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Affiche du film

La cuisine espagnole est l’une des plus créatives au monde, nous apprend le réalisateur de ce Fuera De Carta communicatif, petite comédie mettant en scène la vie mouvementée d’un restaurateur dans le quartier de Chueca à Madrid, et à qui l’on attribuera volontiers l’étiquette de « bonne humeur de la semaine ». Enthousiasme et gourmandise visuelle (en attendant le très « appétissant » Julie & Julia de Nora Ephron la semaine prochaine) qui se marient très bien avec une autre faim ou avidité selon les moments : celle du sexe. Comme le cinéma espagnol s’avère lui aussi inventif en diable et réjouissant, l’alliance des deux débouche forcément sur un moment savoureux où bouillonnement des sens alterne avec coups d’éclat comique dans une suite d’événements un peu rocambolesques certes mais, sans mauvaise métaphore, bien servis.
Dans À la carte, Javier Cámara est le Chef Maxi, cuisinier prestigieux et reconnu, propriétaire d’un établissement à la mode. S’il vit son homosexualité sans complexe, il voit cependant d’un très mauvais œil l’arrivée de ses enfants, fruits d’un mariage d’apparence, soudain orphelins de mère, et d’un œil concupiscent mais troublé celle de son nouveau voisin, Horacio (Benjamín Vicuña), une star du football argentin qui plaît aussi beaucoup à la pulpeuse Alex (Lola Dueñas, on en mangerait !), Maitre d’Hôtel du restaurant de Maxi.

Entre paternité à assumer malgré soi et triangle amoureux à l’issue non conventionnelle, l’histoire dénoue un fil ténu sur lequel avancent en équilibre stable, satire du romantisme latin (le machisme en prend gentiment pour son grade et c’est bien vu) et galerie animée de personnages au bord de la crise de nerfs (Maxi fait sa « folle hystérique » en cuisine, Alex, sa nympho speedée à outrance, Horacio l’Argentin qu’on croirait macho, son timide sensible). Dans ce défilé de caractères et de situations vaudevillesques à l’espagnole (c’est la femme dans le placard et non le mari), on retrouve un peu le sel des premiers Almodóvar, cette frénésie du verbe et du geste dans des cadres soignés, des univers quelque peu délicats. Il n’y a que le cinéma chaud bouillant de nos confrères espagnols ou italiens pour jouer en toute légèreté et sans vulgarité avec cet affolement des corps, le passage du culinaire au cunilingus, de la collation à la fellation… À la carte, c’est aussi l’image d’une Espagne longtemps sous le joug franquiste enfin libérée dans ses mœurs, au stade ultime de son assumation, celui où deux hommes peuvent s’avouer leur amour en plein talk-show sportif, même si le tableau se veut idéalisé pour une couleur positive, charmante, de l’ensemble.

Plus qu’un constat social sur fond de comédie, À la Carte se veut dynamiteur enjoué des clichés et des a priori ; triste vérité qu’exprime Horacio quand il dénonce par exemple l’homophobie du milieu footballistique, un constat amer que Nacho García Velilla dédramatise, contrebalance par l’autodérision dont fait preuve Maxi en acceptant sans broncher et même avec un panache désabusé, les mauvaises blagues de son père sur les « pédés ». En situant son récit dans une intrigue où la cuisine joue un rôle fédérateur (des personnages, des enjeux, mais aussi de l’esthétique du film dans ses scènes « d’envie » et d’appétence), Nacho García Velilla démontre qu’on séduit, comme le dit l’adage pour un homme, un spectateur par l’estomac. Et quoi de mieux pour arriver à cette « faim », qu’une bonne petite farce aux accents bien épicés ?

Stéphane Ledien

> Sortie en salles le 9 septembre 2009






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