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« Soyez curieux !!! Il faut diversifier votre cinéphilie, et ne pas vous contenter de visionner en projos vos films ou genres de prédilection !!! »… Voilà en substance le discours de notre rédacteur-en-chef quand il nous transmet les invitations des attachés de presse… Et on en fait des efforts ! Mais pour quelques bonnes surprises comme Enfants de Don Quichotte – Acte I ou Mister Lonely, combien de trucs inregardables ou presque ??? Inutile de donner des titres de film, on en a déjà parlé ici-même. Et Happy Sweden fait malheureusement partie de cette deuxième catégorie, même s’il n’atteint pas les sommets d’Un Tir dans la tête

Deuxième long métrage du suédois Ruben Östlund qui nous invite à suivre quelques tranches de vie de ses compatriotes… Des histoires entrecroisées sur des personnages sans lien entre eux, sinon la thématique générale du film, fascinante au demeurant : le comportement et la réaction de l’individu pris dans une dynamique de groupe. Passons rapidement sur le segment sur ces deux pétasses de 15 ans qui passent leur temps à allumer les mecs et picoler… Sans intérêt, sinon qu’elles nous énervent tellement que l’on apprécierait presque de retrouver les autres personnages. Soit un vieil homme qui se prend un feu d’artifice en pleine gueule mais refuse d’aller aux urgences, souhaitant faire bonne figure devant ses invités, et une bande de potes qui ont des penchants homosexuels quand ils sont bourrés, ce qui ne plaît guère à l’un d’entre eux quand ses amis l’attrapent et tentent de lui faire une fellation… Voilà pour les histoires les moins captivantes. Les deux dernières sont plus intéressantes : une institutrice qui voit un de ses collègues maltraiter un élève, et refuse que l’administration et l’équipe pédagogique ferment les yeux ; et une actrice qui, pendant un voyage en car, ne va pas assumer un de ses actes. Si dans la première histoire l’individualité parvient à s’extraire de l’opinion générale du groupe (ces professeurs qui font comme si rien ne s’était passé et parlent de futilités dans la salle des profs) et refuse donc un conformisme bien confortable, c’est au prix évidemment d’une marginalisation qui provoquera chez elle une certaine paranoïa : voir cette scène où elle reproche à un de ses collègues de ne pas la regarder lors d’une conversation à trois lors du déjeuner. L’actrice, quant à elle, refusera jusqu’au bout de perdre la face devant le groupe de voyageurs, en n’avouant pas son méfait (avoir cassé involontairement la tringle à rideaux dans les toilettes du car, ce qui a immobilisé ce dernier, le chauffeur refusant de reprendre la route avant que le coupable ne se soit désigné). Sa lâcheté et sa culpabilité apparaîtront au détour d’une scène et d’une ligne de dialogues, quand elle laissera quelqu’un s’accuser à sa place.

S’il ne fallait retenir qu’une scène d’Happy Sweden, il s’agirait sans doute de la première séquence de l’histoire à l’école, dans laquelle l’institutrice reproduit une fameuse expérience de psychologie sociale que tous ceux qui ont analysé les mouvements de foule et les phénomènes d’imitation sociale connaissent. On demande à un individu de dire quelle est, parmi un ensemble de figures géométriques, la plus grande. L’expérience commence quand l’individu en question se rend compte que les autres – complices de l’expérience – ne donnent jamais la même réponse que lui. Et inévitablement, il finira par adopter des réponses conformes à celles données par le groupe, plutôt que celles qu’il pense vraies.
Comment dès lors, avec une réflexion aussi intéressante, le réalisateur peut-il planter son film ??? Par son aspect formel, qui n’a définitivement rien à voir avec le travail de ses compatriotes, Tomas Alfredson et son fabuleux Morse en tête. Aucun souci de la « belle image » pour Östlund… Une photographie proche d’un téléfilm teuton des mauvais jours. Peut être un choix volontaire du metteur en scène, puisqu’il semble aussi par ce film vouloir heurter notre représentation un peu idyllique de son pays. C’est raté : jamais le spectateur n’est désorienté ou bousculé. Au mieux intrigué, mais c’est surtout l’ennui qui prime pendant la majeure partie du visionnage du métrage.

La mise en scène n’arrange rien : filmer de longs plans fixes, et alterner plans serrés sur des visages et plans moyens ou très larges… Des personnages absents du cadre même quand ils parlent, voire des personnages cadrés de dos… Rien de bien ambitieux au final… Heureusement qu’il y a des dialogues, sinon il nous refaisait Un tir dans la tête* !
Il serait quand même temps un jour que l’on s’interroge sur cette façon de faire du « cinéma », qui tend apparemment à faire régulièrement de nouveaux adeptes. Paresse des réalisateurs ? Méconnaissance des principes de la mise en scène et du langage cinématographique ? Auteurisme à la « mords-moi le nœud » ? Ou « phénomène de mode » dans les milieux arty du Septième art, alors même que le conformisme est précisément ce que dénonce Östlund ?
Le spectateur n’échappe pas non plus à une pseudo-irrévérence de bon teint : un discours « subversif » cachant souvent une rhétorique réactionnaire, mais ce n’est pas trop le cas chez Östlund. Ce dernier vire cependant quelquefois à la scatologie la plus déplacée. En témoigne cette scène où un des membres de la « bande de potes » fait mine de se mettre le bâton du drapeau suédois dans le cul (sic). Heureusement pour nous, le misérabilisme misanthrope et exécrable d’un Import-Export n’est jamais atteint, même si le réalisateur avoue dans le dossier de presse avoir été influencé par Ulrich Seidl. Ce qui a d’ailleurs freiné l’envie chez certains Versusiens d’aller voir son film, mais je ne donnerai pas de noms !

Se pose au final une question : fallait-il nécessairement choisir le format du long-métrage, sachant que seules deux histoires sur les cinq valaient réellement le coup d’être filmées ? Ou comment en étirant trop et inutilement sa réflexion, le réalisateur rompt le fil qui retient l’attention du spectateur. Et contribue donc sciemment à l’échec de son film…

Fabien Le Duigou

> Sortie le 29 avril 2009.

* Désolé d’être si obsédé par le film de Jaime Rosales, mais il m’a vraiment traumatisé, dans le mauvais sens du terme !

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