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Contrairement à ce que chantait Brassens, le temps fait souvent à l’affaire et revoir des films anciens peut nous plonger dans la béatitude, laquelle n’est plus du tout suscitée par tout ce qui est contemporain. Sans doute parce qu’à force d’aligner quantité de sujets qui se ressemblent tous et sont plus ou moins fabriqués de la même manière, on en arrive à être saturé. Alors que se plonger dans un film des années trente peut vous paraître complètement exotique. Vous ne possédez pas parfaitement les codes de production comme vous avez en main ceux de votre époque et tout vous paraît nouveau, charmant, inédit et même, curieusement, assez moderne parce que la façon de filmer est différente, celle de mener un récit a changé du tout au tout et le jeu des acteurs n’a plus rien à voir avec celui que l’on connaît. On peut aussi, à force de dédaigner les films contemporains au profit de tout ce qui est passé, se faire traiter de vieux con. Ce qui nous ramène à Brassens et à son temps qui ne fait rien à l’affaire.

Tout cela pour en venir au coffret Bulldog Drummond que sort Bach Films. Quel émerveillement ! Vous savez que cette série de huit films mettant en scène le capitaine Drummond, détective de son état, n’aligne aucun chef-d’œuvre digne de figurer dans les histoires du cinéma. Vous percevez que ces petits films rapides – une heure à tout casser – produits par la Paramount n’arrivent pas à la cheville du Thin Man, autre série policière et humoristique, produite cette fois avec beaucoup plus de moyens par MGM. Et que Louis King – frère cadet de Henry King – ou James P. Hogan, qui surveillent les aventures de Bulldog, n’ont pas le talent de W.S. Van Dyke, père du premier Thin Man et d’au moins trois autres épisodes. Mais il n’y a rien à faire : vous restez scotché devant tant de savoir-faire.

L’Amérique vient de traverser la Grande Dépression et Hollywood débite à la chaîne du cinéma essentiellement de divertissement. Certains films sont aujourd’hui complètement irregardables. D’autres, tels ces Bulldog Drummond, vraiment attractifs. Né de la plume de l’écrivain britannique Herman Cyril « Sapper » McNeile, le personnage de Hugh Drummond, dit Bulldog – non pas parce qu’il ressemble à un chien mais bien parce qu’il est costaud – connaîtra une longue carrière cinématographique, de 1922 à 1969, et aura les visages de plusieurs acteurs : Ray Milland, John Howard (les deux sont présents dans le coffret), Ronald Colman, John Lodge, Ron Randell, Tom Conway, Walter Pidgeon, Richard Johnson (qui vient de disparaître ce 6 juin) et quelques autres.

Comment résumer Bulldog Drummond ? Bach Films a placé dans ce coffret qui est un bel objet avec, en prime, un livret explicatif de Roland Lacourbe, une série de huit films tournés entre 1937 et 1939, qui ressemblent à huit épisodes d’un même récit, alors que les acteurs ne sont pas identiques de film en film. Ainsi, Hugh Drummond a d’abord les traits de Ray Milland avant d’être définitivement incarné par John Howard. Sa fiancée est tantôt jouée par Heather Angel (cinq films), tantôt par Louise Campbell (trois films). De même, le colonel Neilson, l’ami de Bulldog, ressemble à sir Guy Standing (un film), John Barrymore (deux films) et H.B. Warner (cinq films). Quoi qu’il en soit, une question se pose au début et à la fin de chaque nouveau Bulldog Drummond : le détective arrivera-t-il à épouser sa fiancée Phyllis ? Chaque fois qu’ils s’y essaient, les deux tourtereaux sont rattrapés par l’aventure. Et quelle aventure !

Appelons cela de leur nom américain, gimmicks ou running gags, mais l’humour est omniprésent dans la série. À chaque début d’une nouvelle histoire, Bulldog découvre un meurtre ou une malversation et en fait part à son ami le colonel Nielsen, qu’il s’évertue à baptiser « Inspector ». « Don’t call me inspector » est la réponse habituelle et énervée dudit officier. Qui en profite pour envoyer balader le détective – lequel doit son grade de capitaine au fait qu’il a combattu dans la R.A.F. « Ce jeune homme, avoue le colonel dans Bulldog Drummond en péril, m’a donné plus de migraines que quiconque ! »

Arrest Bulldog

Alors, accompagné de ses fidèles amis Algy Longworth (Reginald Denny), gaffeur de première, et Tenny (E.E. Clive), qui est par la même occasion son serviteur, Bulldog part seul arrêter le méchant. Qui est toujours joué par un acteur spécialisé dans ce genre de rôle : Porter Hall, J. Carroll Naish, Frank Puglia, Anthony Quinn, George Zucco, Leo G. Carroll ou Eduardo Ciannelli. Ajoutons que, dans les génériques, se glisse parfois un nom connu, tel celui du futur cinéaste Edward Dmytryk qui signe le montage de Bulldog Drummond en péril ou celui de Ted Tetzlaff, grand chef op’ et lui aussi futur cinéaste, qui photographie Arrêtez Bulldog Drummond. Et que d’autres acteurs récurrents n’apparaissent pas toujours dans le même rôle. C’est le cas de Matthew Boulton, tantôt dans le bon camp, tantôt dans celui des méchants. Ou de Zeffie Tilbury, la grand-mère des Raisins de la colère de Ford, qui joue dans quatre Bulldog Drummond, toujours un personnage de vieille dame haut en couleurs, mais jamais le même. Enfin, tous ces films battent le pavillon de la Congress Films, sans doute un département B de la Paramount qui les distribue tous.

Drummond n’est pas vraiment un précurseur de James Bond, comme le soulignent Jean Tulard ou Roland Lacourbe : le personnage est, en effet, plus proche du détective que de l’espion. Certes, les ennemis de Bulldog se font de plus en plus retors. Si, dans Bulldog Drummond Escapes de James P. Hogan, le méchant (Porter Hall) n’en veut qu’à la future fiancée du héros, il va bientôt s’en prendre à des secrets d’état comme dans Bulldog Drummond in Africa de Louis King ou à une formule chimique explosive (Bulldog Drummond’s Revenge de Louis King). Mais ces méchants-là, contrairement à ceux à qui sera confronté Bond, n’ont pas beaucoup de moyens et ressemblent davantage à ceux tout droit sortis des serials.

Toutes inspirées d’un roman de Sapper, les mésaventures qui arrivent à notre héros sont écrites par Edward T. Lowe, Stuart Palmer ou Garnett Weston. Le premier connaît bien son métier – il a écrit  en 1923 Notre-Dame de Paris de Wallace Worsley, avec Lon Chaney. Ce stakhanoviste de la série B hollywoodienne affiche à son palmarès des péripéties de Charlie Chan, Tarzan, Dracula et Frankenstein. Garnett Weston possède lui aussi quelques titres de gloire, dont White Zombie (1932) de Halperin avec Bela Lugosi. Quant à Stuart Palmer, il est l’auteur de nombreux romans policiers qui inspirèrent à l’écran plusieurs petits thrillers fort intéressants et dont les internautes américains disent grand bien, tel Hollywood Stadium Mystery (1938) de David Howard. Certains scénarios sont excellents, d’autres un peu plus faiblards, mais le plaisir est toujours là.

Bulldog Drummond's Secret Police

On notera ainsi, parmi les grandes trouvailles des scénaristes – ici il s’agit de Garnett Weston -, le démarrage de Bulldog Drummond en Afrique. Pour ne pas qu’ils soient tentés par l’Aventure avec un grand A et qu’ils ratent une fois de plus le mariage de Bulldog avec Phyllis, le détective et Tenny ont été privés de pantalons par Algy. On les retrouve ainsi en sous-vêtements pendant tout le début du film. Ce qui, reconnaissons-le, fonctionne à merveille. Cette entrée en matière loufoque n’empêche pas le film de basculer dans le sadisme, avec les lions affamés, ou dans le suspense lorsque l’on sait qu’une bombe doit exploser. Pour bien apprécier la multitude de coups fourrés auxquels sont soumis Bulldog et ses amis, il est vrai qu’il faut savoir accepter une certaine naïveté dans le récit, matinée parfois d’une cruauté de bon aloi. Et avoir le même regard indulgent et intéressé que pour les serials, auxquels ces films s’apparentent avec, néanmoins, plus de décors et donc un peu plus de dollars.

Jean-Charles Lemeunier

Coffret de 4 DVD Bulldog Drummond, édité par Bach Films depuis le 11 mai 2015

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