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Kill David, la légende de David Carradine n’est pas une biographie complète et définitive sur ce prolifique acteur que nous aimions tous (t’as intérêt, mec). Il s’agit d’un hommage et d’un sujet en quelque sorte atypique, qu’Eric Arlix a la bonne idée de traiter d’une manière plutôt originale, à savoir dans un style quelque peu ellroyien (style dégraissé, dynamique, jouant de la répétition), quelque peu chronique rock (un peu azimuté, courant des chemins de traverses tout en restant près du sujet) et d’un second degré bienvenue. Arlix n’est pas un nerd qui passerait cinq ans à écrire sur Carradine en étudiant toutes les bouses dans lequel ce roi dissolu de la cool attitude s’est compromis, non, Arlix reste sur les sommets saillants que furent la série Kung Fu, le bis politique La Course à la mort de l’an 2000 et le diptyque Kill Bill, sans oublier tout de même de citer des débuts prometteurs sous la houlette de Scorsese et Ashby. Un des livres incontournables de l’année 2010.
> Chez l’éditeur Philippe Rey, pour 17 euros.



Moins émouvant et plus instructif, le Pauline Kael, Chroniques américaines, est un recueil d’articles de la célèbre critique d’outre-Atlantique. On n’est pas obligé d’être toujours en accord avec les opinions de cette chroniqueuse qui œuvra notamment pour le New Yorker (sans avoir la puissance de feu littéraire d’une Dorothy Parker) pour plonger avec intérêt dans cette vaste lecture, sorte de panorama du cinéma US des années 60-70. Parmi les pages les plus prenantes, celles où Kael, plus que de louer ou dégommer un film, fait des analyses à chaud et acérées sur le monde du cinéma : liberté de création, branchitude, apparition des blockbusters modernes, cinéma de surface, système des studios, financements… Un terreau d’où poindra une certaine pensée critique plus hexagonale qu’étasunienne, tout en étant elle-même enrichie par l’intellectualisme de la Nouvelle Vague. L’intérêt de cette redoutable critique se portait également sur le cinéma du Vieux monde, comme nous le montre Chroniques européennes, où sa plume incisive n’hésite pas plus à louer Jean-Luc Godard et une partie de la filmo de François Truffaut qu’à mettre en pièces Antonioni ou la plupart des œuvres de Fellini. Un volume où les argumentations, toujours profondes, n’empêchent pas, bien au contraire, un humour grinçant qui permet au lecteur une distanciation saine et lui amène souvent le sourire aux lèvres.
> Chez Sonatine, 24 euros.



Autre incontournable ouvrage sur le cinéma paru fin 2010, Reflets dans un œil mort, Mondo Movies et films de cannibales. Les duettistes Maxime Lachaud et Sébastien Gayraud, férus depuis longtemps de cinéma expérimental, d’œuvres alternatives (et de musiques itou) offrent enfin à la France (oui, môsieur) le pavé qu’il manquait sur un pan (sans dieu) souvent détesté du mal-aimé cinéma d’exploitation. Dans un style précis et alerte qui évite l’écueil de la thèse lénifiante, ce livre fait l’historique et l’analyse tout de même profonde d’œuvres choc à la fois provocatrices et racoleuses, ambiguës et fascinantes, tout aussi libres que cumulant des clichés douteux. La production italienne en la matière y est reine et permet de rappeler que la patrie de Fellini et Rossellini fut un immense creuset de cinéma toutes catégories, en l’occurrence débordant de gore et de sous-textes politiques puisque briseur de tabous et riant de la bienséance. On applaudit des moignons cette initiative éditoriale d’un éditeur qui n’en est pas à son coup d’essai puisque le cinéphage de bon goût lui doit également des parutions sur Lucio Fulci, les films de Vigilante et la Blaxploitation, certes plus « à la mode » mais également vilipendés par les héritiers du « cinéma d’auteur » que ces genres et sous-genres de la culture parallèle, parfois de la contre-culture, sont pourtant occasionnellement. Une somme en forme d’autopsie complète où les auteurs fouillent les entrailles de quelques dizaines de longs-métrages sans rien laisser au hasard et à laquelle il ne manque ni l’intellectualisation (mais sans outrance), ni la passion (elle est évidente). Peut-être juste une pincée supplémentaire d’humour, un réflexe de protection courant chez les légistes (en tous cas ceux de la création audiovisuelle !).
> Chez Bazaar&Co, 30 euros.

Laurent Hellebé

> À lire aussi, de l’ami Hellebé : Tirs groupés, les années 80 Vol. I & Walter Hill, l’esprit d’équipe, disponibles aux éditions Panik.
Bon de commande téléchargeable à cette adresse
.



La Course à la mort de l’an 2000, bande-annonce



Pauline Kael, interview (en anglais)



Extrait de Mondo Cane, documentaire italien de Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti & Franco Prosperi qui donna naissance au genre « mondo »



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