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L’animation 3D est sans doute le « marché cinématographique » le plus porteur pour les studios de production ces dernières années. Chacun fait de l’occupation de terrain avec plus ou moins de bon sens et de talent réel, tandis que loin devant ou tout là-haut bien au-dessus des autres (selon l’axe de déplacement que vous préférerez emprunter), Pixar affilié pour de bon à Disney continue de briller avec une distinction qui ne souffrira jamais d’aucune comparaison. En bons arrière-gardistes qui se respectent, les gars de la Dreamworks team (vous savez, ceux qui commirent l’immonde et faussement subversif Shrek…), déboulent 8 ans après Monstres & Cie avec leur variation SF / emprunt à la série B d’antan bien à eux (enfin pas tout à fait vu qu’ils pillent comme d’habitude Pixar…). Leur gentil film de monstres animé s’appelle Monstres Contre Aliens et il prouve une fois n’est pas coutume qu’ils ne sont pas prêts de détrôner ni Pixar, ni même Disney dont le récent Volt cachait derrière de bonnes grosses valeurs de spectacle familial (pas désagréables quand même, mais conventionnelles) de bien généreuses qualités de réflexion sur le rapport entre fiction et réalité, action et divertissement, faux semblant et sincérité de la monstration (rien que ça, oui).
Monstres Contre Aliens (très attendu paraît-il), c’est l’histoire d’une belle nana de province qui le jour de son mariage avec le présentateur-star de la météo sur la chaîne locale, mute et devient une géante (baptisée « Génormica ») après avoir été exposée à la chute d’une météorite. Capturée par les autorités et enfermée dans un lieu secret qui rappelle le fameux hangar 51, elle est libérée et ses camarades monstrueux (tous captifs depuis des décennies) avec elle, le jour où un énorme robot, prémisse d’une invasion extraterrestre destructrice, atterrit sur terre avec la ferme intention d’anéantir New York. À Susan la géante et ses camarades d’enrayer cette destruction, d’abord en éliminant le robot, ensuite en repoussant l’invasion extraterrestre.

Voilà. N’y passons pas trois heures ; s’il est tout à fait regardable – et avec plaisir d’ailleurs – Monstres Contre Aliens ne dépasse jamais sa condition de film clin d’œil, et de « petit » événement de la semaine côté animation, qu’un autre film de studio ni plus ni moins brillant mais techniquement aussi viable chassera le mercredi suivant. Bien réalisé, découpé, narré avec soin et même avec talent, Monstres Contre Aliens ne surprend hélas pas beaucoup le spectateur. Les péripéties, même si bien vues, sont assez attendues. La première partie, mieux enlevée, offre quelques moments savoureux avec un décalage politique rigolard (les réunions du Président et de l’Etat-Major américains ; en pleine remise en question post-Bush et Irak, c’est cependant un minimum syndical, non ?), des archétypes sortis des classiques de la série B ou du film de monstres (c’est tellement énorme qu’il est inutile de les citer ; mais ça fait bien plaisir, oui, c’est sûr), et des scènes d’action qui emportent l’adhésion spectaculaire, justement parce qu’elles exploitent à fond le potentiel de Génormica. C’est d’ailleurs la force et la faiblesse du film et des personnages : à part notre mignonne Susan (doublée par Louise Bourgoin en VF), devenue géante, les autres « monstres » ne servent pas à grand-chose sauf le temps d’une intervention anecdotique. Ils ne sont que des faire-valoir de ce personnage central qui, eu égard à son volume, occupe symboliquement et physiquement toute la place de l’histoire. Pourquoi s’être échinés à développer des caractères d’ailleurs sympathiques si c’était pour les minimiser ? Passons sur la copie carbone « pixarienne » de certaines de ces petites bêtes (Bob le blob à un œil rappelle quand même le pote de Sulli dans Monstres & Cie…) ; passons aussi sur l’intrigue qui aux trois-quarts s’évente quelque peu (on devine que Susan, après avoir perdu ses pouvoirs, finira bien par les récupérer et comment) et conservons de cette récréation ses seules vraies petites subversions : un traitement hilarant de l’image présidentielle américaine (mais pas assez poussé) et une scène de destruction roborative au début des hostilités, qui n’exclut pas (et s’en sert même très bien) le côté alors complètement anti-héroïque de Génormica.

Le métrage ne dure pas trop longtemps heureusement (rythme correct), et la réalisation disais-je est plus qu’honnête. Mais le manque d’originalité et de subversion approfondie de l’ensemble en fait un amusement soluble dans l’heure qui suit la projection. Susan, hormis sa taille, n’a rien de monstrueux, bien au contraire ; et comme c’est elle qui conduit l’expédition / l’action de cette troupe de choc, cela jure un peu dans l’effet « freaks » voulu. Après le mariage impossible entre une belle princesse et un ogre vert dégueu (soit ce dernier devenait un prince charmant, soit elle devenait moche comme lui mais en aucun cas ils ne pouvaient s’unir ainsi ; ah bon ?), Dreamworks n’arrive décidément pas à se projeter dans un prisme de caractérisation vraiment déviant – par exemple en faisant de Génormica une femme immense mais d’aspect repoussant, laid. C’est toujours la même histoire d’un studio qui veut prendre sa revanche sur la morale disneyenne d’antan (parce que maintenant, la maison de Mickey transcende ses sujets, CQFD avec Volt), mais qui fait pire encore en n’allant pas au bout de ses idées méchantes.

Un mot sur l’éventuelle projection en 3D : l’imagerie développée par le film ne rend pas le procédé indispensable. Mais les images prennent plus d’ampleur ici et là et le plaisir graphique n’en est que plus précis, et appréciable. À l’instar d’autres projets « vendus aussi avec lunettes » dans certains cinémas, l’écriture comme le style sont cependant encore loin d’optimiser le procédé de façon spécifique. Purement gadget bien que joli, donc.

Stéphane Ledien

> Sortie le 1er avril, et sans poisson.

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