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Affiche du film

Dans A Deriva, le film lunaire de Heitor Dhalia, les corps ont une fâcheuse tendance à se toucher et les personnalités à s’affronter. Le film fonctionne sur le leitmotiv du va-et-vient, motif évidemment sexuel inspiré par le reflux des vagues de l’océan Atlantique venant frapper le sable de la plage, dans l’espace ensoleillé et limité où se déroule l’action (ou la non-action) ; ainsi les corps, les sentiments, les passions vont et viennent. Le père – romancier célèbre, dont les ouvrages sont des études de cas sentimentales, en panne d’inspiration et d’argent, incarné par Vincent Cassel version brésilienne – et la mère – Deborah Bloch, tendant alcoolique – ne cessent de se quereller en public comme en privé, sans dissimuler que leurs séparations sont régulières, leurs raccommodages chroniques. Leur fille Filipa, superbe Laura Neiva, témoin de ces hésitations passionnelles constantes, apprend de son côté à assumer sa propre sexualité. Sa relation brouillonne avec l’un de ses camarades de jeu reproduit avec naïveté le schéma parental : elle le rejette, l’embrasse, le repousse, lui avoue son amour, et finit par aller quêter sa découverte sexuelle ailleurs. Instabilité adolescente ?

En fait, tous les membres de cette famille sont des instables, aux cœurs déjà flétris ou déjà blasés. L’aventure que partage son père avec une Américaine vivant sur la côte, Angela (Camilla Belle), la convainc de l’incertitude de tout sentiment amoureux. En réalité, pas besoin d’avoir étudié longuement la psychanalyse pour saisir que Filipa n’aime qu’un seul homme : son père, et que par conséquent, si elle tente vainement de rétablir la relation parentale comme on répare une voiture fichue, c’est parce qu’ainsi elle s’assure la fidélité – sentimentale, sinon physique – de son père à son égard. Ses galipettes américaines sont donc perçues comme des menaces à la stabilité incestueuse imaginée par Filipa ; le dépucelage final de celle-ci, lorsqu’elle se donne au serveur du bar sur le pont de son bateau, est plus le résultat d’une frustration et d’une agression vis-à-vis de son père qu’une véritable envie passionnelle de découvrir l’acte sexuel.

Comprenant cela, nous ne pouvons sortir que déçus d’un film qui promet beaucoup – esthétiquement et érotiquement parlant – sans vraiment donner de lui-même. Ni la mise en scène aux cadrages pointilleux, ni la conclusion narrative finalement très implicite et jamais visuelle, ne concourent à faire de A Deriva la proposition transgressive, projection moderne des mœurs et des paradoxes antiques, qu’il aurait pu être. Reste le jeu des acteurs, proprement passionnel, dans une langue aux intonations chantantes, en complet décalage avec les drames intimes qu’elle souligne ; pour l’essentiel surnage, malgré tout, l’impression que les meilleures idées de Heitor Dhalia sont parties, sans mauvais jeu de mots, à la dérive.

Eric Nuevo

> Sortie en salles le 09 septembre 2009






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