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Après la série des Il était une fois en Chine dépeignant d’incroyables aventures du légendaire Wong Fei-hung, l’increvable Tsui Hark semble bien parti pour faire de même avec le personnage du Juge Ti, héros littéraire des romans du diplomate hollandais Robert van Gulik inspiré de Di Renjie, véritable magistrat de la dynastie Tang. Et il y a tout lieu de s’en réjouir tant avec le premier opus, Detective Dee et le mystère de la flamme fantôme et maintenant avec ce Detective Dee : La légende du dragon des mers, le réalisateur hongkongais formalise d’extraordinaires histoires aussi visuellement léchées qu’excitantes. Cette suite, qui est en fait une séquelle (le titre original étant Young Detective Dee : Rise Of The Sea Dragon), renoue avec l’esprit sérial du premier puisque tout le métrage est sans cesse relancé par une nouvelle péripétie ou révélation. Un rythme soutenu mais absolument pas épuisant, Tsui Hark sachant ménager ses effets et instaurer des plages de calme.
On retrouve donc notre détective plus jeune (Mark Chao remplaçant Andy Lau, moins charismatique que ce dernier mais dont l’interprétation demeure solide), à l’époque de sa rencontre avec le couple impérial, l’empereur Gaozong et l’impératrice consort Wu Zetian. La dynastie Tang est en guerre contre l’empire Buyeo et la flotte envoyée a été décimée par ce qu’il semble être un gigantesque monstre marin. La rumeur et les croyances populaires auront tôt fait d’évoquer le mythique dragon des mers. Tandis que l’impératrice diligente une enquête menée par Yuchi, l’officier en charge du Da Lisi, le ministère de la Justice, sur ce qu’elle considère être un acte de sabotage, la ville de Luoyang se prépare à sacrifier la courtisane Yin Ruiji afin d’apaiser la divinité. C’est dans ce climat sous tension que débarque Dee arrivant de sa province pour prendre ses fonctions au Da Lisi. Il va très vite se retrouver embringué dans une intrigue mêlant complot, transformations, trahison, monstres, tueurs impitoyables et méfiance de ses alliés. Avec comme épée de Damoclès la sanction promise par Wu Zetian en cas d’échec, l’exécution par décapitation. Dans sa tâche ardue de faire la lumière sur ses multiples agissements, Dee fera preuve, comme dans le premier film, de capacités déductives très aiguisées alliées à une connaissance de l’environnement dans lequel il doit évoluer. Des atouts décisifs au sein d’une cité régie par la peur de l’autorité et des divinités.

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C’est bien simple, le faste des costumes et décors n’a d’égal que la précision de la mise en scène. Ainsi, les combats sont sensationnels de virtuosité, alternant envolées et passes d’armes brutales, et magnifiés pas l’usage de la 3D (ah ces combattants qui se démultiplient en trois ou quatre pour souligner leur rapidité) et d’une inventivité prodigieuse et parfois dingue (le combat à flanc de falaise !) et la caractérisation est toujours aussi soignée bien que ses personnages apparaissent toutefois d’une moindre profondeur par rapport au premier volet (Tsui Hark travaille à un niveau plus archétypal) même si Carina Lau dans le rôle de l’impératrice Wu demeure d’une remarquable complexité (son ambivalence étant renforcée par ce que l’on sait du précédent épisode pourtant postérieur chronologiquement). De plus, Tsui Hark se montre très facétieux et ironique avec le pouvoir, le love interest du film, la courtisane Yin Ruiji (Angelababy) est d’une beauté subjugante que la réalisation traduit parfaitement, on a droit à des délires à base de monstres fantastiques, l’un renvoyant à L’Etrange créature du lac noir et le fameux dragon des mers aux gigantesques proportions faisant basculer le dernier quart d’heure dans le kaiju eiga spectaculaire (soit un excellent contrepoint à la version de Godzilla de Gareth Edwards)… Et encore, ce petit inventaire est très loin d’être exhaustif concernant les multiples richesses que recèle le film et en déflore encore moins les principaux mouvements. Avec cet opus, Hark enrichit un peu plus l’univers fantastique dans lequel évolue Dee, développant une mythologie et une crédibilité propres. Une richesse narrative que renforce avec magnificence les superbes peintures du générique final, sortes de concept-arts pour des créatures futures et qui font irrémédiablement rêver à d’autres films impliquant le détective.

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Three Dees
Non seulement il parvient à se renouveler tout en continuant à creuser le sillon des motifs de son cinéma mais il s’impose comme un des rares cinéastes encore capable d’allier grand spectacle, mise en scène travaillée, émotions et réflexivité. Michael Bay peut bien tout faire exploser avec panache, il n’arrivera jamais à la cheville expérimentale du sifu. Surtout, comme Scorsese, il semble trouver une seconde jeunesse dans les possibilités octroyées par les nouvelles technologies et notamment la stéréoscopie. Il a toujours démontré son goût pour les nouveaux outils lui permettant de donner corps aux histoires qu’il a en tête (les effets-spéciaux, révolutionnaires à l’époque, de
Zu, les guerriers de la montagne magique) et ce n’est pas la 3D qui allait le rebuter. Et le bougre n’a pas mis longtemps à se l’approprier pour en tirer le meilleur. Son premier essai était Dragon Gate, la légende des sabres volants (remake/séquelle de son Dragon Inn de 1992) malheureusement jamais sorti en salles. Difficile de juger de la 3D de ce film mais certaines compositions vue en aplats laissaient très clairement deviner ses intentions (essentiellement des surgissements pour brouiller la perception de ce qu’il se passe à l’arrière-plan). Après ce galop d’essai, Tsui Hark tente plus de choses dans son récit de la jeunesse de Dee, toujours des surgissements qui scotchent au fauteuil mais aussi et surtout des cadres à la construction très très travaillée (parfois il y a carrément trois niveaux dans le même plan !? Et ce n’est pas pour l’esbroufe mais pour une réelle finalité narrative) et des surimpressions de toute beauté qui, mises en relief, accentuent un peu plus leur caractère onirique ou fantasmagorique. On notera également certains plans sous-marin de toute beauté rehaussés par la 3D (les débris coulants formalisant un étonnant paysage aquatique dans lequel évoluent les personnages).

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Après le feu de la précédente enquête, Tsui Hark confronte son héros à un autre élément primordial, l’eau. Associant ainsi l’évolution de son enquêteur hors-pair à une transformation presque alchimique apte à forger son être et surtout son esprit. Car Dee c’est avant tout la réflexion faite homme. Il est doté de capacités martiales retentissantes mais ce n’est pas ce qui le caractérise. Contrairement à son allié et rival Yushi défini avant tout par ses envolées, ses sauts fantastiques et ses talents d’épéistes. Leurs façon de se battre sont même carrément opposées, Yushi usant de son sabre, d’une chaîne ou de projectiles tranchants pour maintenir une distance avec son adversaire alors que Dee, qui n’a pas d’arme, privilégie le contact physique en opposant ses mains ou ses pieds pour parer les coups, instaurant d’emblée une proximité que l’on retrouve dans sa manière de côtoyer les autres. Même lorsque pour contrecarrer l’enlèvement de la courtisane il use d’une chaîne garnie de clochettes, c’est pour mieux saisir les membres de son adversaire et permettre de se rapprocher pour le neutraliser. Deux techniques divergentes qui en disent long sur leurs utilisateurs respectifs, Dee de par son caractère posé est donc plus défensif que l’impulsif Yushi qui se montre lui extrêmement offensif. L’alliance des deux fera merveille et sera surtout déterminante dans le combat final contre leur ennemi.
Dee est un détective que l’on a tôt fait de définir comme un Sherlock Holmes chinois. Et pour cause, Tsui Hark s’ingénie à souligner la correspondance de très belle manière. Comme son homologue britannique, il fait équipe avec un docteur, ici Shatuo apprenti médecin officiant au Da Lisi surtout pour panser les plaies des suspects torturés. Ses talents intuitifs et de déduction sont tout aussi remarquables et la manière de montrer ses connexions à l’œuvre est aussi inventive et originale que ce qui a été formalisé dans la formidable série de Steven Moffat. La représentation des capacités de Dee se fait ainsi par la mise en scène. La lecture sur les lèvres s’apparente à un super pouvoir d’ouïe exceptionnelle et se matérialise par un flou des bords du cadre pour se focaliser sur le personnage au centre, associé à un traveling avant revenant vers Dee psalmodiant ce qu’il lit ; son esprit est capable d’examiner une image passée pour en révéler la dangerosité (Tsui Hark utilise alors un classique freeze frame mais le couple à une matérialisation 3D) et l’examen d’un plan de la ville, sous l’effet de la mise en scène/réflexion de Dee, se transforme en maquette 3D dans laquelle il peut alors se déplacer pour déterminer la destination des individus suspects vus peu avant. Moffat donne un pouvoir similaire à son Sherlock Holmes mais se contente d’une simple carte à plat où un tracé de lignes et de points symbolisent les courses du détective de Baker Street et de son adversaire. Tsui Hark utilise à plein ses formidables moyens et exploite toutes les possibilités d’une mise en scène tri-dimensionnelle qui n’est pas l’apanage unique de l’usage de la 3D mais se définit par la construction géométrique et vectorielle des plans (Tsui Hark rejoignant ainsi John McTiernan ou James Cameron dans leur façon de penser leur mise en images).

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Réminiscences
L’œuvre de Tsui Hark est parcourue par une alliance incessante et aux multiples configurations entre récit classique et modernité. C’est éminemment le cas ici et notamment via le personnage de Dee caractérisé par ses réflexions inédites et dont la maîtrise et le contrôle qu’il affiche lorsqu’il se bat renvoient aux héros de King Hu, cinéaste révéré par Tsui Hark. Réflexion sur la Chine et les femmes (le personnage pas si creux que ça de Yin Ruiji, celui de l’impératrice consort) et processus d’humanisation et de déshumanisation infusent également le métrage. L’amour des mythes qu’il ne cesse de tenter de ramener à une échelle humaine tout en œuvrant à une élévation émotionnelle. Le premier opus et cette préquelle agissent comme de formidables accélérateurs de particules et dont la teneur renvoie à la propre œuvre prolifique du metteur en scène et l’on pense plus particulièrement à quelques jalons essentiels tels que Butterfly Murders où la révélation des simulacres permettait de renouveler le genre, The Blade dont le tourbillon de furie formelle et narrative brisait les propres codes du cinéma de Tsui Hark. La recherche constante de vitesse nourrit le cinéma du hongkongais et s’il a atteint le point d’incandescence de la célérité physique avec The Blade et cinématographique avec le découpage hallucinant de Time And Tide, avec la saga Detective Dee il s’attache à illustrer une vitesse réflexive par le raisonnement de Dee et maintenant une vitesse narrative avec le rythme effréné de ce second épisode. Pour les héros de Tsui Hark, le salut, la survie, passe par la maîtrise de cette vitesse. A la fin du premier opus dans l’immense bouddha, la réflexion de Dee est poussée dans ses retranchements et illustrée par les poulies et chaînes (ses méninges) s’activant pour une action efficiente. Dans Young Detective Dee, après avoir subi l’accélération du récit, de par sa compréhension des enjeux, et grâce toujours à son raisonnement, c’est lui qui initie une précipitation des évènements dans le final en faisant le pari d’arrêter en un jour le commanditaire de la tentative d’élimination de la cour impériale afin d’obtenir en contrepartie la libération de la courtisane. Un pari comme évidence de la maîtrise désormais acquise par Dee. Néanmoins, l’espiègle Tsui Hark n’aime rien tant que bouleverser les certitudes puisque Dee ne sait pas nager et que la dernière confrontation face au monstre marin se fera en mer,un élément qu’il ne maîtrise absolument pas.
On pense également à Seven Swords où une romance se développe principalement au second plan et dont le méchant impitoyable est mû par des motivations qui renvoient une image plus torturée, moins basique et manichéenne. Ravage était un écorché vif ne s’étant jamais remis de la perte de son cher et tendre amour. Ici, le chef de la tribu des Dondos possède une détermination moins romantique mais qui ne reconfigure pas moins l’image que nous en avions jusque là. En effet, son peuple de pêcheur a été pris entre la rivalité des empires Tang et Buyeo, leur île ayant été durement éprouvée dans cette lutte dont ils sont étrangers.

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De l’Art-ifice
L’histoire d’amour occupe donc dans ce Young Detective Dee l’arrière-plan mais n’offre pas moins un contrepoint important avec ce que produit ce récit foisonnant. La relation lumineuse entre Yin Ruiji la courtisane et Yuan Zhen est certes peu marquée (mais développée de délicieuse manière avec une séquence mêlant flashbacks et présent grâce à des raccords superbes), se définissant presque naïvement, mais offre un contraste saisissant avec le côté ombrageux que les divers motifs serialesques (tentatives d’enlèvements, stratagème machiavéliques, emprisonnements) propagent sur le reste de l’intrigue. La cohabitation entre ombre et lumière est ainsi l’apanage de la splendide cité de Luoyang dont les fastes et la chatoyance dissimulent une face plus sombre, superstitions et trahisons mais également corruption jusqu’au plus haut niveau de l’empire, l’infestation de parasites en étant une métaphore évidente. L’impératrice Wu est également représentative, puisque sous les apparats institutionnels elle révèle une détermination mortifère de contrôle. Son attitude est ainsi autant dictée par l’exercice du pouvoir que la jalousie envers la courtisane. Le plan en surimpression où elle semble regarder une miniature de Yin Ruiji se mouvant avec grâce vient ponctuer son discours et induit qu’elle veut l’utiliser pour mettre au pas les nobles de la cité cherchant ses faveurs en la déplaçant dans le temple du dragon. De plus, en amorce du dénouement, elle l’emprisonne parce que la jeune femme est originaire du peuple ennemi. Des regards et postures de Wu Zetian traduisent en outre une attitude motivée également par l’insolente beauté et le désir que suscite la courtisane parmi la gent masculine et son dévouement envers Dee.

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Le personnage de l’impératrice est ainsi progressivement et subtilement ramené sur le centre de la scène pour, comme dans Detective Dee et le mystère de la flamme fantôme, être une fantastique figure d’opposition à l’action de Dee. Une représentante du pouvoir que le juge doit manœuvrer avec intelligence afin de contrecarrer son impartialité sans provoquer ses foudres et donc se mettre hors-jeu. La version juvénile de Dee est donc moins frontale mais c’est aussi parce que les conditions imposées par l’histoire sont différentes. Il n’en reste pas moins que Tsui Hark par l’intermédiaire de son héros exprime une réjouissante subversion. Si la consommation de l’antidote aux parasites à base d’urine d’eunuque (the golden soup !) par TOUTE la cour impériale fait sourire béatement (une séquence osée qui impose une pensée admirative que le sifu est génialement dingue), la véritable manipulation s’opèrera plus discrètement.
Comme Dee l’exprimera lui-même sur le bateau les ramenant de l’île aux chauves-souris, il ne pourra agir efficacement pour la justice qu’en étant intégré au coeur du système . C’est pour cette raison qu’il désire être partie prenante du Da Lisi, ce ministère de la justice garant du pouvoir en place où emprisonnements et tortures arbitraires sont monnaie courante. Face à ces serviteurs de l’ordre moins enquêteurs qu’hommes d’action, Dee amène un raisonnement, la Raison qui leur fait défaut. Il s’ingénie ainsi à déchirer le voile obscurantiste qu imprègne cette cité des Dieux travaillée par les peurs du monstre mythologique et des cachots du Da Lisi, nommé aussi Temple Suprême.
De plus, dans le premier opus des aventures de Dee, le détective s’activait pour faire la lumière sur le mystère ambiant en révélant les artifices et la supercherie de superstitions liées au grand chambellan et à la construction du bouddha géant. Ici, Dee agit dans le but de préserver du chaos la finesse de l’esprit et des Arts. Yuan Zhen, l’amoureux transi de la courtisane, est un lettré qui tient une réputée maison de thé dont l’une des variétés est prisée par la cour impériale. Pour séduire Yin Ruiji, il lui écrivit des poèmes qui enflammèrent son cœur et son âme. Suite à son absence, cette dernière s’adonnera à l’art de la calligraphie (utilisé en son temps par King Hu au sein même de sa mise en scène, toujours la tradition, on y revient) pour reproduire ses écrits. Ses deux tourtereaux sont donc également les récipiendaires de pratiques intellectuelles et culturelles qui se détachent de la masse de cette cité reposant essentiellement sur les jeux de pouvoirs. Outre la résolution du mystère lié au dragon des mers et à la créature mi-homme mi-amphibien et le complot d’envergure à déjouer, toute l’essence de l’action de Detective Dee revient finalement à réunir à nouveau ce couple et le libérer des contingences impériales. Ultime transgression de Dee/Tsui.youngdetectivedee_08

La maîtrise du génial barbichu se déploie ainsi à plusieurs niveaux, pas uniquement dans le foisonnement visuel ravissant l’oeil. Avec ce second épisode de Detective Dee, Tsui Hark positionne un peu plus son héros comme son alter-ego, illustrant la propre position du réalisateur au sein du système de production chinois qui lui a permis de bénéficier d’un gros budget. Plus apaisé, mais pas assagi, le réalisateur fait preuve d’une grande subtilité pour parsemer son blockbuster divertissant et festif d’éléments narratifs et d’images capables de donner une certaine profondeur à la tonalité et au propos du récit.

Nicolas Zugasti


Di renjie: Shen du long wang

Réalisateur : Tsui Hark
Scénario : Tsui Hark, Kuo-fu Chen, Chia-lu Chang d’après l’œuvre de Robert Van Gulik
Interprètes : Mark Chao, Carina Lau, Angelababy, Kun Chen, Shaofeng Feng, Bum Kim, Kenny Lin…
Photo : Sung Fai Choi
Montage : Chi Wai Yau
Bande Originale : Kenji Kawai
Origine : Chine
Durée : 2h14

Sortie française : 06 août 2014

 

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Une réflexion sur “« Detective Dee : La légende du dragon des mers » de Tsui Hark : Il était une deuxième fois en Chine

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