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Si elle n’a pas primé de films réellement exceptionnels, la 17ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer aura tout de même livré de solides lauréats qui, outre une satisfaction immédiate, trouveront sûrement, grâce à leur prix, des débouchés pour une distribution hexagonale (le trio gagnant n’a toujours pas de date de sortie annoncée) voire appuieront une renommée naissante. A deux ou trois exceptions près, les films sélectionnés en compétition ou présentés hors-compétition auront démontré une certaine maîtrise formelle et esthétique et diviseront avant tout au niveau du ressenti propre à chacun. Une édition homogène qui aura réservé son lot de surprises, ceci sous l’œil bienveillant du président du jury, le grand John McTiernan.
L’Américain dont la présence justifiait presque à elle seule le déplacement dans les terres enneigées géromoises car s’il montre toujours un certain détachement face à la célébrité et au système (et après les batailles contre les studios entraînant ses déboires avec la justice et le F.B.I, on le comprend), il demeure accessible pour le public (cf. sa masterclass).
Alors que les discours des élus et des organisateurs se succédant au pupitre lors de la cérémonie d’ouverture mêlaient bons mots et inquiétudes à peine larvées quant aux difficultés à financer un tel événement, McT. Imposait immédiatement sa patte par son attitude. Tandis que les membres du jury arrivaient sur la scène de manière détendue et rapide, le président se distingue d’emblée par une démarche tranquille, les mains dans les poches (on croirait le voir déambuler au milieu de son ranch !) et semblant détailler l’agencement de ce décor. Le réalisateur de génie tel qu’en lui-même, d’apparence un peu gauche et bourrin mais dégageant une classe folle.
Étonnamment, John McTiernan ne suscita pas d’applaudissements franchement enthousiastes à l’annonce de son nom. Comme si son absence des écrans depuis près de sept ans l’avait plus ou moins entraîné dans l’oubli (à l’ère d’internet et de la rapidité croissante et la multiplication des flux, ce n’est malheureusement pas une surprise). A croire qu’il ne suffit pas d’avoir redéfini les codes du film d’action (Die Hard, Last Action Hero, Die Hard III) et donné en sus des classiques du genre (Predator, Le treizième guerrier) puisque Pierre Mondy et Véronique Jeannot, membres du jury de l’édition précédente, avaient généré plus d’agitation. Résolument triste et honteux.
Un petit peu comme le film d’ouverture Dans ton sommeil de Caroline et Eric Du Potet, un exercice bien franchouillard puisqu’il aborde le genre sur la pointe des pieds. Traumatisée par la mort de son fils de 18 ans, Sarah (Anne Parillaud, membre du Jury) se prend d’affection pour un jeune homme qu’elle percute accidentellement avec sa voiture. L’amenant chez elle afin de le soigner, ils vont être menacés par un homme poursuivant Arthur pour le tuer. Ébauchant plusieurs pistes d’action (slasher, film de siège, drame psychologique), le film à force d’hésitation ne procurera finalement aucune excitation, restant à la lisière de la transgression. Nous avons bien droit à quelques épanchements sanglants et meurtres choquants (une famille entière décimée dans leur sommeil) mais la réalisation très télévisuelle, le montage grossier et des interprétations dissonantes finissent de décontenancer et déconnecter les plus indulgents des spectateurs. Les festivités ne commencent pas sous les meilleurs auspices. Heureusement, la compétition et donc les choses sérieuses commencent dès le lendemain matin. Une sélection d’où on peut remarquer l’absence des Etats-Unis, ses représentants étant relégués hors-compétition.
Le premier jour débute à la première heure (11 heures, ça va) avec un film de fantôme coréen et le spectre du surestimé grand prix de 2004, Deux sœurs de Kim Jee-Woon, est prêt à surgir. Mais première surprise, Possessed de Lee Yong-Ju, s’il met en jeu un rythme et des figures classiques du genre, étonne par son récit articulé autour de croyances aussi antagonistes que le chamanisme et le christianisme. Sous forte influence de Hideo Nakata (Ring, Dark Water), le film instille une ambiance déroutante par l’alternance de moments de latence angoissante et les ruptures de tons propres à ce cinéma si particuliers (peur et comique de situation se mêlent). Un drame ésotérique troublant dans sa volonté de ne pas tout dévoiler et dénonçant la persécution d’une gamine de 13 ans tiraillée entre des locataires superstitieux et une mère bigote.
Également en compétition, le très attendu La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher. Si le public de l’espace Lac était tout entier acquis à la cause du film et de Dahan, le vociférateur iconoclaste et intelligent de l’émission du câble Opération Frisson, on sentait tout de même une pointe d’appréhension à l’idée que le film soit de la lignée du catastrophique Mutants de David Morley. Pari tenu et réussi par le duo de réalisateurs, leur film n’a d’autres prétentions que de divertir et il le fait intelligemment en ne sombrant jamais dans la surenchère et en se reposant sur des personnages très bien caractérisés. La palme revenant à l’incroyable René (Yves Pignot), qui réussit à être aussi inquiétant qu’hilarant. Un film de zombies en banlieue qui commence comme un épisode de The Shield (expédition punitive dans la tour abritant un gang) et proprement réjouissant par le rythme imposé à l’action et aux dialogues (on retrouve la gouaille, toutes proportions gardées, du grand Jacques Audiard). Pas exempts de défauts (le manque de budget n’excuse pas tout) mais il parvient sans mal à laver l’affront des purges Humains, Vertige et Mutants. Récompensé par le prix Syfy (sorte de lot de consolation), il loupe le prix du public à 10 voix près (et personne n’a demandé à recompter les voix ?) ! Ce dernier étant attribué à 5150, rue des Ormes d’Eric Tessier.
Film québécois, 5150, rue des Ormes se déroule dans une banlieue pavillonnaire bien tranquille et proprette jusqu’à ce que les mésaventures de Yannick, jeune étudiant en cinéma, n’en fissure les façades. Après un accident de vélo, il demande de l’aide auprès de la maison la plus proche, celles des Beaulieu. Malheureusement pour lui, il sera séquestré par le père de famille, véritable illuminé qui s’est chargé de la mission de punir ceux qu’ils considèrent comme injustes (dealers, pédophiles, voleurs…). Il fait un marché avec le jeune homme, il le libèrera s’il parvient à le battre une fois aux échecs. La croisade de ce patriarche rappelle par sa ferveur le dérangeant Emprise de Bill Paxton, bien qu’ici il fasse appel à son observation et ne s’en remet à aucune voix ou apparition pour lui indiquer les personnes malfaisantes. Souffrant d’un léger coup de mou en milieu de métrage, Tessier parvient néanmoins à créer une ambiance pesante et même glauque lorsque nous est révélé le projet sur lequel travaille depuis 15 ans monsieur Beaulieu. A noter que 5150 désigne dans le California Welfare and Institutions Code une section qui autorise la détention contre son gré d’une personne souffrant de troubles mentaux et pouvant être dangereuses pour elle-même ou autrui. Ce qui éclaire sous un angle intéressant les intentions du réalisateur.

Que serait le festival de Gérardmer sans film espagnol ? Se serait un peu comme une paella sans chorizo, cela manquerait de piquant. De plus, ils repartent bien souvent avec un prix comme pour La Secte sans nom, Fausto 5.0, L’Echine du diable, Fragile ou encore REC et l’Orphelinat et proposent généralement des œuvres bien ancrées dans le genre, à la force narrative et émotionnelle. Or cette année, Hierro de Gabe Ibanez et plus encore Les Témoins du mal de Elio Quiroga échouent complètement à répondre aux fortes attentes engendrées par leur script respectif et l’excellence de leur prédécesseurs. Hierro s’attarde sur l’histoire de Maria, jeune mère solitaire à la recherche de son enfant disparu sur le ferry les emmenant en vacances sur l’île de Hierro. Essayant d’instaurer un suspense et un climat déliquescent par l’incertitude liée au sort du bambin (mort ? enlèvement ?), Ibanez peine à générer la moindre émotion quant au trauma de la belle Maria (très belle Elena Anaya). Dommage car la facture esthétique de l’ensemble est remarquable (photo superbe, plans à la frontière de l’onirisme et de la réalité) et débutait par un accident de voiture impressionnant par sa beauté et sa brutalité. Par contre, seules les premières minutes et le contexte inédit des Témoins du mal sont à sauver. Encore une histoire d’enfants meurtris, de possession, de vengeance d’outre-tombe mais cette fois desservie par une interprétation fluctuante (pour être gentil), une construction narrative à l’emporte-pièces et surtout sans surprises. Un couple avec leur bébé vient emménager dans une vieille demeure isolée théâtre d’événements surnaturels (visions cauchemardesques, porte qui claque, bruits bizarres…) liés au passé. Une grosse déception car si le synopsis et le film lui-même respirent le déjà-vu en beaucoup mieux ailleurs, le postulat de départ s’appuyait sur les documents cinématographiques créés en période franquiste et diffusés obligatoirement (jusqu’en 1976) avant le film. Ses productions définies par l’acronyme NO-DO (pour NOticiero DOcumental) avait pour finalité « de nourrir, de sa propre initiative et avec l’orientation adéquate, l’information cinématographique nationale« , autrement dit des œuvres de propagande et qui dans le programme du film Les Témoins du mal étaient envisagées du côté de leur commanditaire, l’église catholique espagnole. Quelques exemples de ces vidéos ici.
Il y avait donc de quoi nourrir une fiction originale et engagée et éviter ce résultat trop timoré et prévisible de bout en bout.
Prix du Jury et de la critique, Moon de Duncan Jones est une histoire de science-fiction hypnotisante par ses superbes images et la musique atmosphérique de Clint Mansell. Vivant reclus depuis près de trois ans dans la station lunaire de Sarang où il gère l’extraction d’un gaz rare capable de résoudre la crise énergétique frappant la Terre, Sam Bell combat la monotonie quotidienne (mêmes actions et contrôles répétitifs jusqu’à l’aliénation) en occupant son esprit à penser à son proche retour. Mais à deux semaines de repartir, il est assailli par des visions étranges, est victime d’un accident à l’extérieur et se retrouve nez à nez avec un autre lui-même. Parfaitement maîtrisé formellement, Duncan Jones n’exploite pas assez intensément les dilemmes moraux, éthiques et émotionnels liés à l’explication de la présence d’un double. A la vision de cette tentative inégale on pense bien entendu au Solaris d’Andreï Tarkovski ou au 2001, Odysée de l’espace de Kubrick mais Jones s’en dégage suffisamment pour livrer un film à l’ambiance personnelle. Il utilise d’ailleurs plutôt bien ces références en jouant sur l’ambigüité comportementale du compagnon robotique de Sam (excellent Sam Rockwell), cet être si serviable et amical en apparence semble cacher une nature plus maligne. Un bon film c’est sûr mais dont le potentiel parfois mal exploité aurait pu amener à l’excellence.

Autre premier film au potentiel certain, Amer de Hélène Catet et Bruno Forzani se veut une relecture plus qu’une redéfinition du giallo puisqu’il n’use que des motifs propres à ce genre tombé en désuétude depuis la chute artistique d’Argento sans jamais repenser le modèle narratif le constituant. Nous avons droit à des images superbes à la colorimétrie très travaillée, des mains gantées de noir vues en plan subjectif, une lame de rasoir, une bâtisse renfermant des souvenirs traumatiques auxquels il faudra se confronter, etc. mais finalement tout cela est vain car les réalisateurs oublient d’articuler leur histoire autour de ces codes. Amer n’est donc qu’une très belle expérimentation formelle sur la quête charnelle et de désir de son héroïne sans d’autre but que de susciter une sensualité exacerbée. Ce parti pris est parfaitement atteint et maîtrisé grâce à l’utilisation de nombreux inserts sur des parties du corps filmées en gros plan (une bouche, un menton, une jupe qui se soulève, le grain de peau luisant de transpiration…) et par le remarquable travail sonore (crissement de pas sur le gravier, froissement du cuir des gants, des sièges d’une auto, vrombissement du moteur…), ceci créant une hallucinante proximité presque intime mais au final ne raconte rien. Pire, développé sur toute la durée du film, ce jeu esthétique et poétique finit par lasser et insupporter par sa vacuité et parfois sa drôlerie involontaire (la séquence du peigne et de la baignoire). Injustement hué, ce film audacieux mais à la limite de l’autisme auteurisant ne méritait pas de voir une bonne partie du public se lever en pleine projection pour quitter la salle. Un mauvais film qui paradoxalement proposait les images les plus enivrantes. Amer sort le 3 mars 2010 et s’il aura du mal à captiver et trouver un public, ce ne sera pas à cause de son affiche magnifique.

Enfin, terminons ce tour d’horizon de la compétition avec le mérité grand prix attribué à The Door (Die Tür en V.O) de Anno Saul, réalisateur germanique habitué à tourner des comédies. Si l’histoire de The Door ne prête pas franchement à sourire (un père responsable de la mort de sa fille de 7 ans à cause de son inadvertance coupable), le réalisateur mêle pourtant avec bonheur gravité et instants comiques pour un résultat très contrasté et déroutant. Surtout, le film est très bien rythmé et rebondit naturellement au gré des éléments mis en place. La seconde chance offerte à David (Mads Mikkelsen, encore une fois très bon) de rattraper ses erreurs en passant une porte le renvoyant au moment du drame va tour à tour se transformer en rêve éveillé et son pire cauchemar. Drame familial, comédie de mœurs, complot, voisins inquiétants, éléments fantastiques, tout se mêle avec grâce pour donner un récit poignant et intense. En espérant que The Door débarque en salles et pas directement en DVD.

Avec McTiernan comme président, l’occasion ne fut pas manquée de lui rendre hommage à travers six films, Nomads, Die Hard, Predator, Die Hard III, Le Treizième guerrier et Rollerball. Par manque de temps votre serviteur n’a pu revoir que Predator et malgré la piètre qualité de la copie le plaisir reste intact. Vingt trois ans après, le film conserve sa force et sa virtuosité renvoie la concurrence à ses chères études (meilleur film du festival et de loin !). Très appréciée fut également la masterclass d’une heure prodiguée par ce génie incompris. Il est ainsi revenu sur la politique inique des studios à son encontre, ses influences, ses projets futurs, l’avenir du cinéma, James Cameron et la 3D (il a adoré Avatar mais considère que pour l’instant la 3D est un agréable gimmick pas encore prêt à révolutionner profondément le septième art). Une masterclass que vous pouvez télécharger ici .

Fantastic’Arts, c’est aussi la compétition des courts-métrages. Des réalisations vraiment plus intéressantes que celles de l’année dernière puisque aux délires potaches et effets de style, les courts de cette année substituent une réelle volonté de raconter une histoire. Même si c’est plus ou moins raté dans le cas de Entre-Deux de Béatrice et Hughes Espinasse trop axé autour de son symbolisme ou La Morsure de Joyce A. Nashawati qui lui propose seulement des images léchées mais vides de toutes substance narrative. Tout le monde se demande encore comment il a pu ravir le prix tant ce court étale sans vergogne des afféteries auteurisantes et un goût immodéré et insupportable pour la pose. La Carte de Stefan Le Lay verse dans le désuet plutôt sympathique (un plagiste d’une carte postale en couleurs veut rejoindre sa bien-aimée, une femme à ombrelle en bord de mer dans une carte en noir et blanc) mais qui peine à faire oublier ses modèles le conte La Bergère et le ramoneur et surtout le formidable court d’animation des studios Pixar Knick Knack (un bonhomme de neige dans sa boule tente de rejoindre une jolie demoiselle en bikini dans la boule voisine). Barbie Girls de Vinciane Millereau est un délire potache plutôt rigolo mais sans génie et Toute ma vie de Pierre Ferrière surprend par son twist final très bien amené. Non, celui qui aurait dû s’imposer est le court-métrage d’origine belge, Les Naufragés de Mathieu Frances certes un peu trop long (27 minutes) mais qui parvient à faire peser une menace sourde sur son héroïne enceinte de 8 mois et seule après la disparition inexplicable de son mari explorant la demeure en bord de mer qu’ils ont louée pour le week-end. Une histoire formant un étonnant prolongement au chef-d’œuvre de Serrador Les Révoltés de l’an 2000, d’autant plus surprenant que le réalisateur du court avoue n’avoir découvert ce film que quelques temps après la fin du montage.

Le documentaire Viande d’origine française de Xavier Sayanoff et Tristan Shulman (le doc’ Suck my geek et l’émission Frisson Break sur Ciné Cinéma Frisson), présenté logiquement à la suite de la première projection de La Horde, établit un bilan pas fameux de la production de films de genre en France. Entre querelles de clochers, frilosité des investisseurs, difficultés pour les réalisateurs de dépasser leurs envies et digérer leurs multiples influences ; autant de raisons bridant le financement de films fantastiques ou d’horreur en France. Surtout, le documentaire révèle une contrainte inhérente à tous, la mainmise des télévisions dans le budget alloué. Sans pré-ventes aux chaînes raisonnant seulement en fonction d’une diffusion en prime-time, l’existence de projets risqués restera irrémédiablement en marge ou du moins financé à minima (le budget maximum accordé pour un film horrifique est de 2 millions d’euros. Même avec beaucoup d’inventivité et d’énergie, difficile de concrétiser sa vision). A moins qu’un succès inespéré dégage un horizon bien plombé. Ces problématiques, les autres cinématographies européennes y sont également confrontées, preuve que ce n’est pas seulement un problème culturel ou générationnel. Alors bien sûr, le modèle américain continue à faire rêver les jeunes réalisateurs français s’expatriant de plus en plus mais ce supposé eldorado ne saurait occulter la liberté artistique mise à mal par l’octroi de moyens conséquents. Les expériences de Eric Valette (One Missed Call, Hybrid) ou Alexandre Aja (qui semble tristement apprécier de végéter sur des productions telles que Mirrorsou bientôt Piranhas 3D) l’attestent. Le panorama américain et plus précisément les productions en provenance des Etats-Unis font l’objet d’un deuxième documentaire, Nightmares in Red, White and Blue de Andrew Monument qui retrace en 1h20 l’évolution d’un cinéma par définition transgressif et reflétant la société et ses peurs les plus profondes et intimes. Le réalisateur donne ainsi la parole à certains des plus illustres représentants américains (Joe Dante, John Carpenter, George Romero, etc.) permettant de mesurer le fossé pour l’instant infranchissable séparant ce cinéma de nos tentatives nationales.
L’espoir demeure même s’il se fonde sur la déconfiture d’une des figures majeures de l’horreur, le zombie made in Romero. Son dernier opus navrant intitulé Survival of the Dead ne fait qu’entériner ce que Diary of the Dead avait mis en évidence, l’incapacité pour le maître à renouveler un genre qu’il a en partie fondé, se noyant dans ce que la critique bobo attend de lui, soit un discours crypto-politico-social au mieux pompeux, au pire affligeant de bêtise et de naïveté. Mais là où le papy gâteux devient franchement embarrassant, c’est qu’il se parodie lui-même en tentant d’insuffler de l’humour façon Sam Raimi dans une intrigue lorgnant honteusement du côté de soaps tels que Santa-Barbara ou Côte Ouest, révélations stupides à l’appui (ah, le coup de la sœur jumelle !…). Avec des décors et des effets plus ringards que jamais, Survival of the Dead s’impose comme le pire des nanars car il est impossible de rigoler devant le suicide artistique d’un ancien grand nom de l’horreur.
Heureusement, les dernières productions signées Rob Zombie et Vincenzo Natali étaient là pour soulager nos larmes. Bien que pour le cas Halloween II du métalleux grundge, le résultat aura plutôt divisé. Mais pas autant que sa formidable (je suis le seul à le penser) relecture du chef-d’œuvre absolu et incontestable de Carpenter, Halloween. Avec cette suite imposée par les frères Weinstein, Zombie s’approprie complètement le personnage de Michael Myers en le pliant à son univers crasseux et déjanté par l’entremise de séquences impressionnantes d’âpreté et de brutalité et l’adjonction de visions oniriques visuellement barrées préparant la conversion ultime de Laurie Strode dont le parcours psychologique dramatique structure le récit. Un bon petit film sans prétention que d’aucun reprocheront de s’éloigner du mythe crée par Big John. Alors que les mêmes détracteurs reprochaient au premier Halloween de Zombie de trop s’attacher aux pas du boogieman tel qu’imaginé par Carpenter. Le film sortira directement en DVD le 1er avril 2010.

Plus original, Splice du talentueux Vincenzo Natali est un film dont l’histoire tourne autour de l’expérience menée par un couple de scientifique mixant ADN humain et issu d’une créature créée en laboratoire pour former un être aux propriétés génétiques curatives. Soit la possibilité de soigner les maladies les plus retorses figurée par un monstre à l’apparence humaine et que les scientifiques baptisent Dren. Natali aborde toutes les problématiques éthiques et morales liées à l’éducation d’une telle créature et va jusqu’au bout des conséquences de l’attirance naissante entre Clive (Adrien Brody) et Dren. Dommage que le réalisateur peine à susciter de l’empathie pour cette créature singulière car son film est magnifiquement travaillé par des images aussi révoltantes que poétiques et dont certains instants rappellent Jeepers Creepers ou les premiers films de Cronenberg (Pulsions, Rage, La Mouche). Là encore, pas de date de sortie de prévue.

Autre incursion science-fictionnelle après Moon, Cargo de Ivan Engler rappelle d’ailleurs ce dernier par son rythme progressif et les interrogations existentielles. Mais ce film suisse impressionne plus par ses décors monumentaux (l’intérieur du cargo en question est vraiment bluffant) que son intrigue trop diluée dans le temps (presque deux heures de métrage). et clairement marquée par ses références (2001, Solaris, Matrix, Silent Running).
Enfin terminons ce tour d’horizon avec le fendard Doghouse de Jake West, réalisateur de l’inédit et foutraque Evil Aliens, et qui ici livre un film de zombie surplombé par l’ombre de Shaun of the Dead sans que cette référence incontournable devienne trop pesante. Une bande de copains décident de passer un week-end dans un village isolé dans la campagne anglaise afin de changer les idées à leur pote sur le point de divorcer. Ils y reçoivent un accueil pour le moins particulier de la gent féminine locale trop entreprenante surtout lorsqu’il s’agit de zombies. Une comédie d’horreur vraiment poilante qui stigmatise au passage les comportements machos et misogynes de ses « héros » (hilarante scène du bouton contrôlant les femmes zombies, entre autres).

Si la 17ème édition de ce festival, on l’espère, amené à durer encore de nombreuses années n’a pas révélé de chef-d’œuvres impérissables ou du moins de films prompts à figurer dans les traditionnels tops de fin d’année, elle aura au moins démontré la vigueur d’un cinéma bien trop souvent laissé pour compte par les grands médias.
Effet d’annonce, promesse d’avenir ? En tous cas, les derniers mots prononcés par MCTiernan lors de la soirée hommage qui lui était consacrée ciblent déjà Gérardmer comme le rendez-vous indispensable de l’année prochaine. Le réalisateur américain ayant promis de venir ici-même présenter en exclusivité son prochain film ! Où est-ce qu’il faut signer pour réserver sa place ?…

Nicolas Zugasti

> Lire aussi, prochainement, notre article/compte-rendu dans VERSUS n° 18 (sortie fin février / début mars).

The Door, bande-annonce

Moon, bande-annonce

5150, Rue des Ormes, bande-annonce



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