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Le générique est formel : The Enforcer (1951, La femme à abattre) est réalisé par Bretaigne Windust, un metteur en scène de Broadway qui n’a réalisé que quelques films pour le grand écran et guère plus d’épisodes de séries, dont Alfred Hitchcock présente. Mais, dès la fin des années cinquante, ces petits malins qu’étaient les cinéphiles français, les macmahoniens en tête, qui défendaient becs et ongles leurs cinéastes favoris (Walsh, Fuller, Cottafavi, Losey, Preminger) face aux hitchcocko-hawkiens des Cahiers du Cinéma, avaient découvert le pot aux roses : il existait un cousin à la mode de Bretaigne et le brave Windust étant tombé malade au début du tournage, le studio Warner avait appelé au secours son “film doctor” attitré, celui qui te refoutait sur pied un film bancal en un clin d’œil, le grand Raoul Walsh en personne.
Alors, on pourrait s’amuser au jeu des devinettes et rendre à Raoul ce qui lui appartient. Franchement, cela saute aux yeux. La femme à abattre est constitué de séquences à couper le souffle (tout le début, la fin) et d’autres incroyablement bavardes, où il ne se passe pas grand chose. Une bonne nouvelle toutefois : le pauvre Bretaigne a dû être sacrément mal en point parce que le film respire la maîtrise de Walsh.


Prenons le démarrage en trombe : Humphrey Bogart est un procureur qui doit se concilier les bonnes grâces d’un témoin pour faire tomber le caïd local. Avec sa gueule de l’emploi, Ted De Corsia est ce gros dur qui fait péter les coutures de son costard mais qui, pourtant, n’en mène pas large. Il entre en scène et transpire de trouille, il ne peut affronter le méchant, il ne témoignera pas contre son chef.
Quant à la fin… Une femme marche dans la rue, recherchée sans le savoir tout à la fois par les gangsters et par la police qui veut la protéger. Bogart use d’un subterfuge pour l’avertir… et fait entrer cette séquence au panthéon des scènes mémorables.


Si, curieusement, ce grand acteur est plutôt effacé dans son rôle de procureur, lui qui a tellement fait ses preuves déjà devant la caméra de Walsh, il donne la réplique à quelques fortes têtes très marquées, tant du côté des flics que des malfrats. Chacun de ces personnages est tellement typé, comme savaient le faire les films noirs de l’époque, qu’on ne peut plus l’oublier. Pas plus le gros Zero Mostel (revu plus tard chez Mel Brooks) que le dément Jack Lambert ou l’inquiétant Everett Sloane, habituel partenaire d’Orson Welles.
Le plus étonnant est que le scénario (des tueurs à gages qui se louent pour des contrats) est tiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée dix ans auparavant. Bref, un film noir comme on ne peut que les apprécier, et un cinéaste (appelons-le Walsh pour faire court) capable de créer une tension dans chacune des scènes qu’il dirige et qui ne présente jamais une situation d’une façon totalement neutre.

Jean-Charles Lemeunier

> Le film est sorti en DVD chez Films sans frontières le 29 septembre 2011

Extrait de La Femme à abattre

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