteur de trois James Bond, Lewis Gilbert eut fort à faire sur le film. D’abord gérer le budget très conséquent alloué par la Rank, la fameuse firme britannique annoncée par un athlète qui tapait sur un gong. Mais, surtout, gérer aussi l’inimitié notoire entre ses deux vedettes et la mauvaise volonté affichée par Welles pour tout ce qui concernait ses scènes. Si Visa pour Hong Kong reste un mauvais souvenir pour le cinéaste, le film est une curiosité sympathique avec un Welles qui, même s’il fait ses gammes en mineur, en impose néanmoins (enfin, plutôt nez en plus puisque, comme à son habitude, il se sert ici d’un appendice postiche).

Jean-Charles Lemeunier

« Les quatre plumes blanches » (version 1939) sorti chez Elephant Films le 10 décembre 2012 ;

« Les quatre plumes blanches » (version 1955), « Le secret des tentes noires », « Visa pour Hong Kong » et « Les turbans rouges » sortis chez Elephant Films le 6 septembre 2016

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