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Affiche LUMIERE2009 Verticale

Du 13 au 18 octobre avait lieu dans l’agglomération lyonnaise le premier Festival Lumière, qui organisé par l’Institut du même nom, redonnait une seconde jeunesse à des œuvres dites de patrimoine, sous le regard bienveillant d’un Clint Eastwood invité d’honneur de la manifestation, et qui recevra au passage le tout premier Prix Lumière, sorte de Nobel du cinéma. Au programme des festivités : des rétrospectives très peu risquées mais imposantes sur Sergio Leone et Don Siegel, les deux mentors de Clint auxquels ce dernier rendait hommage lors du générique de fin d’Impitoyable, à travers un « To Sergio and Don » resté dans les annales. Revoir les fabuleux westerns de Leone sur très grand écran n’a pas de prix, et visionner quelques inédits de la filmographie de Siegel, maître inégalable de la série B américaine, également.

Du travail de défrichage orchestré par Thierry Frémaux et son équipe, on retiendra la découverte du premier long-métrage de Siegel, The Verdict (1946), une intrigue « à la Sherlock Holmes » où Sydney Greenstreet et Peter Lorre tentent d’élucider un meurtre dans l’un des premiers films policiers dits de « chambre close ». Adapté d’un roman d’Israel Zangwill, le Charles Dickens juif, The Verdict captive l’attention du spectateur dès les premiers plans jusqu’à un final étonnant qui en surprendra plus d’un. Méconnu également, L’Enfer est pour les héros (1962) est un film de guerre d’une rare violence pour l’époque, et visuellement sublime. Steve McQueen y interprète un soldat américain isolé avec une maigre compagnie dans les tranchées françaises, et sous les canons de plusieurs régiments allemands. Sans concession et affublé de principes qu’il n’abandonnera jamais (à l’image de la plupart des héros des films de Siegel), le personnage de McQueen résume à lui seul la pensée et la morale d’un film anti-militariste chaudement recommandable. Et pour ceux, encore convaincus que Siegel est un cinéaste réactionnaire, on ne saura leur conseiller de voir Les Révoltés de la cellule 11, film de prison humaniste et progressiste qui milite, déjà en 1954, pour des conditions de détention plus humaines des prisonniers, tout en abordant la question toujours chaude aujourd’hui des détenus psychiatriques et du manque de traitements appropriés à leur égard.

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Entres autres nombreuses découvertes comme un mini-panorama de l’œuvre du cinéaste coréen Shin Sang-ok, d’ailleurs perçu comme inégal par les festivaliers, et quelques ressorties en copie neuve pour réviser ses classiques (dont la fable poético-burlesque de Pierre Etaix, Yoyo, sommet d’humour et d’émotion), le Festival Lumière était surtout l’occasion de découvrir sept films noirs américains totalement inédits, et issus des collections des studios hollywoodiens. Présentée par Eddie Muller (fondateur et président de la Film Noir Foundation de Los Angeles) et Philippe Garnier (journaliste et écrivain français exilé en Californie), cette série sobrement intitulée The Art of Noir, réunissait donc des films méconnus des années 40 et 50. Deux métrages ont particulièrement retenu notre attention. Le premier, Dans l’ombre de San Francisco (Woman on the run en v.o.), signé Norman Foster en 1950, raconte les mésaventures d’un homme témoin d’un règlement de comptes mafieux, et qui plutôt que d’aider la police, préfère prendre la fuite. Sa femme et un journaliste partent à sa recherche avant qu’il ne lui arrive malheur. Sur un scénario typiquement hitchcockien qui place un quidam au centre de l’intrigue, Norman Foster (qui co-réalisa avec Orson Welles Voyage au bout de la peur en 1943) accouche d’un polar au suspens haletant, et aux rebondissements aussi imprévisibles que pertinents. Supporté par d’excellents seconds rôles (l’épouse malaimée qui tente de regagner le cœur de son mari pour sauver son mariage, et l’inspecteur qui possède toujours un temps de retard), Dans l’ombre de San Francisco réussit sans mal à convaincre son audience, préfigurant même le final dans le parc d’attractions de L’Inconnu du Nord-Express.

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L’autre sommet de la série The Art of Noir est signé Michael Gordon, avec Le Traquenard (1949), dans lequel Edmond O’Brien (acteur culte des séries B de l’époque, présent également dans 711 Ocean Drive de Joseph M. Newman, autre belle découverte du Festival) interprète un avocat qu’engage un riche industriel soucieux de préserver ses arrières alors que son ancien associé sort de prison, bien décidé à en découdre avec lui. Le personnage d’O’Brien sera finalement manipulé par son nouvel employeur, et plongé dans une affaire de meurtre où il risque bien plus que sa carrière. Le Traquenard a pour lui un humour corrosif qui redonne un coup de fouet au genre, et qui souligne l’élasticité des frontières de ce dernier. Une histoire d’amour n’est d’ailleurs jamais loin, et le couple que forment O’Brien et la délicieuse et méconnue Ella Raines, femme fatale magnifique comme seul le polar sait en renouveler l’espèce à chaque film, est l’autre point fort d’une pellicule rythmée qui contient dans son final son quota de suspense et d’action. The Art of Noir était aussi l’occasion de découvrir le médiocre The Threat de Felix E. Feist (1949), film court (à peine plus d’une heure) dont la seule utilité a sans doute été de préparer le terrain à un métrage plus long dans le cadre d’un double-programme de l’époque. Enfin L’Homme à l’affût d’Edward Dmytryk (1952) peut se vanter d’être, malgré ses travers psychologisants, le tout premier film de l’histoire sur un serial killer. Se déroulant à San Francisco, l’intrigue et la mise en scène de Dmytryk annoncent à la fois l’affaire du Zodiac, et la chasse à l’homme sur les toits de la ville de L’Inspecteur Harry de Don Siegel. Façon habile de boucler la boucle référentielle du Festival.

Reste une question pour la prochaine édition : qui pour succéder à Eastwood ? Le choix du Prix Lumière implique en effet des contraintes et des enjeux commerciaux importants. Quelle autre personnalité peut ainsi faire vendre en quelques minutes des milliers de places et ainsi remplir les deux plus grandes salles de spectacle de Lyon ? Si un Scorsese ou un De Niro pourraient faire l’affaire, on doute qu’un cinéaste européen ou asiatique feraient se déplacer autant les foules. A voir et à suivre l’année prochaine.

Julien Hairault



Bande-annonce / trailer de L’Enfer est pour les héros (Hell Is For Heroes, 1962) de Don Siegel, avec Steve McQueen.



Extrait (générique de début et premières séquences) de Dans l’ombre de San Francisco (Woman On The Run, 1950) de Norman Foster, avec Ann Sheridan & Dennis O’Keefe.



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