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Si l’amateur a bien saisi que depuis une dizaine d’années, le polar hexagonal est en pleine forme, hormis quelques scories, et que thrillers politiques et films d’espionnage estampillés label France repointent timidement le bout du nez (l’éphémère série Sécurité intérieure, Secret défense, Une Affaire d’Etat), le susdit amateur trépignait, qui sait, dans l’attente d’un bon film d’action de derrière les fagots. Entendez par là qui ne soit pas d’abord une comédie merdique, où une tentative aussi louable que semi foirée de réactiver le film d’aventure « à la Giovanni », tel que l’a été un 600 kilos d’or pur de surcroît bien mal supporté dans sa promotion. L’Assaut est-il donc au film d’action national ce que furent au polar 36, quai des orfèvres et Le Convoyeur ? C’est peut-être en attendre beaucoup. Du coup, ne pas préalablement espérer en se rongeant les ongles que le long-métrage de Julien Leclercq soit un hit du cinéma musclé et intelligent (ce qui n’est pas incompatible), permet de l’apprécier à sa juste valeur. Et globalement, cette reconstitution d’un haut fait d’armes du GIGN, l’assaut mettant un terme à la prise d’otage des passagers d’un airbus A300 le 26 décembre 1994, à une époque d’ascension fulgurante du terrorisme islamiste un peu partout dans le monde, ben, elle n’est pas mal du tout. On ne s’y ennuie pas.

Dans sa forme, le réalisateur et ses cadreurs rendent bien mieux hommage à celle de la trilogie … dans la peau que huit compatriotes cinéastes sur dix ayant marché sur les pas du cinéma d’horreur et fantastique étasunien, bien que le filmage façon reportage de guerre ne soit pas forcément approprié dans certaines saynètes, que les plans évitent de cadrer la ceinture abdominale de Vincent Elbaz, et que la référence (visuelle comme structurelle) à Vol 93 puissent chatouiller les esprits chagrins. Il y a donc quelques affèteries (dont le pathos musical n’est pas le moindre). Visuellement, les teintes froides et quasi monochromes appuient la tension du sujet et la dangerosité des situations, ce qui constitue peut-être la seule véritable originalité du film. Les concepteurs de ce drame nerveux évitent, Dieu soit en location, l’écueil de singer ce bon vieux genre du film catastrophe comme de se prendre pour Menhahem Golan mettant en boîte un Delta Force unilatéral et aussi extrémiste que l’ennemi qui y était vilipendé. Ceci écrit, L’Assaut n’est pas non plus un docufiction dans la lignée de Battle for Haditha, exemplaire reconstitution d’un « fait-divers » sanglant en Irak, où étaient représentés à part égale toutes les parties impliquées (Marines, insurgés, civils).
Dans le long-métrage qui nous intéresse, les preneurs d’otages hurlent leur haine, invectivent des victimes fort logiquement terrorisées, prient et chantent les louanges de leur Dieu. Pour la notion de profondeur psychologique, on passe son chemin. À la décharge de Leclercq et du scénariste Simon Moutairou, on peut toujours arguer qu’il est ardu d’allouer une grande profondeur psychologique à des salafistes du GIA qui font passer les wahhabites ultra pour des chantres de la tergiversation. En face de ces bad guys jusqu’au-boutistes, la description de l’unité militaire d’élite vise à une certaine forme d’épure plutôt efficace : elle évite les grandes embardées lyriques comme les séquences de rigolade et de détente virile façon Top Gun, Navy Seals : Les Meilleurs ou SWAT, pour focaliser à bon rythme sur l’entraînement et la grande compétence des membres du GIGN, se contentant de décrire la vie familiale du personnage d’Elbaz en quelques scènes irréprochables.

Le troisième groupe présenté dans ce docufiction est celui des décideurs et de leurs bras droits : politiciens, préfet, huiles de l’armée, de la police et surtout des services secrets. Ils s’activent, réagissent, enquêtent, analysent, proposent des options, chapeautent les opérations, autorisent telle ou telle action. C’est par ce cercle d’éléments hétéroclites mais complémentaires que sont distillées les informations politiques et stratégiques ainsi que sur le GIA. Si elles restent succinctes, le minimum syndical est assuré.
L’Assaut aurait cependant gagné en force à développer son topo sur le GIA, dont les liens avec Al-Qaïda se renforçaient d’autant que le Groupe Islamique Armé – puis le GSPC – agrégeait alors diverses phalanges, groupuscules, cellules, barbus maquisards menés par des émirs sanguinaires (dont Djamel Zitouni, cité dans le film) pour devenir un mouvement terroriste rayonnant au-delà de l’Algérie. Appuyer la donne géostratégique et booster son œuvre en développant plus encore (car cette donne est bien là) un aspect suspense « politique » ne semble pas avoir été une priorité. Jouer plus franchement cette carte aurait davantage instruit le citoyen, enfumé par le saucissonnage voire l’indécence des « grands » journaux télévisés et de nombreux reportages entretenant la peur de l’ennemi intérieur, surtout s’il est musulman, et plus encore arabe.
Ce n’est pas tant des djeunes des cités dont nous devrions avoir peur (même si les crimes et délits des « quartiers sensibles », ou issus de ceux-ci, ne peuvent évidemment pas être négligés), pas plus que des femmes voilées (même si on peut déplorer ce que cela induit), mais bien de la dangerosité avérée du GIA, de ses émules, et de sa descendance internationaliste avec AQMI.

Laurent Hellebé

> Film sorti en salles en France le 9 mars 2011.





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