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Aïe aïe aïe !!! Cruel dilemme à l’arrivée de l’unique projection-presse du dernier film d’Alexandre Aja – remake en 3D du Piranha de Joe Dante (1978) – très attendu après le décevant Mirrors en 2008. L’attaché de presse explique calmement qu’il nous faudra choisir entre une projection de la version française en 3D ou de la version originale sous-titrée en 2D, la post-production en relief de cette dernière n’étant pas encore finalisée !
Malgré la déception de devoir se rabattre sur la VF, l’envie de se faire chatouiller le nez par ces charmants petits poissons sera trop grande pour passer à côté d’une telle expérience. Un avis partagé par beaucoup, comme en témoigne une salle quasi pleine et impatiente de découvrir le métrage. Sauf peut-être cette journaliste assise à quelques sièges de moi et qui semble avoir été entraînée de force dans l’aventure. Sans doute une représentante de Cosmopolitan, Elle ou Femme actuelle, nouvellement recrutée et qui a été chargée de visionner ce film que personne d’autre ne voulait voir. Car soyons honnêtes, Piranha 3D ne plaira qu’à une gent masculine avide de sensations fortes !

Première scène et premier fou rire contagieux parmi le public qui découvre un pêcheur noctambule s’adonnant à son hobby à bord d’une barque sur un petit lac, une bière à la main et une petite chansonnette aux bords des lèvres. Sous les traits de ce gaillard grisonnant : Richard Dreyfuss !!! L’acteur s’est de toute évidence trompé de film, et malgré son expérience lui ayant permis de triompher maintes fois du grand requin blanc, le pauvre homme finira dévoré par ces petits poissons carnivores.
L’ouverture explicite également l’origine de cette menace qui bouleversera la petite ville de Lake Victoria : un séisme déchire la croute terrestre et produit une faille désenclavant un lac sous-terrain, ce qui libère des centaines de piranhas jusqu’alors prisonniers des abîmes. Plus tard, les protagonistes apprendront qu’il s’agit d’une variété de l’espèce disparue depuis « au moins deux millions d’années », selon les dires du professeur Goodman incarné par un Christopher Lloyd cabotinant comme jamais !
Si les enjeux narratifs sont évidemment des plus basiques (des « méchants recouverts d’écaille » déciment une population qui finit par venir à bout de ces petites bestioles, non sans en avoir payé le prix fort), il n’empêche que ce type de métrage ne peut fonctionner que si les personnages sont suffisamment crédibles et/ou attachants. L’amateur d’hémoglobine ne saurait se contenter de morsures et de tripailles sans se sentir un minimum impliqué dans l’histoire qu’on lui propose.
Le spectateur croisera la route du shérif Julie Forester (Elisabeth Shue) qui tentera avec ses hommes de sauver les nombreux étudiants participant à une grande fête organisée sur les bords du lac pour le week-end de Pâques. La représentante des forces de l’ordre aura fort à faire pour s’occuper à la fois de ces jeunes débauchés insouciants – qui préfèrent continuer à danser et boire malgré l’ordre qui leur a été donné de sortir de l’eau – et de ses enfants partis naviguer sans la prévenir. Laura et Zane Forester se retrouvent piégés sur une petite île sur laquelle ils souhaitaient pêcher tandis que leur grand frère Jake (Steven R. McQueen) s’est fait engager sur le tournage d’un porno sur un bateau. L’équipe du film avait besoin d’un régisseur connaissant bien le coin afin de dénicher les endroits les plus paradisiaques de la région pour shooter ses prises. L’adolescent était en fait chargé par sa mère de garder ses petits frères et sœurs, mais qui le blâmerait d’avoir préféré admirer des nymphettes lesbiennes en pleine action à une longue journée de babysitting ?!?

Adhésion totale du spectateur à l’intrigue, d’autant que l’on prend toujours un grand plaisir à (re)voir à l’écran des acteurs aussi sympathiques que Ving Rhames ou Jerry O’Connell, avec une mention spéciale au petit cameo d’Eli Roth qui campe un érotomane excité présentant un concours de « Miss T-Shirt mouillé ». Cette compétition déplaît fortement à un petit groupe de chrétiens fondamentalistes manifestant leur opposition et suggérant la lecture de la « Sainte Bible » à ces jeunes lubriques déchaînés. Une foi qui ne parviendra malheureusement pas à les épargner du carnage, les piranhas ne faisant aucune différence entre la chair pervertie de la jeunesse et celle pieuse des contestataires. Ces derniers auraient mieux fait de rester chez eux à regarder une énième rediffusion de la série Les Routes du paradis, avec l’inénarrable Michael « Charles Ingalls » Landon !
Mais l’incontestable réussite de Piranha 3D provient de sa capacité à susciter les émotions les plus diverses et extrêmes, au point de chambouler les repères du spectateur. De véritables « montagnes russes » qui ne lui laissent aucun répit : angoisse intense lors des séquences précédant les attaques des poissons, avant que cette tension ne laisse place à l’écœurement à la vision des corps déchirés, amputés et déchiquetés ! Rien de nouveau objectera l’amateur du genre, notamment chez un Alexandre Aja d’ordinaire très généreux en effets gore (Haute tension tout particulièrement). Sauf que le réalisateur nous gratifie ici d’un humour inhabituel de sa part, désamorçant complètement l’horreur visible à l’écran mais décuplant le plaisir ressenti par le spectateur.
Un maelstrom de sensations donc, qui prend par surprise une audience le faciès encore tordu par le dégoût. Une grimace qu’un gag viendra effacer brusquement avant de replonger tout aussi brutalement dans l’horreur, alors que les sourires sont encore figés sur tous les visages. Si bien qu’il n’est pas rare de se sentir un peu honteux de rire à gorge déployée devant des plans dévoilant des corps en lambeaux (voir cette séquence où le haut de maillot de bain d’une Bimbo se dégrafe par « accident »). Dans Piranha 3D, les cris de douleur des victimes peinent à couvrir le bruit du public hilare, qui souscrit sans difficulté à l’humour quelquefois potache et nettement « en-dessous de la ceinture » du métrage.

Des jeunes filles se trémoussant sensuellement sur fond de musique techno, que la caméra filme impudiquement en opérant de gros plans sur leurs poitrines saillantes et leurs fesses généreuses ! À croquer ! Aja annonce clairement la couleur dès la première scène de la party estudiantine : Piranha 3D sera libidineux et ostentatoire dans sa volonté de faire la part belle aux chairs les plus exquises ! Dans un esprit très bis (que la VF sert parfaitement in fine), le réalisateur multiplie les idées les plus jubilatoires. Au hasard : le gag des implants mammaires, le plan en vue subjective sous-marine où une fille – le cul planté dans une bouée – ressemble étrangement à un appétissant donut fourré géant, ou encore l’ahurissant et jouissif ballet aquatique exécuté par deux hardeuses. Avec de la musique classique en guise de fond sonore, la séquence constitue un surprenant intermède narratif provoquant l’hilarité de toute la salle ! Vêtues de simples palmes, les actrices nagent ensemble selon une chorégraphie des plus érotiques, pour le plus grand plaisir de l’équipe de tournage – et des spectateurs occasionnellement.
Piranha 3D fait donc partie de la catégorie des films de pur divertissement et ne pourra s’apprécier que si l’on accepte cet état de fait. La tagline française du métrage (« Sea, sex… and Blood ») et son affiche rendant clairement hommage au film culte de Dante enfoncent le clou une fois pour toutes : il s’agit d’une série B dont l’objectif est avant tout d’en mettre plein la vue, ce qui ne signifie pas être dénué de toute dimension esthétique et formelle. Bien au contraire. Le sens de la mise en scène du réalisateur français (travail sur les cadres, mouvements de caméra, découpage des scènes d’action, etc.) contribue à transcender ce qui n’aurait pu être qu’un vulgaire « film de samedi soir » entre potes. Pour autant, le divertissement sera évidemment paroxystique s’il est partagé entre amis. L’assurance de se poiler pendant quatre vingt dix minutes. Car oui, Piranha 3D concourt bel et bien au titre du métrage le plus fun de l’année !

S’agissant de la 3D, le film nous offre quelques éclaboussures sanglantes et des effets visuels déjà vus ailleurs, ainsi que des vues subjectives des piranhas se frayant un chemin parmi les algues et les récifs. Un simple gimmick rigolo donc, mais on n’en demandait pas plus à ce nouveau Piranha. Le principe fonctionne même quand il participe d’un humour du plus mauvais goût, genre le spectateur qui essuie un jet de vomi en plein dans la tronche. Il trouve par contre sa pleine légitimité par le relief supplémentaire qu’il donne aux formes de ces demoiselles si peu farouches, renforçant ainsi un peu plus le processus d’immersion propre au medium cinématographique. Nul doute que la prochaine étape de l’exploitation du procédé se concrétisera dans le cinéma X, pour que le relief ne soit plus uniquement le fait du caleçon des spectateurs !

Fabien Le Duigou

PS : si la journaliste de Cosmopolitan n’a pas beaucoup ri pendant la projection du film, elle n’en est pas moins restée jusqu’à la fin. Bravo, chère confrère !

> Sortie en salles le 1er septembre



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Une réflexion sur “« Piranha 3D » de Alexandre Aja

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