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En 2007, l’Israëlien Joseph Cedar repartait du Festival de Berlin avec l’Ours d’Argent pour son magnifique Beaufort, film de guerre mis en scène comme un huis-clos où la psycholiogie des personnages prévalait sur leurs actions. D’un point de départ excitant (la guerre), il tirait un film intimiste mais remarquablement tendu et effrayant. Avec son nouveau film, Footnote, il prend le contre-pied de cette démarche en tirant d’une histoire volontairement « neutre », une sorte de comédie symphonique autour d’un milieu très fermé, celui d’une famille, les Shkolnik, dont les hommes sont chercheurs de père en fils. Leur champ d’étude : le Talmud, ce recueil de textes exprimant la tradition orale de la Loi (alors que la Torah représente la Loi écrite). Alors que le fils empile les récompenses, le père, lui, doit vivre dans l’ombre de son enfant, ce qui ne va pas pour atténuer sa misanthropie. Jusqu’au jour où on lui décerne le Prix d’Israël, le plus prestigieux de tous. Footnote est une comédie intello qui se situe dans un milieu d’érudits, et qui aurait tendance, dans ses dérives les plus bavardes, à ne s’adresser également qu’à des érudits. La force comme la limite du film est ainsi de chercher à relever constamment le défi initial : rendre euphorique un sujet qui ne l’est pas du tout. Pour celà, Cedar s’exprime au travers d’une mise en scène rythmée (split-screens et inserts à l’appui), et d’une partition musicale osée, presque toujours présente à l’écran. Si les personnages passent le plus clair de leur temps à bavarder, la forme que donne Cedar à ces discussions laisse un sentiment d’étrangeté. Tous ces efforts de mise en scène ne laissent pas indifférent, et rendent même euphorique le temps de la projection. Le sommet du film est sans conteste cette réunion de chercheurs dans un miniscule bureau, symbole évident du petit intérêt que représente réellement cette discipline, et ce métier : « philologue ». Footnote possède donc une limite évidente, celle de raconter une histoire assez pauvre au final. La relation père-fils, si elle prédomine dans le récit, ne semble pas non plus exploitée à son maximum, et plutôt que des affrontements directs entre les deux personnages, le film préfère un duel à distance, assez vain et frustrant au final.

Julien Hairault

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