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Présenté dans la section Un Certain Regard, The Murderer est le second long-métrage du Coréen NA Hong-jin. Le cinéaste confirme tous les espoirs placés en lui à l’issue de son très convaincant premier film, The Chaser, réalisé il y a trois ans. NA se positionne surtout, avec ce coup de maître, comme l’un des tous meilleurs représentants du cinéma d’action coréen, et comme l’une des valeurs sûres du cinéma mondial à venir, tant son œuvre ne fait pas qu’embrasser un genre en particulier, mais résonne aussi et surtout dans les méandres de la société coréenne.

Au cœur de ce film passionnant, un personnage comme vous et moi, ou presque, un citoyen lambda. À l’image de ses confrères, NA plonge au sein d’une intrigue qui ne va pas tarder à exploser dans tous les sens. Notre héros est un chauffeur de taxi criblé de dettes, et qui vit dans une province à la frontière entre la Chine, la Corée du Nord et la Russie. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa femme exilée à Séoul, il accepte de partir clandestinement en Corée du Sud pour exécuter un homme qu’il ne connaît pas, et dont l’assassinat accouchera d’une avalanche de règlements de comptes et de vengeances en tout genre.

The Murderer est d’abord un film politique, qui dresse un constat sans appel d’une région en ruines, et dont les habitants ne sont pas les bienvenus en Corée du Sud, où ils sont persécutés. L’ancrage social du personnage principal permet dans un premier temps de lui accorder un capital sympathie intéressant auprès du spectateur, qui tout au long de l’histoire vibrera au gré des aventures de cet homme, qui, au fond, s’accroche à l’espoir qu’il a de refaire sa vie avec sa femme, bien loin de toute la corruption et de la violence qui l’entourent. La trajectoire tragique du personnage rappelle les meilleures tragédies, celles où le destin d’un homme se joue sans son accord, succombant ainsi à la loi du plus fort. On retrouve cela chez BONG Joon-ho, précisément dans The Host par exemple, à travers cette famille prise malgré elle dans le mensonge d’une administration coréenne vendue aux Américains. Il n’y a pas à dire, il y a là une grande noblesse chez ces héros des temps modernes, qui souvent au péril de leur vie se lancent la tête la première au-delà d’un danger insurmontable.

NA Hong-jin comprend d’ailleurs très bien que son spectateur entend souffrir et vibrer avec son personnage. Sa mise en scène, très découpée et rythmée, reste fidèle à ce principe aussi bien au cœur de l’action (et le film contient quelques morceaux de bravoure sensationnels, à l’image de la première scène de poursuite qu’applaudira la salle toute entière au terme des dix plus grandes minutes de cinéma du Festival), que lors des scènes plus calmes. NA nous plonge au centre de l’action, au plus près des protagonistes, avec un sens de la mise en scène qui rend l’ensemble parfaitement lisible et cohérent. Les multiples points de vue ne font que renforcer l’enfermement du personnage principal dans une intrigue qui se resserre sur lui comme un étau. Avec un sens du rythme probablement inégalé dans le cinéma contemporain, NA est d’une générosité incroyable, et les 2h20 de son film ambitieux passent sans aucun problème, tant il nous aura rarement été donné l’occasion d’autant vibrer à Cannes cette année.

Enfin, le méchant de l’histoire, interprété par le génial KIM Yun-seok, volerait presque la vedette au héros, et résume à lui toute seule la violence et la méchanceté du fond de l’histoire. Dans la veine récente des thrillers coréens (de J’ai rencontré le Diable à Bedevilled), The Murderer est un film sanglant, qui ne lésine pas sur l’hémoglobine sans pour autant tomber dans la gratuité et un esthétisme rougeâtre tapageur. Et mis à part les policiers (qui une de fois plus sont tournés en ridicules), personne ici n’utilise des armes à feu, préférant, à l’ancienne, les haches, les couteaux de cuisine, les tournevis ou même, l’os à moelle. Ce refus de la simplicité caractérise assez bien le cinéma de NA, auteur d’un scénario complexe (un poil brouillon sur la fin), qui mélange donc la chronique sociale comme le mélodrame, avec comme fil rouge sang la répartition savante, toutes les trente minutes, d’une extraordinaire scène d’action qui pose une bonne fois pour toute la Corée comme la meilleure source de grands cinéastes d’action de la planète. Et qui fait de The Murderer le meilleur film vu à Cannes cette année.

Le film sortira le 13 juillet prochain.

Julien Hairault

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Une réflexion sur “« The Murderer » de NA Hong-jin (Un Certain Regard)

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