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Albert Dupontel est le Vilain ! Pas vraiment étonnant au regard des frasques que le bonhomme se permet sur les plateaux télé en pleine promo, et surtout dans ses films. Ici, et après l’échec artistique d’Enfermés dehors, son précédent effort, l’acteur-cinéaste renoue avec la férocité de Bernie, et l’application formelle du Créateur, accouchant d’une comédie à la fois drôle (bel exploit pour une production française) et intelligente, au regard de ce que la fable mise en scène propose de discours critique envers l’immoralité de nos sociétés basées sur le profit. Dans Le Vilain, Dupontel incarne un malfrat en cavale, qui trouve refuge un peu par hasard chez sa mère (Catherine Frot, comme souvent parfaite), qu’il n’a pas vue depuis vingt ans. Celle-ci consacre le gros de sa vie à lutter contre un projet immobilier qui menace à court terme son quartier et sa maison. Une vie qui d’ailleurs semble bien chevillée à son corps, à son grand désespoir du reste. Quand son brigand de fils revient vivre chez elle, elle comprend alors que Dieu la punit d’avoir enfanté un être aussi détestable, incapable de faire une seule bonne action qui ne soit pas intéressée. Elle va alors tout faire pour y remédier.

La première qualité du Vilain est de limiter le champ de ses actions à une petite galerie de personnages. Alors que Jean-Pierre Jeunet vient de signer le film le plus creux de sa carrière, la faute à une sur-abondance de protagonistes secondaires totalement inutiles et inconsistants (la pauvre Yolande Moreau en est réduite à bien peu de choses), Dupontel fait l’inverse, et ne filme dans un premier temps que l’affrontement entre son personnage et cette mère bien décidée à se venger de tout le mal que son fils a pu commettre par le passé. Cela donne lieu à quelques gags drôles et inventifs (les pièges de la tortue et de l’escalier), où chacun essaie de mettre à mal l’autre sans pour autant réussir à parvenir à ses fins. Viennent se greffer à ce couple improbable, quelques seconds rôles sympathiques et atypiques, dont l’ancien médecin de famille aujourd’hui dépressif (Nicolas Marié, remarquable dans le comique de répétition chirurgical), un inspecteur de police pataud (Bernard Farcy), et surtout l’entrepreneur immobilier sans scrupule, qu’incarne un Bouli Lanners présent dans tous les bons coups d’un cinéma francophone versusien, c’est-à-dire engagé et enragé (un an après Louise-Michel où il se trouvait cette fois-ci du côté des opprimés). Car Le Vilain, dans sa dernière bobine, déplace son intrigue du conflit familial vers celui qui oppose le quartier au projet immobilier. Dans cette affaire, le fils indigne y voit la possibilité de voler un beau paquet d’argent avant de s’arranger une nouvelle fuite. Il finira malgré lui par associer ses efforts à ceux de sa mère prête à tout pour garder ses biens. Dupontel filme ainsi la révolte des petits face aux grands, avec une iconographie des plus simplistes mais du meilleur effet. La vieille maison de Catherine Frot sent la naphtaline, les canapés en velours, et le service à thé impeccable. Ces images d’une vieille France ne font pas fantasmer (elles ne possèdent heureusement pas le caractère nostalgique et puant de celles de Micmacs à tire-larigot ou du Petit Nicolas), mais elles laissent toute de même plus de place à l’humain que le centre commercial prévu à sa place.

Le souci majeur d’Enfermés dehors venait de sa mise en scène nerveuse, qui rajoutait une couche de burlesque superflue plutôt que de rendre le tout encore plus drôle, faisant ainsi déborder le métrage d’un trop-plein cartoonesque très vite lassant. Avec Le Vilain, Dupontel semble avoir trouvé le juste milieu, réservant ses sautes d’humeur stylistiques pour quelques occasions précises, et se contentant d’une forme plus classique la plupart du temps. Il n’en demeure pas moins que le cinéaste s’amuse, et nous avec, à filmer la confrontation entre son personnage et sa mère comme les Tom & Jerry d’Hanna et Barbera, toujours à se courir après en se dressant des pièges monstrueux et hilarants. Dupontel nourrit ainsi son scénario relativement plat (mais pas creux !) d’inventives et savoureuses trouvailles humoristiques, accouchant de l’une des meilleures comédies de l’année. Le Vilain consacre le retour, après quelques errements, d’un Dupontel en pleine forme, redevenu le clown facétieux d’un cinéma comique français en manque de références pérennes.

Julien Hairault

> Sortie le 25 novembre 2009

> Lire aussi notre dossier sur le réalisateur / acteur dans VERSUS n° 9



Bande-annonce du Vilain



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