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Troisième film en compétition, Pastorela d’Emilio Portes est un incroyable délire totalement azimuté qui va plus loin que le simple concept potache puisque le réalisateur ne se limite pas à une ribambelle de gags et de situations improbables mais forme un récit un tant soit peu construit permettant une caractérisation bien trempée de ses personnages (un prêtre exorciste envoyant se faire foutre la moindre personne lui opposant une contrariété, un autre adepte de confession très intime avec une nonne, un chef de la police semblant diriger un cartel plus qu’un commissariat…) ainsi qu’une évolution tordante de son héros, l’officier de police Jesus Juarez, surnommé Chucho, complètement obsédé par son interprétation du diable dans la pastorale que sa paroisse met traditionnellement en scène et dont il est la star incontestée. Enfin, ça c’était jusqu’au jour où le nouveau prêtre en charge décide de l’écarter au profit de son meilleur ami. Il va s’en dire que ce blasphème ne restera pas impuni et que Chucho mettra tout en œuvre pour récupérer sa place sur scène, quitte à verser dans une résolution extrême.

De magouille en manipulation, en passant par des interventions musclées et explosives, Chucho va peu à peu se confondre avec son personnage démoniaque, la réalisation appuyant d’ailleurs cette transformation par des cadrages appropriés, l’immiscion de touches fantastiques de plus en plus marquées et marquantes pour aboutir à une escalade anthologique et dantesque où l’affrontement des forces antagonistes prendra une tournure épique et rigolarde. Surtout, Portes se montre aussi iconoclaste que De La Iglesia même s’il lui manque la rage donnant cette saveur particulière aux formidables films de l’ibérique. Ceci dit, Pastorela se montre suffisamment généreux dans ses effets, sa galerie de personnages truculents et ses retournements d’icônes sacrées pour emporter l’adhésion.

Le premier film de genre français à entrer dans la danse est The Incident du clippeur Alexandre Courtes et se voit proposé dans la section Extrême. Un film qui marque les débuts plutôt prometteurs du réalisateur. Sans avoir la prétention de vouloir rénover le genre, Courtes se livre à un exercice de style classique de survival en huis-clos où il peut déployer une certaine maîtrise de son récit et de l’espace à sa disposition, un asile imposant aux couloirs inquiétants. Quatre cuistots, composant à leurs heures perdues un groupe de hard rock, officiant dans l’établissement, se retrouvent piégés dans la bâtisse au cours d’une nuit d’orage ayant fait griller tout le réseau électrique, empêchant l’ouverture des portes aux serrures électroniques. Les voici contraints d’aider les agents de sécurité à remettre les internés dans leurs cellules tout en essayant de trouver une échappatoire. Une situation qui va bien vite devenir périlleuse et même sacrément dégénérer lorsque les occupants, menés par un charismatique et mutique psychotique, vont s’employer à se rendre maîtres de lieux avec une certaine violence. Peu avare en effets chocs et graphiques, The Incident ne s’y complait pourtant pas et parvient même à générer une angoisse insidieuse en jouant sur la monstration des cinglés occupant parfois fugacement le cadre. Si on peut regretter un final un brin paresseux, en tout cas on est bien loin du syndrome Mutants que le résumé du film pouvait laisser craindre.

Enfin, on passera bien vite, mais alors très très vite sur Grave Encounters des Vicious Brothers, énième bande horrifique reprenant jusqu’à la lie le principe de l’exploration d’un lieu soumis à des phénomènes paranormaux, ici un asile américain labyrinthique et abandonné visité par quatre jeunes idiots à la tête d’une émission de télé-réalité donnant son titre au film. Un found footage de gueule encore plus caractérisé que le gratiné En quarantaine 2 de l’année dernière (qui avait au moins pour lui sa drôlerie involontaire lui conférant un potentiel nanardesque indéniable : ah, ses poursuites à califourchon sur les rampes à bagages d’un hangar ou ce rat contaminé se laissant nonchalamment tombé sur le crâne d’un paraplégique…) dont les toutes premières minutes font craindre le pire sur la tenue visuelle (des « pros » qui filment comme des amateurs, des zooms à tire-larigot sur des séquences d’expositions (!?), entre autre inepties formelles aberrantes) et la bêtise abyssale des protagonistes. Vous pensiez que la trilogie Paranormal Activity était insurpassable en termes de non-récit, de non-évènement, de vide tout simplement ? Grave (mais alors très très « graves », les gars) Encounters dépasse l’entendement. Bruit de porte se refermant violemment, vitre s’ouvrant lentement, brancard renversé, chaise roulante… euh, roulante, vent saisissant une mèche de cheveux, courses en caméra subjective infra-rouges dans les couloirs, spectres aux bouches déformés dont les apparitions sont téléphonées, etc, autant d’éléments passionnants rendant la vision de ces quatre vingt dix minutes interminables.

Nicolas Zugasti

Bande-annonce de Pastorela d’Emilio Portes

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