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Croyez-le ou non, en France comme ailleurs, le citoyen lambda peut devenir espion de luxe et de choc du jour au lendemain, façon Jason Bourne. Pour cela, il suffit juste que la DST et le MI-5 le lui demandent, et qu’il y mette un peu du sien au passage. Prenez par exemple Vincent (Guillaume Canet), bagagiste à Roissy (mais diplômé de Sciences Po sans plan de carrière, ben oui, sinon il ne serait pas bagagiste…), et impliqué malgré lui dans une affaire diplomatique entre le Royaume-Uni et la Syrie après avoir mis les mains et les yeux là où il ne fallait pas. Vincent est contraint de partir à Londres travailler pour les services secrets britanniques, et enquêter sur un riche homme d’affaires dont la complicité avec des terroristes syriens pourrait mettre à mal la sécurité du territoire anglais. Pour mieux toucher sa cible, Vincent commence par attaquer, en la séduisant, la femme de ce dernier : Claire (Géraldine Pailhas), une française.

Si Espion(s) souffre d’un incontestable manque d’originalité dans son scénario, se contentant des passages obligés du genre pour faire avancer une enquête poussive qui jamais ne passionne (on y reviendra), le premier long-métrage de Nicolas Saada (ancien rédacteur des Cahiers du Cinéma) intrigue tout de même par les belles ambiances qu’il arrive à installer de temps en temps, le plus souvent quand le récit s’autorise quelques pauses bienvenues. Ainsi, les premières minutes impressionnent, montrant l’aéroport CDG s’activer au petit matin, sur une musique qui, si elle plagie ouvertement les compos Hitchcockiennes de Bernard Herrmann, n’en demeure pas moins efficace dans la mise en place d’une atmosphère feutrée qui a le mérite de nous plonger directement dans le film. Par la suite, Nicolas Saada se montrera par ailleurs doué dans la description quasi-documentaire des décors urbains de Paris et Londres, filmant les passants, les bars, et les échoppes de boutique avec l’envie de mettre en avant le mélange des races et des cultures qui forme le socle de nos sociétés occidentales.

Mais ces belles respirations dans le récit ne suffisent pas à rendre ce dernier intéressant, la faute on l’a dit, à une intrigue désespérément plate et déjà vue qui ne nous épargne rien (pose de micros dans le bureau de la cible, planques en voiture, copier-coller de secret files sur clé Usb…), et qui ose citer Hitchcock (une incroyable scène où Vincent retrouve Claire au musée, devant le portrait d’une femme, référence explicite à cette séquence géniale et culte de Vertigo où Scottie découvre Madeleine devant le portrait de Carlotta…) sans même assurer pleinement cette filiation, en dehors des thèmes musicaux récurrents. N’est pas Brian de Palma qui veut, et Saada, qui jamais ne prend la peine de filmer le désir sexuel naissant entre Vincent et Claire autrement qu’en les faisant se jeter l’un sur l’autre dès qu’ils le peuvent, ne semble même pas vraiment prêt à s’impliquer dans une intrigue digne du genre qu’il cite à tout-va, oubliant dans sa mise en scène tout effet de suspense, allant même jusqu’à foirer le climax du film : une séquence de filatures en montage alterné dans les transports en commun londoniens, identique en tous points à celle de l’attentat du bus new-yorkais dans L’Interprète de Pollack (même structure, mêmes conséquences).

Mais dans Espion(s), la sauce ne prend pas, le récit n’arrivant jamais à prendre de l’épaisseur (comme les personnages du reste), trop embourbé qu’il est à enchaîner inexplicablement les clichés sans même proposer une quelconque relecture du genre. Le final, lui aussi raté, se permet même le luxe de laisser en suspens l’avenir de la relation Vincent/Claire, comme pour mieux souligner peut-être, que finalement, le plus important résidait davantage dans la psychologie des personnages, et non dans leurs péripéties mouvementées. Ce serait peut-être la seule raison valable pour expliquer que celles-ci soient si platement filmées et si peu considérées par la mise en scène…

Julien Hairault

> Sortie le 28 janvier 2009

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