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À l’heure d’Internet, des réseaux sociaux et de la vitesse supersonique à laquelle circule l’information, il semblait difficile aux éminents responsables du festival de Cannes, Thierry Frémaux et Gilles Jacob, de surprendre lors de l’annonce ce 19 avril de la sélection officielle du plus grand festival de cinéma au monde. Et de ce fait, la plupart des films finalement choisis étaient pressentis depuis pas mal de temps. Malgré cette évidence donc, la liste des long-métrages en compétition cette année laisse entrevoir de grands moments de cinéma. Avec en prime, quelques paris osés de la part du comité de sélection qui viennent titiller l’attention de la rédaction.

Lawless de John Hillcoat

Osons !
Auteur de The Proposition, magnifique western mélancolique placé sous l’égide de Nick Cave, et de La Route, adaptation réussie du roman apocalyptique de Cormac McCarthy, le réalisateur australien John Hillcoat est invité pour la première fois à Cannes, en sélection officielle, avec Lawless, un film de gangster à l’époque de la prohibition qui fait saliver. Première également pour le surdoué Andrew Dominik. L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, western hypnotique et stylisé, et Chopper, portrait brutal et abrupt d’un tueur de dealer, avaient impressionné. Espérons qu’il en sera de même avec Killing Them Softly, thriller attrayant où le cinéaste retrouve Brad Pitt.
L’an dernier, Jeff Nichols s’était fait remarquer à la Semaine de la Critique, où son envoûtant et paranoïaque Take Shelter avait été l’un des grands moments du festival. Retrouvant pour la troisième fois son acteur fétiche Michael Shannon, Nichols vient cette année présenter en compétition Mud, une histoire d’amitié sous fond de chasse à l’homme. Un grand moment en perspective…

Mud de Jeff Nichols

Palmé un jour, palmé toujours !
Passé ses trois (possibles) coups de cœur, le reste de la sélection retrouve sinon une certaine logique du moins une continuité de programmation, comme si le fait de sélectionner des films de cinéastes déjà présents de nombreuses fois sur la Croisette, garantissait un festival de qualité. Et à ceux qui se plaignent de retrouver, année après année, les mêmes noms en compétition, les responsables du festival répondent en proposant une application stricte (trop ?) de la politique des auteurs. Ainsi, sur les vingt-deux films qui vont concourir pour la Palme d’Or, quatre ont été réalisés par des cinéastes ayant déjà obtenu le précieux Graal.
Abbas Kiarostami a choisi de s’exiler au Japon pour Like Someone In Love après avoir échoué dans tout les sens du terme en Toscane il y a deux ans avec Copie conforme. Palme d’Or pour Le Goût de la cerise en 1997, le cinéaste iranien a depuis réalisé des œuvres plus ou moins hermétiques rarement convaincantes.
On attend pas forcement grand chose non plus de la part de Ken Loach qui ne cesse de décevoir depuis l’émouvant Le Vent se lève, Palme d’Or en 2006. Le réalisateur britannique vient cette année présenter The Angel’s Share pour sa quinzième sélection. Cette comédie sociale relancera-t-elle la carrière de ce grand cinéaste ? Rien n’est moins sûr…
On pourra s’intéresser au nouvel opus de Michael Haneke (si le cinéaste autrichien retrouve la grâce et l’esthétique glacée du Ruban blanc) et surtout par Cristian Mungiu. Palme d’Or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, faux thriller à l’atmosphère étouffante, parfaitement maîtrisé à l’exception d’un plan (celui maladroit du fœtus gisant sur le sol de la salle de bain), le cinéaste roumain revient avec Beyond the Hills qui raconte la descente aux enfers d’une jeune femme suspectée d’être possédée. Intriguant…

Beyond The Hills de Cristian Mungiu

Vive la France !
Outre ces quatre palmés, de grands réalisateurs sont également en compétition. Coté français, le nonagénaire Alain Resnais retente sa chance 53 ans après Hiroshima mon amour et 3 ans après Les Herbes folles. Vous n’avez encore rien vu raconte le testament filmé d’un homme de théâtre dans lequel il semble prévisible de voir le portrait de l’un des plus importants réalisateurs français de l’histoire.
Changement complet de registre pour Jacques Audiard, qui avec De rouille et d’os quitte le polar pour signer sa première incursion dans le mélodrame, genre casse-gueule par excellence. Mais, ce film est interprété par le génial Matthias Schoenaerts acteur belge qui éclaboussait l’écran dans Bullhead de son compatriote Michael R. Roskam.
Enfin la sélection française est complétée par Holly Motors du revenant Leos Carax. Seize ans après Pola X, Carax revient avec un film au casting improbable (Kylie Minogue, Eva Mendes entres autres). De quoi émettre de furieux doutes…

Sur la route, de Walter Salles

Pour le reste…
Les projections attendues de Matteo Garrone pour Reality, quatre ans après avoir créé l’événement avec le remarquable et déstabilisant Gomorra, et de Walter Salles avec Sur la route où le cinéaste brésilien adapte John Kerouac, seront sans doute les événements incontournables de ce festival 2012. On sera plus méfiant devant la nouvelle production de Thomas Vinterberg (Jagten). L’état de grâce du réalisateur danois, suite à Festen, semblant passé depuis longtemps.
Coté asiatique, la sélection est décevante et pauvre. L’absence de Tsui Hark, le placement de Koji Wakamatsu dans la sélection Un Certain Regard, et le déclassement hors-compétition de Takashi Miike ont fait grincer des dents à la rédaction. Reste tout de même Im sang-Soo (dont le précédent opus, The Housemaid avait impressionné par son étude sociologique d’une certaine Corée) et son quasi homonyme Hong Sangsoo, qui malgré la présence à son casting d’Isabelle Huppert, devrait produire une énième fois une variation autour du même film.
Enfin, énorme attente autour de Cosmopolis, la dernière œuvre du génial David Cronenberg. Portrait d’un golden boy en chute libre, cette adaptation d’un livre prémonitoire sur l’impasse du système financier actuel écrit par l’immense Don DeLillo, devrait réconcilier le cinéaste canadien et ses fans échaudés par le dernier A Dangerous Method. Doté d’un casting surprenant avec en tête de gondole le fade Robert Pattinson, Cosmopolis semble être un long-métrage empli de violence et le sexe, dans la droite lignée de A History of Violence et Les Promesses de l’ombre. À n’en pas douter, l’un des points d’orgue de ce 65ème festival.
Au final donc, un festival haut en couleur qui s’annonce passionnant, même si la sélection semble moins alléchante que celle de l’année dernière et surtout celle de 2009, point d’orgue de ces dix dernières années, où une demi-douzaine de films pouvaient à l’époque prétendre à la Palme.

Fabrice Simon

Le 65e Festival de Cannes aura lieu du 16 au 27 mai 2012.
Retrouvez les chroniques et comptes-rendus réguliers de l’événement sur le blog de la revue et dans notre supplément spécial Cannes qui paraîtra début juin.

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