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Parrains du siècle est la réédition du livre Les parrains de la Côte, édité en 2005 chez L’écailler du suD. Bien que cette mention ne soit signalée nulle part sur la couverture, l’obtention de l’objet du délit reste un bon geste. D’abord parce que l’édition originale se révélait un des bons textes de sa catégorie, guère tendre envers les hauts représentants de la pègre, ensuite parce que cette réédition va plus loin que de simples retitrages de chapitres. Aubry a la bienséance de reprendre son tapuscrit : il retouche des phrases ici et là, complète un chapitre ailleurs (par exemple celui sur Jacky Imbert), et en rajoute quelques-uns, tels ceux sur Farid Berrahma et l’entretien avec l’avocat Michel Roubaud. Son panorama du Milieu marseillais, du Vaucluse et plus largement de la région Paca rappelle au lecteur la brutalité et la dangerosité de la truanderie et participe au saint réflexe de ne pas trop fantasmer sur la vie d’aventures et d’action de nos hors-la-loi hexagonaux plus ou moins voyants. Sujets logique d’intérêt que ces gaillards hors normes, y’a pas de honte, notamment parce que leurs parcours permettent une lecture particulière de notre société et parce que bon, abreuvés que nous le sommes par les polars sous forme de livres et de films, nous avons soif d’en savoir plus. Et en savoir plus, vous, je sais pas, mais moi, ces types me font détaler fissa. Même si certains ont des circonstances atténuantes. Parrains, caïds, truands, voyous, tous ne sont pas des salauds, ni des brutes sortant leur flingue à la plus petite insulte, ni des ordures paranoïaques avides. Comme dans tout cercle social, comme dans toute microsociété, on trouve des individus plutôt droits, plutôt courageux qui, tout en étant braqueurs ou trafiquants, tentent de ne pas trop s’attirer d’embrouilles, de pratiquer leur activité en étant des mecs réguliers, en restant des homme dignes de ce nom. Une gageure, mais bon.

> Chez Express Roularta Editions, 17 euros



De ces calibres-là, à chacun de juger si Frédéric Ploquin en rencontre dans son dernier livre, La prison des caïds. Toujours est-il que l’ouvrage est quelque peu atypique en ce sens qu’il ne s’agit pas d’une biographie ou d’une autobiographie d’untel ou d’untel, mais d’une peinture plutôt colorée de la vie derrière les hauts murs ternes des prisons. Une vie ici racontée non pas par un médecin, un psy, un éducateur ou un sociologue mais, sous l’impulsion du journaliste signataire (qui au final présente un de ses meilleurs travaux), par les enfermés eux-mêmes. Et pas n’importe lesquels, mais ceux qui ont passé des années dans des quartiers différenciés, les quartiers d’isolement, quasi tombeaux de vivants multitransférés. On y lit leurs peines, leurs souffrances, leurs trouvailles pour améliorer le quotidien, leur relation avec les matons, leur capacité à communiquer entre eux, à se tenir au courant de quasiment tout, leur volonté de résister à la folie et à la dépression, leur potentiel à transcender leur condition de Détenus Particulièrement Surveillés (DPS), à se transcender par la lecture ou l’écriture (par exemple). Un ouvrage qui fourmille de détails parfois drôles, parfois terribles, qui alimentent une vie entre parenthèses pouvant aussi bien générer la camaraderie voire l’amitié que des haines plus ou moins passagères pour des raisons que ceux du dehors considèreraient comme des broutilles.

> Chez Plon, 20 euros



Autre livre digne d’intérêt, Banlieue sud, l’autobiographie de Michel Lepage, qui fut longtemps un des éléments moteurs de la pègre d’Île-de-France. L’homme raconte avec efficacité son enfance, son adolescence, ses premiers larcins puis son ascension et sa carrière de professionnel. Un choix de vie assumé, revendiqué, malgré les aléas et les mauvais coups de la vie. S’il raconte cette carrière fructueuse, en prenant certaines précautions et parfois en réfutant ou relativisant certains actes ou situations dont seule une poignée de collègues ou de policiers doivent savoir à quoi s’en tenir, Lepage s’épanche largement sur ses multiples séjours en prison. Le témoignage de cet abonné au statut de DPS croise récits du quotidien dans les anciennement nommés QHS (brimades ou arrangements avec les matons, cantinages, démarches administratives, moyens de communication avec d’autres embastillés, activités ludiques ou physiques, implications dans des ateliers ou des formations, séances de parloir…), avec les récurrents rêves d’évasion, la concrétisation des plans d’échappées, les cavales. L’histoire d’un homme. Et pour remplir les blancs, il existe les textes d’autres comme lui, ceux de policiers, ceux sur le Milieu. Il doit en sortir une douzaine par an. Au moins.

> Chez Grasset, 18 euros


Laurent Hellebé

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