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Affiche du film

Décidément le jeune cinéma coréen se porte à merveille. Après The Chaser, très remarqué l’an dernier, voici venir un premier film déjà culte et précédé d’une excellente réputation. Plus d’un an après avoir été remarqué dans de nombreux festivals, Breathless du réalisateur Yang Ik-June va enfin bénéficier d’une sortie française. Véritable révélation du festival asiatique de Deauville en 2009 d’où il est reparti avec le Lotus d’Or, ce film violent et choc est une sorte de mélange des frères Dardenne (pour le côté rédemption et réalisation caméra à l’épaule) et de Takashi Kitano (pour le côté violent). Bref : un objet cinématographique inclassable ! En effet, pour raconter ce qui se passait dans les quartiers de son enfance (quartiers qu’il filme magnifiquement de manière frontale), comme pour matérialiser la rage présente en lui, l’acteur et réalisateur Yang Ik-June va jusqu’au bout de son propos quitte à écœurer le spectateur à coup d’effets spectaculaires.

Sang-Hoon est un recouvreur de dettes ! Il utilise sa capacité à se battre afin de récupérer l’argent des dettes contractées par des malheureux incapables de rembourser. C’est un être violent qui tape sur tout ce qui bouge, aussi bien ses collègues que ses « clients ». D’ailleurs la première scène du film ne laisse planer aucun doute sur le personnage : Sang-Hoon y vient défendre une prostituée rouée de coups par un homme avant de s’en prendre à cette même prostituée, coupable à ses yeux de ne pas se défendre correctement. Bref, c’est un être seul, dont l’unique lien social demeure son neveu, qu’il gave de cadeaux et qu’il voit en cachette de sa mère, la sœur aînée de Sang-Hoon.
 Un jour il rencontre Yeon-Hee, une lycéenne qui comme lui, a vécu une enfance malheureuse, son père battant sa femme avant que celle-ci ne décède sous les coups de colère de Sang-Hoon. Entre les deux va se nouer une profonde amitié.
Ce film est avant tout une histoire de rédemption. Son héros est un cogneur ! Protagoniste récurrent du cinéma coréen (voir les films de Kim Ki-Duk notamment) qui ne dépareillerait pas non plus chez Kitano, le cogneur est un être violent qui ne fait que reproduire la violence dont il a lui-même été témoin dans sa jeunesse. La violence est l’un des thèmes communs entre de nombreux films coréens. Qu’elle provienne de la société coréenne ou des rapports familiaux (où la mère et le père qui ont vécu la dictature sont à l’origine de cette violence), elle suinte et transparaît dans de nombreux films comme pour exorciser les humiliations de son passé récent.
Cette violence donc est omniprésente dans Breathless. Mais si ce type de propos peut sembler extrême, Yang Ik-June évite de tomber dans le plus parfait nihilisme, en instaurant des scènes entre les deux protagonistes absolument magnifiques comme celle où Yeon-Hee et Sang-Hoon pleurent sur un banc.
Mais Breathless est également l’histoire de deux êtres seuls, qui vont vivre une belle histoire (d’amour ?) mais qui ne pourront pas échapper au destin final. À la périphérie de ces deux êtres, gravitent tout un tas de personnages haut en couleurs. Que ce soit le père et le frère de Yeon-Hee, ou bien le père, la sœur et le neveu de Sang-Hoon, tous apportent quelque chose au récit et participent à l’évolution des personnages principaux.

Les influences de ce jeune réalisateur semble être profondément asiatiques ; on pense bien évidemment à Takashi Miike mais également et surtout à Takeshi Kitano (même si Breathless peut souffrir de la comparaison avec un Violent cop par exemple) voire à un autre réalisateur coréen, Kim Ki-duk (celui des débuts, celui de Bad Guy notamment). Mais là où le réalisateur de Locataires utilise le silence pour exprimer les sentiments de ces personnages, Yang Ik-June préfère une diatribe verbale remplie d’insultes, comme pour mieux démontrer que parler ne signifie pas forcément communiquer. À travers des œuvres cultes comme Breathless, le jeune cinéma coréen démontre sa bonne santé et surtout sa capacité à surprendre quitte à choquer le spectateur lambda et non averti.

Fabrice Simon

> Sortie en salles le 14 avril 2010

Breathless – Bande-annonce en VO

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