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La Saint-Valentin n’est déjà plus qu’un lointain souvenir (dommage pour la coïncidence « événementielle » de sortie en salles), et le procédé 3D n’est pas vraiment nouveau en cette funeste année de réexploitation d’un concept toujours aussi sympathique, mais toujours aussi peu optimisé. C’est dire si le film de Patrick Lussier débarque avec quelque sérieux handicap, surtout qu’au jeu du relief qui frappe et flatte l’œil, Volt et Monstres contre Aliens ont déjà ratissé large et créé la vraie-fausse surprise visuelle du moment. À quand une écriture spécifique, entièrement vouée au medium que représente l’effet 3D à lui tout seul ? Une écriture et une réalisation qui, ainsi, ne se contenteraient pas seulement de situations facilitant l’accroche du regard, et sachant jouer autrement qu’avec un impact et une immersion graphiques démultipliés.
La question mérite d’être posée et maintenant que la mode 3D semble se réaffirmer pour toutes les productions de genre à venir ces prochains mois (on parle même de scènes filmées / projetées avec ce rendu pour le 4ème volet de Spider-Man en 2011), il serait temps de passer à l’étape de création supérieure. C’est-à-dire sortir du gadget filmique (qui n’a rien d’un détail pour le spectateur question prix du billet !) et accoucher d’une cinématographie repensée dans ses hauteurs aussi émotionnelles qu’esthétiques et narratives.

Surfant sur une autre tendance (le remake), le film de Lussier revisite un slasher à succès des années 80 (Meurtres à la St-Valentin, donc), aux grandes lignes horrifiques identiques bien sûr et focalisées sur les dézinguages en série et à coups de pioche que commet le mineur dégénéré Harry Warden dans la petite ville d’Harmony. Histoire archi-rebattue : il y a 10 ans, un accident dans la mine du coin causa la mort de quelques ouvriers et le seul rescapé de la bande, Warden, sombra dans le coma avant d’en sortir pris de folie 12 mois plus tard, le jour de la fête des amoureux, pour commettre un massacre dans l’hôpital et ses environs. Warden fut finalement abattu par la police mais aujourd’hui, alors que le « technicien » fautif du drame Tom Hanniger (héritier de l’entreprise minière) revient à Harmony après une décennie d’absence, les meurtres reprennent très exactement le jour de la Saint-Valentin. Tout un festival de cœurs arrachés, de crânes ou de mâchoires fracassés et d’autres démonstrations gore sur lesquelles Lussier et son équipe de maquilleurs ne lésinent pas.

Adoptant dans ses traitements (intrigue, filmage, caractérisation) une esthétique eighties rehaussée d’images plus outrancières et réalistes que l’original dans ses visions du massacre à coups de pioche (de ce point de vue, le film se montre généreux dès l’ouverture), le réalisateur s’adonne au divertissement d’horreur très premier degré et référentiel (Tom Atkins, un habitué des Carpenter et des séries B roboratives de cette « grande époque », y cabotine pour notre plus grand plaisir). Caricatures des personnages (la bimbo déambulant à poil sur le parking du motel, le shérif jeune, beauf mais loyal, les flics à la retraite burinés et reprenant du service le flingue à la main – tremblante, quand même, la main -, le boyfriend ténébreux sur le retour, les autochtones, tous camionneurs ou ouvriers, qui carburent à la bière…), élimination prévisible des plus pénibles, faux suspense quant à l’identité du tueur (même si, l’espace d’un troublant instant aux trois quarts du métrage, le doute s’installe, malsain – très fort !)… : comme dans tout slasher de cet acabit (production rapide, rentabilité immédiate, oubli critique définitif), l’accent est mis sur la brutalité du tueur masqué. Masque alibi quant au mystère identitaire du cinglé à la pioche (encore que la perception du « je » soit au cœur de la révélation) mais dont l’effet « frayeur » fonctionne avec efficacité, l’idée étant, comme dans tout film de psychokiller qui se respecte, de faire monter la pression d’une mort orchestrée avec cruauté par un meurtrier sans visage – donc forcément plus inquiétant. La recette n’a rien de nouveau ni de plus savoureux que les films du genre de l’année d’avant ou de ceux à venir, mais l’intérêt réside dans la débauche graphique des dégâts causés par la pioche violemment plantée ici et là. De ce point de vue, Lussier fait son travail et offre au spectateur ce qu’il est venu voir (mais bon, ça ne suffit pas à faire un bon film, ni même un film ambitieux). Soit, de l’horreur facile, ludique car exagérée, auréolée de nostalgie des années soixante-dix et quatre-vingt, casting et rebondissements compris. Mais, et la 3D ? Elle sert ici quelques plans bien vus et qui nous font sursauter, lorsqu’une bimbo (l’exhibitionniste évoquée plus haut, oui) lance un pistolet au visage de son amant par exemple, ou quand le tueur laisse sa pioche s’abattre sur le crâne de ses malheureuses victimes. Dans ces cas-là, le face-à-face entre un protagoniste aux mauvaises intentions et un personnage/victime qu’interprète la caméra trouve sa légitimité dans le rendu adopté ; bonne idée d’un « objectif subjectif » forcément martyrisé mais qui n’est pas spécialement l’apanage du relief. Quand bien même, on touche ici la limite d’une mise en scène dont les coups d’éclat, au-delà d’un vague étalage gore, se résument à une prise à partie de la caméra, tour à tour braquée par un fusil, « transpercée » dirait-on par une arme ou la pioche du supposé Warden, soufflée par une explosion, etc. Autant d’images jaillissant « hors de l’écran » pour nous prendre à la gorge (enfin à l’œil, plutôt) l’espace d’un instant, mais qui n’ébranlent jamais réellement notre position de spectateur et les perceptions narratives qui y sont liées. Quoique l’effet, comme le rendu de certains décors d’ailleurs qui s’impriment par strates sur notre rétine amusée et/ou troublée (ceci dit l’œil fatigue vite ou finit par s’habituer), soit marquant une première fois et même étonnant, l’expérience sensorielle ne va pas assez loin pour l’époque que nous vivons, surtout à l’heure d’une interactivité chaque jour plus forte ailleurs qu’en salles de cinéma. C’est qu’hélas, les situations semblent ici pensées pour un filmage traditionnel sauf dans leur climax meurtrier, quelques secondes d’explosion du regard et des codes dans un enchaînement d’images elles beaucoup plus conventionnelles.

Pas désagréable mais sans intelligence du genre, un tantinet troublant le temps d’un doute bien amené mais très caricatural et téléphoné dans l’ensemble, Meurtres à la St-valentin 3D reste vaguement divertissant à condition d’être le seul slasher visionné dans l’année (c’est dit, donc choisissez bien). S’il ouvre la voie à des exercices plus travaillés question « relief » et développés dans le cadre d’une écriture spécifique, son plaisir n’en sera que plus décuplé – car volontaire – a posteriori. S’il finit comme les tentatives avortées de révolution du spectacle horrifique dans les années 80 (Amityville 3D par exemple), sa diffusion en pan et scan en seconde partie de soirée sur TF1 ou M6 dans trois ans ne fera qu’en révéler la formalisation vaine ; formalisation à coup d’objets létaux qu’on agite frénétiquement devant la caméra, comme pour déclencher un dispositif alors tombé à plat.

Stéphane Ledien

> Sortie le 29 avril 2009

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4 réflexions sur “« Meurtres à la St-Valentin 3D » de Patrick Lussier

  1. Pas désagréable et on ne s’ennuie pas… Mais vite vu et très vite oublié !
    D’accord sur le manque d’ambition dans l’approche de la 3D, mais je pense que malheureusement, cette technique continuera d’être utilisée comme un simple gadget… A moins qu’un Studio comme Pixar s’empare un jour du procédé !

    Sinon y’a une scène très conne où un petit bouledogue français s’approche de nous très très près ! ça c’est balaise !!! Merci la 3D ! ^^

  2. Mince ! Je me souviens plus de cette séquence canine dis donc, moi qui pourtant adore les chiens au cinéma ^_^
    Enfin bref, divertissant mais pas ingénieux, c’est ça le souci. Je crois comprendre que le film sera également exploité en 2D, dommage. Parce que là ça ne doit ressembler à rien d’autre qu’un slasher déjà dépassé, exactement ce que j’écris dans la dernière phrase.
    Stéphane L

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