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Pourquoi la honte et pourquoi une sexualité érigée en fétiche ? Le personnage ausculté par Steve Mac Queen dans Shame n’est pas seulement un American psycho des années 2011, dans la solitude d’une capitale occidentale. New Yorkais, yuppie, beau gosse, prédateur, sex addict, certes, il est tout cela. Mais ce que raconte Steve Mac Queen, entré en phase fusionnelle avec son comédien, bouleversé et bouleversant Michael Fassbender, est ailleurs.

Mélodrame

Ce n’est pas parce que sa sœur, Carey Mulligan, devenue l’égérie de Drive et encore géniale ici, arrive chez lui comme un boulet que le scénario « prend un faux-pas mélodramatique », comme on peut le lire dans une critique française du moment… Au contraire, ce film est un pur mélodrame. Il l’est dès le départ, et c’est pour cela que je l’aime, derrière ses allures aseptisées, sa plastique impeccable. Il l’est parce qu’il traite de la relation incestuelle que cet homme entretient avec sa sœur. Incestuelle et non incestueuse, c’est à dire que l’acte n’est pas commis, mais le climat plane, figurant l’impossible séparation familiale, cause du drame.

L’inceste entre un frère et une sœur

Le personnage, aussi torturé qu’un héros de tragédie grecque, est un frère shakespearien, un frère qui ne parvient pas à tisser un lien amoureux, dans cette ville qui broie l’individu. Le film ne montre pas sur quel type d’images pornos il se masturbe. Pourtant, la pornographie n’est pas qu’une honte, elle est aussi le langage des fantasmes et donc le dépositaire de l’histoire (érotique et donc familiale) de chacun.
Quand sa sœur, fragile et paumée, arrive chez lui pour une durée indéterminée, le spectateur peut comprendre que ce n’est pas le sexe bestial mais bien leur relation qui est le véritable sujet du film. « Nous ne sommes pas mauvais, c’est juste là d’où nous venons qui est mauvais ». La phrase sybiline de la sœur est la seule clé qu’offre le réalisateur, qui a su remettre à jour, dans l’épure, l’art du mélodrame dans sa splendeur tragique, comme aux temps hollywoodiens des films scénarisés par Tenessee Williams, réalisés par Sydney Lumet, Douglas Sirk, Mankiewicz, Cassavetes ou encore en Allemagne, Fassbinder. Entre Fassbinder et Fassbender, il n’y a qu’une voyelle de différence. Peut-être le metteur en scène et son comédien en ont-ils causé lors de leur rencontre ?

Absence de limites

C’est parce que la sœur est fragile, dépendante, que le lien est indissoluble et que l’homme ne peut aimer une autre femme que sa sœur, comme le montre la séquence chair-de-poule où il pleure en l’écoutant chanter dans un petit club. Entre elle et lui, pas de limite, et même s’il cherche désespérément à en placer quelques unes (une porte qui ferme, une durée d’hébergement déterminée, un rapport au temps professionnel), elle s’y refuse, pénètre par intrusion, fait de ce qui est à lui ce qui est à elle. Elle couche avec son boss sans penser aux conséquences que cela peut avoir pour lui, porte ses t-shirts. Elle entre sans frapper dans la salle de bains et le surprend dans son intimité. Et caetera. Le film montre bien cette progression. Pour lui, mettre dehors sa sœur et son passé, qu’elle représente et dont elle ne veut pas, ne parvient pas à se détacher, est un enjeu de survie. Mais il aime sa sœur et il ne parvient pas à le faire.

Tabou

Une jolie femme, interprétée par Nicole Beharie, s’est intéressée à lui, pour une fois, pas uniquement comme un étalon. Elle serait une compagne possible. Elle est intelligente et douce. Mais on franchit là, sans en avoir conscience, le tabou familial. Il ne PEUT pas. Parce qu’il a trop désiré sa sœur, qu’il aime plus que tout et avec qui la séparation est infaisable, il ne peut faire l’amour qu’à une femme pour laquelle il n’a pas de sentiments. Il ne s’autorise qu’à baiser. Il ne pourrait pas présenter sa copine à sa sœur. Il n’y a pas la place. Tristement lyrique et splendidement tragique, ce lien d’amour mortifère semble indissoluble, seule la mort semble capable de les séparer.
Les parents, grands absents de ce récit familial, sont sans doute, comme toujours, les véritables auteurs de ce drame, qui se rejoue à New York, entre trentenaires célibataires. Ce hors-champ agit de manière radioactive dans le film. Et Steve MacQueen a l’intelligence foudroyante de n’en rien montrer. Le propos sur la famille est radicalement négatif, mais le récit n’offre pas de rédemption, de clé, encore moins de solution. Ce n’est pas la ville cruelle, métropolis, qui a rendu cet individu compulsif du sexe, c’est un amour interdit, que toutes les transgressions ne parviennent pas à lui permettre d’effacer. Le regard de Steve Mac Queen est pessimiste et lyrique. En cela, on est dans le mélodrame et c’est si bon – du moins au cinéma.

Caroline Pochon

Film sorti en DVD & Blu-Ray chez MK2 Video le 18 avril.

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Une réflexion sur “Shame de Steve Mac Queen : « SHAME », pour ne pas dire INCESTE

  1. Probablement le film le plus nul de la décennie! Et pas seulement pour l’étalage de cul. On ne sait rien des rouages qui poussent les persos à être comme ils sont. On ne voit aucune porte de sortie. On est juste en mode  » observateurs ». Et ce film qui dure plus d’une heure aurait pu être plié en 15 minutes. Ca meuble, ça meuble. Le seul intérêt: la bande son.

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