Home

Voilà bien une phrase que je n’aurais jamais pensé écrire un jour, mais c’est justement parce qu’elle me surprend moi-même qu’elle motive la chronique qui va suivre : figurez-vous que Fast & Furious 4 n’est pas un mauvais film ; figurez-vous, même, que c’est un bon divertissement ! Basique, certes, un brin idiot, majoritairement ostentatoire, marketé pour fans de tuning et skybloggeurs décérébrés (souvent les mêmes), tout à fait. Mais divertissant quand même pour qui sait faire abstraction de ces apparats clinquants, car dans l’absolu, l’un n’empêche pas l’autre et, cette fois-ci comme rarement mais sûrement, la beaufitude « djeunz » du sujet et du traitement s’effacent devant l’efficacité et l’énergie déployées. Il en résulte une série B « blockbustérisée » juste comme il faut – c’est-à-dire à outrance, qui passe comme une lettre à la poste.
Les fans des premiers opus, que nous ne sommes pas ici à Versus, retrouveront avec bonheur sans doute le duo Dominic Toretto – aperçu dans le final du segment précédent – (Vin Diesel, qui ferait quand même bien de se retrouver fissa devant la caméra de Twohy s’il ne veut pas finir en Michael Dudikoff croisé avec Mario Van Peebles désiconisé) / Brian O’ Conner (Paul Walker), comparses de course, voyou et flic aux rôles permutables de nouveau associés par la force des choses, en l’occurrence la soif de vengeance après la mort de leur Letty adorée (Michelle Rodriguez).
Rien à déballer de monstrueusement mystérieux ici ; il s’agira d’infiltrer le réseau d’un redoutable narcotrafiquant utilisant les « street-racers » comme passeurs. Autant dire du lourd, du brut, du tonnerre mécanique dans les rues de Los Angeles et qui se finit dans la poussière du désert mexicain, sur une musique de Brian Tyler singeant, c’est étrange, les notes égrénées par ce bon vieux Carpenter pour Vampires.

Subtilité zéro, mais lisibilité totale : qu’arrive-t-il au producteur putassier n° 1 Neal H. Moritz (à côté de lui, Michael Bay ferait presque office d’Emeric Pressburger hollywoodien) ? Dans la séquence d’ouverture, désormais habituel trauma de destruction massive ou d’intervention musclée (quand ça n’est pas les deux à la fois) dans tout « block » du genre, Moritz peut compter sur la clarté du découpage choisi par son poulain Justin Lin, qui n’invente rien question cadrages mais ne perd pas une miette du numéro de haut vol orchestré par Toretto et ses acolytes sur une route vertigineuse de République Dominicaine. Du Mad Max 2 passé à la moulinette du divertissement facile et balourd – mais divertissement honnête quand même. L’étonnante maîtrise technique de la réalisation – laquelle est impersonnelle mais très précise, mécanique bien réglée au service du spectacle chargé d’adrénaline (et cette fois-ci, c’est vrai, ça marche, même si totalement incrédible) – tranche avec les écrabouillages visuels par exemple d’un Michael Bay qui s’y connaît pour massacrer ses sujets pourtant très cinégéniques (Transformers, sic !).

Le reste du film est à l’avenant de cette introduction servie sans chichi et sans cerveau. Si l’on accroche à cette asphalte hurlante qui rembourse bien le prix du billet ne serait-ce que pour le fun asséné sans embrouillamini graphique ni formalisation chaotique, alors l’on restera volontiers pour la suite du métrage, qui ne vaut pas pour ses « belles » voitures (sic ; moi ça me laisse de marbre mais bon, qui sait ?), mais pour ses morceaux de bravoure routière dont un insert post-générique nous prévient qu’il ne faut surtout pas tenter de les reproduire. C’est ballot de faire gober toute cette gomme dérapant à tout-va à un public qui ne demande en partie que cela, si c’est ensuite pour lui dévoiler le pot-aux-roses avec tant de rudesse, mais enfin, c’est ça aussi le cinéma.
En chemin, Fast & Furious 4 se sera en tout cas doté de petites qualités intrinsèques, dont le jeu constant sur la notion de frontières n’est pas la moins intéressante : frontière, floue, entre justice et autorité (interversion des rôles et glissement – dérapage ? – final) ; démarcation territoriale (entre Etats-Unis et Mexique) qui une fois traversée inverse le rôle de chacun ; limite morale et ligne de conduite qui, une fois dépassée, brouille le banditisme et la notion de justice, les croise avec un regard que par bonne humeur on pourrait juger carpenterien (mais il manque : le génie cinématographique, la subversion politique, l’icône transcendée, etc.). Au premier degré, c’est un plaisir bête et coupable ; au second, le critique s’amuse encore plus.

Stéphane Ledien

> Sortie le 8 avril 2009

Publicités

Une réflexion sur “« Fast & Furious 4 » de Justin Lin

  1. Oula… Qui se charge d’appeler le médecin pour notre rédac-chef SVP ? ^^

    Plus sérieusement, même si c’est filmé proprement et que les scènes de « conduite » tiennent la route, je pense pas que j’irai claquer près de 10 euros pour aller le voir… Ce sera direct par la phase downloading ce film !

    En passant, je cherche un film avec Dudikoff où il joue le rôle d’un mec qui se bat contre le pentagone et de vilains méchants (dont un combat dans une espèce de jungle/forêt, enfin je crois…), avec son accolyte black (me demande si c’est pas Fred Williamson ?). Vu quand j’étais tout môme, mais ne me souviens plus du titre… Sûrement un de la série American warrior, mais lequel ??

    Si l’un d’entre vous peut m’aider… J’en ferai peut être un « film honteux » ! ^^

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s