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En matière de serial killers au cinéma, on pensait avoir tout vu, des historiques (Jack l’éventreur) aux plus retors (Henry, portrait of a Serial Killer). Petit film britannique de Gerard Johnson, Tony ouvre une nouvelle voie.
Après un court-métrage tourné en 2005 (Tony), le cinéaste reprend quatre ans plus tard le même décor (un quartier populaire de Londres), le même personnage, le même interprète (Peter Ferdinando) et le même titre pour un long-métrage étonnant qui explore le quotidien, souvent humiliant, d’un pauvre type.
Rarement tueur aura autant attiré la sympathie et donné aux spectateurs une occasion de cerner, sans effets psychologiques appuyés, le pourquoi du geste. Tony est vraiment un loser. Déjà, de par sa dégaine ringarde mais aussi par son attitude ET son aptitude à se faire constamment rabaisser. Il est également sujet à des pulsions meurtrières mais qui, et c’est là où le film est vraiment passionnant, ne surviennent jamais dans des situations où Tony, en toute logique, devrait être exaspéré. Ajoutons à cela une dimension sexuelle, qui passe par l’homosexualité et l’onanisme, que le court-métrage explore davantage encore.
Loin des standards à la mode, le film ne se complaît pas dans la vision méthodique et sanglante des meurtres. Tout se passe comme si Johnson voulait soustraire Tony au jugement de ses spectateurs (voir le traitement qu’il fait de l’accusation de pédophilie qui pèse sur lui).

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Tony est gris, Tony passe inaperçu, Tony se fait toujours petit : en clair, Gerard Johnson brosse ici le portrait d’un tueur en souris !
Le récit s’achève sur une menace potentielle. Tout au long de son parcours, on suit Tony dans une de ces villes ouvrières ressemblant à celles qui servent de décor à Ken Loach. Pendant le générique de fin, on comprend qu’il s’agit d’un quartier de Londres : on reconnaît les quais de la Tamise et la grande roue qui les domine, Piccadilly Circus, l’entrée du quartier chinois à Soho, etc. Le danger est beaucoup plus proche qu’on ne le croit. Et les deux univers – mais cela, on le savait – peuvent coexister : celui de la capitale touristique accompagné, en creux, par celui des quartiers tristement délaissés et livrés à eux-mêmes.
Pour accentuer le caractère asocial de son personnage, un homme qui est tout sauf en phase avec son époque, Gerard Johnson insiste sur les distractions du bonhomme : des films d’action vus en VHS, dont les héros se nomment Jean-Claude Vandamme ou Chuck Norris.
Un mot sur Peter Ferdinando (que l’on a du mal à reconnaître dans un des suppléments, le premier court-métrage de Gerard Johnson : Mug) : l’acteur est impressionnant de sobriété. Son jeu a d’ailleurs gagné en intériorité entre Tony, le court-métrage, et Tony, London Serial Killer, le long-métrage. On le retrouvera cette année dans le polar Hyena, prochaine réalisation de Gerard Johnson.
Dans un bonus, Stéphane Bourgoin, auteur de nombreux ouvrages sur les tueurs en série, évoque le Londonien qui a inspiré le film : Dennis Nilsen, surnommé « l’étrangleur à la cravate », qui avoua au moins seize victimes, tuées sur une période de cinq ans (d’après les images montrées, Peter Ferdinando s’est composé une réelle ressemblance avec le tueur dans Tony). Dans un autre supplément, le même Stéphane Bourgoin dresse la liste non exhaustive des films s’intéressant à des serial killers. On s’en doutait déjà, mais le journaliste en sait vraiment beaucoup sur la question.
Éditeur spécialiste du cinéma de patrimoine (le muet, les serials) ou de redécouvertes de petits maîtres (Edgar Ulmer, Willy Rozier), Bach Films nous livre ici, dans une belle édition collector comportant 2 DVD, un film inédit attachant.

Jean-Charles Lemeunier

Tony,London Serial Killer

Réalisation : Gerard Johnson
Scénario : Gerard Johnson
Interprètes : Peter Ferdinando, Frank Boyce, Lorenzo Camporese, Cyrus Desir…
Pays : Grande-Bretagne
Durée : 76 minutes
Sortie DVD le 10 décembre 2013
Éditeur : Bach Films

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