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Que ceux qui rejettent en bloc la beauté musicale et le souffle émotionnel de la mélodie passent leur chemin : la douceur un peu rêche de Flamenco Flamenco n’est pas faite pour eux. Elle parlera par contre à ceux qui avaient déjà apprécié, en 1995, le précédent film de Carlos Saura dédié à cet art typiquement andalou, Flamenco ; ainsi qu’à ceux qui avaient apprécié le style dépouillé de cet autre long-métrage consacré à un genre musical, Fados, en 2009. En vingt-et-un tableaux, Carlos Saura fait le point sur les différents styles qui émaillent le flamenco. Pour le profane, c’est aussi l’occasion de découvrir que ce genre musical, aux origines en partie gitanes et orientales, n’est pas limité aux habituels clichés des patronages espagnols : grande robe moulante, castagnettes et guitariste à moustaches. Le flamenco se décline en fait de plusieurs manières : chant seul, chant accompagné de guitare ou de percussions (habituellement des applaudissements manuels en rythme), danse seule accompagnée de musique. L’important est dans le rythme : c’est lui qui définit le genre, ainsi que la guitare, quand il y en a une, spécifique au flamenco.

Le film de Saura brille certes par son statisme, mais pas par son absence de style : avec un talent propre à un cinéaste qui a appris à filmer l’expression musicale en en captant la substantifique moelle, Saura explore les joueurs de flamenco comme on parcourt des yeux un tableau doté de plusieurs niveaux de plan. En guise de métaphore, il ouvre d’ailleurs son film sur un lent et gracieux mouvement de caméra, traversant une allée flanquée de peintures de différents formats et styles – peintures que l’on retrouvera ensuite disséminées dans la plupart des tableaux musicaux. En respectant un principe unique – avoir toujours les musiciens en face de lui, sauf lors d’un tableau où la caméra tourne autour d’une table occupée par trois personnes – il multiplie les angles de vue qui nous rapprochent et nous éloignent des uns et des autres, donnant à voir par-ci une guitare jouée avec enthousiasme, par-là un frôlement de robe qui se soulève en rythme.

La beauté qui émane de Flamenco Flamenco est imparable : elle a pour origine la musique elle-même. L’outil cinématographique permet de s’approcher au plus près des doigts qui filent sur les cordes de guitare, des mains qui applaudissent et des visages qui chantent. Dans le flamenco, ceux-ci sont littéralement défigurés par la puissance d’un chant qui ne repose pas sur le sens des paroles – souvent simplistes – mais sur la force de la voix qui les exprime, comme si le chanteur mettait en jeu la totalité de son organisme, comme s’il risquait d’imploser à la moindre note expulsée douloureusement de son corps. Un film tel que celui-ci permet non seulement de découvrir les formes diverses qui ponctuent ce genre musical, mais également de voir – plutôt que d’entendre – à quel point le flamenco est un art de la souffrance et de la passion, jusqu’à la déchirure.

Eric Nuevo

DVD et Blu-ray édités par Bodega
Sortie le 18 avril 2012

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