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10 février 2009. Un Grand jour ! Pas pour le cinéma… Mais dans ma petite vie de cinéphile anonyme… À 18h30, je quitte une salle de projection avant la fin du film… Un péché que j’avais promis de ne jamais commettre… Mais si je mérite mille coups de fouet pour cette faute impardonnable, le réalisateur du film en question en mérite au moins le double ! Car la vision du début d’Un tir dans la tête est un véritable supplice que je ne souhaiterais pas même à mon pire ennemi ! Mais comme je n’ai pas d’ennemi, cette dernière phrase ne sert pas à grand chose… Ou presque… Il faut bien que je remplisse la chronique de ce film dont je n’ai vu que le premiers tiers, hein ?!?
J’avais déjà eu des mauvais échos du précédent film de Jaime Rosales, La Soledad, qui avait pourtant raflé de nombreux prix… C’est peu dire que son dernier film, qui doit sortir le 11 mars prochain, ne me donne aucunement envie de découvrir son cinéma !

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Premier plan : la mer, en plan fixe durant 15 secondes… Bon… Peu inventif, mais pourquoi pas… Puis un autre plan fixe, plus long, sur un kiosque à journaux… Je m’ennuie déjà, et m’amuse à essayer de lire les titres des journaux espagnols… Il y a un magazine de foot, un autre de hard Rock… Mais comme je ne pige pas un mot d’espagnol, je m’ennuie à nouveau… Puis un autre plan fixe, encore plus long !!! Une conversation entre deux personnages dans un bistrot, qu’on n’entendra jamais… Et le film se poursuit en observant les personnages (on commence à identifier ceux qui seront importants dans l’« histoire » [sic]) dans leur quotidien : un square, une fête, une gare, …. Toujours sans parole… Seul le son et les bruits environnants nous est audible : la circulation, les bruits de pas … Pourquoi pas… Je n’ai rien contre les films qui fonctionnent à l’économie de langage… J’aurais adoré voir un vrai Alien vs Predator sans ces imbéciles d’humains venant meubler la conversation : « Ah ouaih… Moi je parie sur le gros rasta ! ». Et la magnifique première partie de Wall-E – mais tout le film est magnifique en fait – est la preuve indéniable que ce choix narratif est tout à fait possible… Pour peu qu’il y ait une vraie mise en scène derrière ! Car franchement… Poser sa caméra et appuyer sur « on » est à la portée de n’importe qui ! J’exagère un peu… Il y a un panoramique dans la scène du jardin public, qui suit un enfant dans ses déplacements… C’est peu… Pour résumer ces 30 premières minutes de métrage : aucun sens du mouvement et de la dynamique (le chef opérateur remue un peu sa caméra, pour nous rappeler que oui ! Il y a bien quelqu’un de vivant derrière l’objectif !) ce qui est, faut-il le rappeler, l’essence du cinéma ! Le montage ? Ben… Une succession de plans fixes, moi j’appelle ça un « collage »… Comme ce qu’on apprend à la maternelle, quoi ! Mais comme je garde un très bon souvenir des ces premières années de scolarité, déterminantes pour mon avenir professionnel*, je ne peux pas trop blâmer le réalisateur là-dessus ! D’ailleurs, ce que j’ai vu ne me permet pas de le qualifier de réalisateur… Mais attendons de voir ses prochains films… Mais si ça pouvait être quelqu’un d’autre que moi qui aille à la projection-presse, merci… Un peu de solidarité s’il vous plaît…
Dans ses notes d’intention, J. Rosales indique que son film est un métrage qui nécessite au spectateur de participer, de faire l’effort de s’impliquer… C’est oublier la différence entre un film « autiste » et abscons et un film énigmatique qui fascine l’audience par les non-dits et les ellipses. Mamoru Oshii est sans doute le meilleur représentant de ce dernier type de métrage. Rosales correspond, à mon sens, à la première catégorie.

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Et à tous les râleurs qui vont me tomber dessus à bras raccourcis sur cette escroquerie intellectuelle qui consiste à critiquer un film alors que j’ai quitté la projection avant son terme, je répondrais tout d’abord que je ne suis pas le premier à être sorti ! Mais je crois que celui qui m’a précédé d’une dizaine de minutes est en fait mon camarade versusien Hendy Bicaise qui est arrivé en retard, et s’est glissé dans le noir au premier rang… Bon… C’est au moins la preuve d’une belle cohérence de goûts au sein de l’équipe, non ? Deuxième argument : quand vous achetez une poire et qu’elle est farineuse, vous allez jusqu’au bout, vous ? Non, donc voilà ! Mais j’en vois qui vont me rétorquer qu’il est inadmissible pour un cinéphile de comparer un film d’art à une vulgaire marchandise vite achetée vite consommée ! Je ne répondrais que ceci : Un Tir dans la tête est précisément le genre de films qui donne envie d’aimer le cinéma pop corn décérébré, tellement la démarche est pédante, prétentieuse, tout en étant d’une pauvreté absolue sur un plan esthétique mais aussi narratif. L’attachée de presse (adorable, au passage…) m’a confiée que Jaime Rosales privilégiait la forme au fond… Ah, ben ! Il a du boulot pour arriver à la cheville des vrais « formalistes » du septième art ! Allez ! C’est tout le mal qu’on lui souhaite !
Fort heureusement que j’avais un bon bouquin de Donald Westlake avec moi pour me purifier la tête, et reprendre goût à la vie après une telle expérience !

Ah oui ! Dernière chose… L’attachée de presse m’a dit qu’il n’y avait qu’une parole dans le film… Une insulte… No comment…

Fabien Le Duigou

> (par ici la) sortie le 11 mars 2009

* Oui je sais, je raconte ma vie, mais je vous rappelle qu’il faut que j’arrive à un certain nombre de signes, sinon le rédac-chef va me chier une pendule sur le non-respect des règles établies, et bla bla… bla bla…

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9 réflexions sur “« Un Tir dans la tête » de Jaime Rosales

  1. Finalement le seul camarade versusien à l’avoir vu en entier, c’est le Rédacteur en chef, tu sais, celui qui chie une pendule ^_^
    Le non-respect des règles établies, voilà qui qualifierait un tel film. Non-respect du spectateur tout court, en fait, qui se doit d’être un minimum captivé. Là c’est effectivement sans paroles, sans mobilité… Quant à l’insulte proférée en fin de métrage, c’est simple : après avoir croisé deux gardes civils espagnols dans un restaurant de Capbreton, le « héros » et ses comparses les suivent jusqu’au parking, leur crie « sales flics » et les abattent, avant de s’enfuir par kidnapping / vol de voiture interposé.
    C’est nul, c’est chiant, c’est du cinéma comme la critique institutionnelle (celle qui fait la bise à tous ses aaaaaaaaamis puis qui dort et qui mange des sandwiches pendant les projections) doit adorer ça. À mon avis, le petit Ulysse de Télérama va encore sauter de joie !
    Nous, nous n’aurons de cesse de dénoncer l’exploitation en salles d’un tel parangon de la saloperie de l’ennui, un modèle de paresse crasse cinématographique.
    « Un tir dans la tête » ? Un coup de pied au cul, oui !
    Après « Import / Export », le nouvel exemple d’un cinéma à ne pas faire. Et encore moins à regarder !

    (Lire aussi notre avis « rapido » dans le prochain n° de VERSUS, sortie le 21 février en kiosques).

    S. L.

  2. Ah ! Oui ! Mais toi tu te dois de rester jusqu’au bout des projos ! Faut être diplomate et politique avec les attaché(e)s de presse quand on représente la revue !

    Tu lis Télérama toi ?!? ^^
    Je crois que je dois être le seul prof qui n’a jamais mis le nez dedans ! Car on m’a toujours dit qu’un « bon » prof doit avoir le dernier n° de cette « revue » sur la table de son salon… Même si on ne le lit pas ! ^^

  3. Non, je ne le lis plus depuis plus de 10 ans. Mais je l’ouvre de temps à autre et c’est devenu tellement prévisible que je ne serais pas étonné que leur mascotte saute de joie ^_^
    Bon la prochaine fois, pour la peine, tu iras voir « LOL ». 😉

    Stéphane

  4. J’y étais, j’y étais!!! Je l’ai vu partir mais bon, y’en a plein qui ont suivi après. Moi, je suis resté jusqu’au bout. Effectivement, je trouve que c’est la moindre des choses quand on critique un film : critiquer un bout de film, ça rime à quoi.? Pourtant, je rejoins votre avis mais en plus nuancé…

  5. Bof, pour ce cinéma-là, aucune nuance. Facilité du procédé, lâcheté de la mise en scène, inintérêt du portrait. La grammaire est pauvre, la subversion superficielle, le rythme mortifiant. Honnêtement, je préconise de ne pas rester jusqu’au bout de tels films. Mais effectivement, vous avez assisté à la fuite en avant d’un (ou deux ?) versusiens :))

    S. L.

  6. En fait, je ne savais pas que c’était des Versusiens qui partaient. Ce que je peux vous dire c’est qu’il restait moins de la moitié de la salle à la fin. Pauvre Lison (l’attachée de presse) elle en faisait une de ses têtes à la sortie.
    C’est étrange de préconiser aux gens de partir alors que vous-même, vous n’avez pas vu la fin. Et, contrairement, à vous, j’aime beaucoup « Import/export » de Ulrich Seidl. Mais personne n’a tort, personne n’a raison. C’est justement quand les avis diffèrent que la discussion est la plus intéressante. D’ailleurs, quand les critiques sont sorties, je me suis aperçu qu’ils était très partagées : le contre (comme vous) et le pour (comme moi)
    Ceci dit, je vous trouve très violent quand vous démontez un film bien que j’ai quand même beaucoup de plaisir à vous lire.

  7. Moi-même j’ai vu la fin ; j’ai vu le film en entier mais mes deux camarades, à une autre projection (plus tard) eux, s’en sont allés. Et c’est donc en connaissance de cause que je préconise de fuir ce cinéma, prétentieux, vide, creux. pour un court expérimental exposé en galerie, oui, pour un film en salles. Je vais vous dire : je ne suis pas prêt à respecter un film dont le réalisateur ne respecte pas le spectateur. 😉

    Violent, je ne sais pas… Radical, c’est certain !
    À très bientôt, y compris en projection, alors !

    Stéphane L

  8. > « pour un court expérimental exposé en galerie, oui, pour un film en salles, NON ».

    Il manquait ce mot crucial 🙂

  9. Pingback: « Jo pour Jonathan  de Maxime Giroux «

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