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Tout commence par un teaser des plus intrigants : un vaisseau extraterrestre lévitant au dessus de Johannesburg dans l’impossibilité de repartir, et dont les occupants sont parqués dans un bidonville donnant son nom au film. L’on pouvait craindre un symbolisme des plus maladroits sur la ségrégation et le racisme dans cette production parrainée et produite par Peter Jackson et sa clique. La bande-annonce – axée davantage sur les scènes d’action – avait tendance à faire retomber le souffle et l’intérêt que l’on y portait, mais le métrage de Neill Blomkamp se trouve être au final très plaisant et prenant, à défaut d’être réellement excitant.
Le réalisateur choisit de présenter le contexte de l’intrigue façon « reportage TV » (images vidéo de caméras de télévision, prises de parole de certains protagonistes et d’experts, …). Mais contrairement à la logique habituelle d’un blockbuster US, on ne s’attarde pas ici sur l’arrivée des aliens et leurs motivations, ni sur la réaction des humains. Le minimum syndical donc, le film préférant se consacrer à l’hostilité latente puis explicite entre les deux espèces : les humains n’acceptent pas la présence chez eux de ces « envahisseurs » apportant maladies, violence, et faisant tâche dans le décor, même confinés dans des camps de rétention. La peur fait donc vite place à une paranoïa, nourrie par les fantasmes récurrents sur les « étrangers », fantasmes rendus réels par le biais des conditions de vie insupportables de ces camps. Il n’est pas absurde que le spectateur occidental y voie donc également une réflexion sur les politiques migratoires de plus en plus restrictives dans son pays, et les centres de rétention qui les accompagnent. D’autant que les aliens, tout comme les migrants peuplant les centres du type Sangatte, ne souhaitent qu’une seule chose : quitter ce lieu hostile pour un eldorado plus accueillant, quitte à rentrer chez soi. « E.T. veut rentrer maison » quoi !

Pas un hasard si le récit prend place dans la capitale sud-africaine et non à New York, Washington ou Londres. La mémoire de l’Apartheid bien évidemment, mais aussi la persistance dans ce pays d’un cloisonnement ethnique à tous les niveaux (spatial, économique, social…) malgré l’égalité de droit qui s’est construite depuis 1991. La critique n’est pas des plus fines, mais a l’intelligence de ne pas se montrer trop appuyée, et n’agace donc jamais le spectateur. Point fort de la démonstration : la xénophobie extrême présente chez la population noire. Le rejet de ces intrus se transforme rapidement en affrontements physiques. Troublant étant donnée la domination Afrikaner qu’elle a subie pendant des décennies. Mais si cette thématique reste en filigrane tout au long du récit, elle s’estompe tout en douceur pour laisser place à une quasi-démarcation du Fugitif, le monde entier étant à la poursuite de cet officiel ayant été chargé d’exécuter les notifications d’éviction des aliens de leur « logement » afin de fermer le district 9. Armée, gang opérant dans le bidonville… Tous veulent mettre la main sur cet humain contaminé par une substance extraterrestre mystérieuse, le transformant peu à peu en l’un d’entre eux. Petite référence à La Mouche version 1986 évidemment, la « crevette » (le qualificatif utilisé par l’Humanité pour désigner les extraterrestres) remplaçant l’insecte du film de Cronenberg.

Malgré la faiblesse du scénario, des personnages peu subtils et pas toujours très bien construits (notamment le principal, un abruti assez drôle au début, mais devenant au fil du film assez insupportable) les scènes d’action emportent l’adhésion, car bien mieux fichues qu’une partie des actioners US squattant les écrans tout au long de l’année. Les séquences d’affrontements dans le bidonville, très réussies, se révèlent assez excitantes visuellement, même si l’idée n’est pas si novatrice en soi (l’excellent Les Fils de l’Homme il y a quelques temps déjà). Les têtes et les corps explosent gaiement au cœur de ces baraquements de fortune, filiation avec Peter Jackson oblige (celui de Bad Taste et de Brain Dead en tout cas) ! Plus surprenante mais très agréable, cette apparition d’un Mecha/exosquelette alien, renvoyant à la culture Manga.
Un métrage qui ne restera pas dans les annales du genre certes, mais un bon divertissement au final, les qualités du métrage l’emportant sur ses défauts. On peut juste regretter notre scepticisme quant à l’absence totale dans le scénario d’une implication étasunienne dans la gestion de ce problème extraterrestre. À force de voir des films tels Independance Day et consorts, notre cerveau de cinéphile en est venu à adhérer à l’ethnocentrisme ricain. Sic.

Fabien Le Duigou

> Sortie en salles le 16 septembre 2009






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3 réflexions sur “« District 9 » de Neill Blomkamp

  1. Vu vendredi 11/09 en avant-première et je me montrerai beaucoup plus enthousiaste que l’ami Fabien ! Bon dieu, mais ces scènes d’action sont ahurissantes. Perso, j’ai été bluffé par leur réalisation, la caméra bien que portée n’a pas de mouvements saccadés ou heurtés et demeurent assez fluides pour proposer une grande lisibilité. Et puis l’intégration de ces E.T à cet environnement crasseux, en décrépitude est vraiment réussie. L’approche reportage de guerre terminant de donner une certaine crédibilité. Faut savoir que Blompkamp devait tourner, sous l’égide de P. Jackson, une adaptation live du hit vidéoludique Halo. Cela ne s’est pas fait mais le réal conserve tout de même certains motifs hérités des jeux vidéos (vision à la première personne à l’occasion de quelques plans furtifs ; la deuxième partie structurée comme une mission à accomplir avec boss de fin ; les explosions des ennemis dès qu’ils sont frappés par les tirs des armes E.T…). Je n’ai pas trouvé le personnage de Vikus insupportable. Je trouve même que le contraste entre son apparence de fonctionnaire un peu neuneu et sa manière courtoise mais implacable de signifier les avis d’expulsions (et de procéder à un avortement massif le sourire aux lèvres et les bons mots à la bouche !) était étonnant et saisissant. Récit classique certes, mais narration et réalisation inventives pour un film qui parvient à capter l’attention dès la première minute. C’est vrai, on pense forcément au sublime Les Fils de l’Homme dans la manière de dépeindre un futur uchronique (mais presque à portée malheureusement) où les minorités sont parquées dans des cages ou des bidonvilles.

  2. Ce sont aussi les scènes d’action qui vont rester en mémoire chez moi… ^^
    Bien mieux filmé qu’un Emerich ou autre « spécialiste » de l’action made in Uncle Sam, c’est certain ! 🙂
    Malgré tout, il ne fera pas parti de mes films préférés de cette année 2009… 😉

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