Home

Big Racket
Dans les années soixante-dix, la presse, essentiellement celle de gauche, qualifiait de « fascistes » des films montrant des policiers nettoyant tout seuls ou presque leur ville d’éléments perturbateurs. Dirty Harry en était le plus bel exemple si bien que, pour redresser la barre, l’inspecteur n’hésita pas, dans l’opus suivant (Magnum Force, en 1973), à s’attaquer à des flics d’extrême droite.

N’oublions pas que, pour les Américains, le thème de Harry reproduit les schémas westerniens dans un cadre beaucoup plus urbain. Tous ces règlements de compte façon OK Corral ont ensuite conquis le marché européen et ont déferlé à travers quantité de films italiens voire français. Tels ceux de la même époque interprétés par Delon ou Belmondo. Bon, cela dit, « facho » est un peu fort comme accusation et « réac » conviendrait sans doute mieux.

Produit en Italie en 1976, Il grande racket (Big Racket) d’Enzo G. Castellari marche sur les traces de Harry. Écœuré par une bande de malfrats racketteurs particulièrement vicieux et par la souplesse des prises de position de la Justice, représentée par un juge et un jeune avocat tête à claques, un policier (Fabio Testi) va lever un groupe de gros bras pour débarrasser la ville du fléau.

Testi

Il est vrai que de tels scénarios, ceux des films de Castellari ou de Don Siegel, sont réactionnaires. Mais tellement plaisants à voir. Plus le méchant est tordu – et, dans Big Racket, Testi est confronté à une belle collection de salopards, sans que rien d’ailleurs n’explique pourquoi ils sont tous aussi pourris – , plus le spectateur est ravi lorsque le grand nettoyage démarre et que la clique de voyous est dégommée méthodiquement.

Big racket méchants

Castellari a du métier, cela ne fait aucun doute et il conduit très habilement son récit. Il ajoute même, apanage des films italiens si on les compare à leurs homologues yankees, beaucoup de cruauté, avec femmes violées devant leurs maris, enfants tués. Bref, des détails que le cinéma édulcoré et décapé à la guimauve d’aujourd’hui a totalement fait disparaître. Se reporter aux remarques énoncées par mon excellent collègue Éric Nuevo dans sa critique d’Avengers 2 : les cadavres ont tendance à être escamotés dans les films d’action américains. On n’en était pas là en 1976, loin s’en faut. Et encore moins en Italie qu’aux États-Unis !

Également connu pour ses films post-apocalyptiques inspirés par Mad Max (Les guerriers du Bronx en 1982, Les nouveaux barbares et Les guerriers du Bronx 2 en 1983), Enzo Castellari s’est illustré, avantage d’être né en Italie, dans le western, le film de guerre, le policier musclé, les squales dangereux et même la comédie légère (ce qui signifie en général ultra-lourdingue) avec, tenez-vous bien, Ursula Andress en Joséphine de Beauharnais et Aldo Maccione dans le rôle de son impérial époux. Cela s’appelait Le avventure e gli amori di Scaramouche, en français La grande débandade (1976), et, sans avoir vu ce « chef-d’œuvre » (mais on aimerait), on peut le situer à plusieurs années lumière de Big Racket… et du Mémorial de Sainte-Hélène. Ce qui est plutôt formidable avec ces cinéastes italiens, c’est qu’ils ont beau recycler et pomper dans les grandes largeurs le box-office américain, ils s’en tirent néanmoins la plupart du temps avec les honneurs. Dernier maître en date à intéresser Castellari, si l’on en croit sa filmo telle qu’elle est établie par Imdb : Tarantino lui-même, Castellari ayant réalisé un Caribbean Basterds en 2010 et annonçant un Keoma Unchained, du nom du western qu’il a signé en 1976. Ce qui est un prêté pour un rendu. N’oublions pas qu’en 1978, Quel maledetto treno blindato de Castellari, en français Une poignée de salopards, était baptisé dans les pays anglo-saxons The Inglorious Bastards.

mort ou vif

Dernières bonnes nouvelles : Big Racket inaugure chez Artus Films une nouvelle collection « Polar ». Le même éditeur peaufine sa (re)découverte du cinéma bis italien avec un nouveau western parodique, Vivi o preferibilmente morti (1969, Mort ou vif… de préférence mort) de Duccio Tessari, sorte de préfiguration des Trinita. En attendant deux films de guerre dont la sortie est prévue le 2 juin : Cinque per l’inferno (1969, Cinq pour l’enfer) de Frank Kramer (alias Gianfranco Parolini) et  Il dito nella piaga (1969, Deux salopards en enfer) de Tonino Ricci, tous deux avec Klaus Kinski, qui vont lancer la collection « Guerre ».

Jean-Charles Lemeunier

Big Racket
Titre original : Il grande racket
Année : 1976
Réalisateur : Enzo G. Castellari
Scénario : Enzo G. Castellari, Massimo De Rita, Arduino Maiuri
Image : Marcello Masciocchi
Musique : Guido et Maurizio De Angelis
Montage : Gianfranco Amicucci
Avec : Fabio Testi, Vincent Gardenia, Renzo Palmer, Orso Maria Guerrini, Glauco Onorato, Marcella Michangeli, Romano Puppo, Salvatore Borghese, Gianluigi Loffredo, Daniele Dublino, Giovanni Cianfriglia…
Distribué en DVD par Artus Films depuis le 5 mai 2015.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s