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À Cannes, attendre 5 jours de Festival pour enfin voir un film dérangeant, c’est long. Alors que la compétition officielle n’assume clairement pas son rôle dans ce domaine cette année avec les mauvais Sleeping Beauty et Michael, c’est donc du côté des sélections parallèles qu’il faut se tourner pour vibrer un peu, et plonger au cœur d’un vrai malaise de cinéphile. Car le premier film de l’Australien Justin Kurzel ne laisse pas indifférent. « Amusant » de voir, d’ailleurs, qu’un bon cinquième de la salle n’a pas supporté l’audace du jeune cinéaste, préférant quitter la projection avant son terme, parfois même dès la première demi-heure.

Il faut dire que Les Crimes de Snowtown s’attaque à un sujet sensible : la pédophilie dans une banlieue défavorisée d’Adelaïde. On y suit le jeune Jamie survivre au milieu d’une fratrie où l’ordre brille par son absence, et où chaque enfant de la même mère semble avoir été conçu d’un père différent. Ajoutez à cela les violences sexuelles répétées sur les plus jeunes, par les voisins ou les grands frères, et vous obtenez un contexte social qui n’aurait rien à envier au plus sombre tableau d’un Larry Clark. Dans cet environnement débarque John, d’abord en tant que nouvel ami de la mère, ensuite en tant que protecteur des gosses molestés. Et le film de tomber lentement mais sûrement dans un déchaînement de violences dont personne ne sortira indemne. Organisant autour de lui une sorte de milice, John et sa bande vont petit à petit supprimer autour d’eux toute personne au comportement amoral selon eux, qu’il s’agisse de pédophilie ou d’homosexualité.

Kurzel filme avec intelligence ce personnage d’abord présenté comme bienveillant à l’égard de cette communauté, mais qui au final la fera imploser de l’intérieur. Pour Jamie, John devient petit à petit un père de substitution, même s’il lui faudra du temps pour rentrer dans le jeu barbare de son nouvel « ami ». La folie de John se devine petit à petit à l’écran, et prend toute son ampleur lors de la première scène traumatisante du métrage, dans laquelle il demande à Jamie d’abattre son propre chien pour enfin « devenir un homme », et cesser de se laisser marcher dessus. Car c’est de cela que le film de Kurzel parle, des humiliations quotidiennes qui peuvent façonner un homme au point de l’effacer complètement de la carte des êtres humains.

Comme le Bully de Larry Clark, c’est ici une histoire vraie que nous raconte le cinéaste. Il emprunte d’ailleurs à son homologue américain le même épilogue, qui voit le film se terminer sur l’énoncé du verdict qui enverra tous les complices en prison pour de très nombreuses années. Cela tombe comme une gifle pour le spectateur, qui aura malgré tout depuis longtemps abandonné toute sympathie pour les « héros » du film. Mais Kurzel a la bonne idée de continuer de filmer avec passion et tendresse le personnage de Jamie, pris malgré lui dans cet engrenage infernal, et qui reste bien moins sadique que le fou furieux John. Lors d’une scène insupportable, Jamie mettra fin au souffrance d’une victime de la bande que John faisait atrocement souffrir en le torturant, n’attendant, au fond, tel le Diable manipulateur qu’il est, que Jamie franchisse le pas, et tue à son tour. On appelle aussi cela la loi du plus fort, celle qui fait que les gros écrasent les petits, et qu’au bout du compte il se perd un petit plus, chaque jour, de notre Humanité. Un film coup de poing !

Julien Hairault

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Une réflexion sur “« Les Crimes de Snowtown » de Justin Kurzel (Semaine de la Critique)

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