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Le temps passe, et Terry Gilliam est toujours là. A bientôt 70 ans, l’ancien Monthy Python revient sur le devant de la scène avec l’un des tous meilleurs films de cette fin d’année : L’Imaginarium du Docteur Parnassus, que l’ami Eric Nuevo, dans le 17è numéro de VERSUS décrit comme un « croisement ingénieux entre Bandits bandits, Munchausen, la légende de Faust et la psychanalyse freudienne, et qui s’incarne dans une roulotte de foire menée par un docteur millénaire et sa fille promise à un drôle de diable (joué par Tom Waits), qui permet aux curieux de visiter leur propre imaginaire ». De passage à Lyon pour faire la promotion de son dernier rejeton à l’Institut Lumière, qui lui consacre également un hommage jusqu’au 20 décembre, le plus britannique des cinéastes américains revient sur la conception du film, réalisé avec seulement 30 millions de dollars, et sur son œuvre en général.

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Il n’échappera à personne que L’Imaginarium du Dr Parnassus peut se voir comme la synthèse de la filmographie du cinéaste. « J’avais envie de faire un résumé de tout mon travail, de ce que j’avais fait, de ce que j’aurais pu faire, de ce que je voudrais faire. Je voulais partir d’une image, celle d’une roulotte à l’ancienne qui arriverait dans un lieu moderne, Londres ». Le Docteur Parnassus et ses complices invitent les passants à monter sur la scène de leur théâtre ambulant, et à traverser un miroir pour plonger dans leur imaginaire, avant de se voir proposer un choix crucial, entre le Bien et le Mal. « La thématique du choix était une thématique intéressante de départ, car nous avons nous tous, des millions de choix à faire au quotidien, ce qui est une situation détestable ». Gilliam, comme à son habitude, mélange les références, avec cette fois-ci une nette prédominance théâtrale. « J’aime l’âme et la magie du théâtre, donc il y a forcément des références, et en premier lieu Shakespeare, de King Lear à Prospero dans La Tempête.(…) Pendant la période d’écriture, je lis beaucoup, je vois beaucoup de films, j’observe des peintures et des sculptures, je me documente. Tout cela à la fin forme des combinaisons qui se retrouvent effectivement dans le film. Mais je n’ai pas forcément conscience de ces références, et j’ai parfois besoin des journalistes et du public pour me les signaler. Les critiques m’amusent parce qu’ils voient des choses dans mes films que moi-même je n’avais pas vues. C’est génial et formidable, puisque cela signifie que mon film est un tremplin pour l’imagination des autres. Vous êtes mon psy. Vous décidez si je suis fou ou pas »! Citant un critique américain qui s’était exprimé à propos de Bandits bandits, le cinéaste rappelle à juste titre que son dernier film est « suffisamment intelligent pour les enfants, et assez excitant pour les adultes », avant de poursuivre que ses histoires sont « ouvertes et posent des questions sans toujours apporter de réponses. La plupart des films aujourd’hui sont formatés. J’aime bien laisser des sortes d’éclats d’obus dans la mémoire des spectateurs pour qu’ils puissent discuter et réagir autour de mes films… ». Pour l’anecdote, Gilliam révèle que la toute dernière scène du film, où le docteur Parnassus se retrouve à vendre des théâtres miniatures sur le trottoir, est un hommage à George Mélies, qui avait terminé sa vie à vendre des jouets dans les rues de Paris.

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Terry Gilliam a la poisse. Au début des années 2000, il s’était lancé dans la réalisation de L’Homme qui tua Don Quichotte, avec le désastreux résultat que l’on sait. Sur le tournage de L’Imaginarium du Docteur Parnassus, il dut faire face au décès soudain de son acteur principal, Heath Ledger. Si abandonner le navire fut un temps à l’ordre du jour du cinéaste, bien lui en a pris d’avoir persévéré avec l’aide de trois talentueux « remplaçants » : Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell. Ce tragique incident retarda bien entendu la réalisation du film, mais n’en changea pas pour autant les plans. « Non le film ne ressemble pas à ce que j’avais imaginé, simplement parce que j’ai dû faire appel à trois autres acteurs pour continuer le rôle de Heath. Mais c’est fondamentalement le même film, car nous n’avons rien changé au scénario. Ce qui a changé, c’est que l’on peut effectivement changer de visage lorsque l’on traverse le miroir, que l’on peut devenir quelqu’un d’autre une fois de l’autre côté. Autrement, c’est strictement fidèle au scénario original et à son histoire. Il était inconcevable dès le départ, qu’un seul acteur remplace Heath. Et puisque le personnage traverse à trois reprises le miroir, il devait donc y avoir trois acteurs. Pendant six à huit mois, en salle de montage, j’avais complètement l’impression que Heath était toujours là, toujours vivant, puisque chaque jour, grâce à la magie du cinéma, je voyais les images de son personnage. Bien sur il n’était plus là pour discuter, sortir aller boire des verres, mais la période de montage a été belle pour vivre ce chagrin et cette peine ». Avant d’ajouter, très cynique : « Je crois que c’est une bonne leçon pour les jeunes acteurs. Si vous ne vous pointez pas au boulot, il y a toujours trois de vos collègues prêts à prendre votre place! »

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Après l’échec commercial des Frères Grimm, et le relatif anonymat rencontré par Tideland, L’Imaginarium du Docteur Parnassus devrait permettre à Terry Gilliam de renouer avec le succès, qu’il soit critique ou public. Le réalisateur de Brazil rappelle que ses films « rapportent assez d’argent pour produire les suivants ». Interrogé sur les cinéastes qu’il apprécie aujourd’hui, Gilliam répond aimer « ses voisins du Minnesotta les frères Coen, ainsi que Guillermo Del Toro et le travail du studio Pixar ». Il avoue suivre de près les films d’Albert Dupontel (pour lequel il a d’ailleurs fait une apparition dans Enfermé dehors) et Jean-Pierre Jeunet. Quid de Tim Burton, dont l’imaginaire peut renvoyer à l’oeuvre de Gilliam, et qui réalise actuellement Alice au pays des merveilles avec Depp ? « Il a plus d’argent que moi ! ». Annoncé sur de nombreux projets tout au long de sa carrière, Terry Gilliam porte un regard critique d’une grande justesse sur celle-ci : « Je ne regrette pas de n’avoir pas réalisé certains projets, puisque je peux toujours les mettre en scène. Je ne regrette pas non plus de n’avoir pas réalisé Watchmen. Je voulais en faire une mini-série de cinq heures. Au final le film est paradoxalement trop court et trop long. Dans ma carrière, tout n’a pas toujours fonctionné comme je l’aurais souhaité, certains films ne ressemblaient pas au final à ce que je voulais en faire au départ. Mais ce n’est jamais une question de mauvais choix. C’est le destin. Tous mes films correspondent à la vision que j’avais d’eux, sauf que celle-ci pouvait être un jour géniale, un autre beaucoup moins. Parfois j’ai été d’un aveuglement total ! » Conscient d’avoir livré comme la synthèse de son œuvre, Gilliam semble vouloir se tourner vers de nouveaux horizons. « Lorsque j’ai fini L’Imaginarium du Docteur Parnassus, j’avais beaucoup de mal à imaginer quel serait un projet sur lequel je pourrais prendre autant de plaisir, et qui pourrait exprimer une complète impression de ma vision du monde. J’ai commencé à travailler de nouveau sur L’Homme qui tua Don Quichotte, et je sais qu’il y a beaucoup d’obstacles qui m’attendent. C’est un film qui est en train de grandir de façon organique, un petit peu comme une sculpture qui change au fil des jours. Je sais qu’au final ce sera le film que j’ai en tête aujourd’hui, mais je ne sais pas quels sont les chemins qui m’y mèneront ». Avant de défendre une dernière fois L’Imaginarium du Docteur Parnassus avec un retentissant « j’adore mon film !… et j’espère ne pas être le seul ».

Propos recueillis par Julien Hairault

> L’Imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam > sortie le 11 novembre 2009
Lire aussi notre “point de vue” (critique du film) dans VERSUS n° 17

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