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Métrage rendant hommage aux films noirs, The Square séduit par son atmosphère et son aspect formel (photographie et mise en scène) ainsi que par sa volonté d’ancrer son intrigue dans la réalité australienne contemporaine, au prix quelquefois de stéréotypes sur ses personnages (les prolos australiens sont-ils tous des brutes testostéronées et tatouées ? On découvre d’ailleurs un ancien d’Alerte à Malibu, Peter Phelps, dans le rôle d’un chef de chantier). Une nouvelle preuve de la qualité du cinéma australien, après le succès (critique et artistique du moins) de Greg McLean, dans un genre différent.

Un film malheureusement plombé par un scénario (trop) classique, qui voit un couple d’amants, Raymond Yale et Carla Smith, essayer de voler le magot du mari criminel de la dame adultère. Forcément, ils perdent le contrôle de leur petit plan, et tout ira de mal en pis. Une resucée de films tels Un plan simple, où les personnages sont dépassés par les événements. Ou comment on n’est jamais maître de ce que l’on initie. La tagline du film est d’ailleurs « chaque décision sera fatale », comme pour souligner l’engrenage inévitable des évènements. Le réalisateur précise d’ailleurs que le film aurait pu s’appeler La Loi de Murphy, qui dit que « toute catastrophe qui peut se produire se produira » (dossier de presse du film).

Mais à aucun moment le spectateur n’éprouve la moindre sympathie, ou même empathie, pour ces personnages. La mécanique classique du film noir se déroule sous nos yeux sans parvenir à transcender le genre. Comme le disait notre ancien Président de la République : « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre ». Le réalisateur Nash Edgerton (dont c’est le premier long après avoir été cascadeur, monteur, acteur,… et quelques courts remarqués) ferait bien de demander des comptes à ses scénaristes (dont son frère Joel, qui joue un des rôles principaux), mais devrait être un réalisateur à suivre, s’il parvient à travailler sur des projets plus ambitieux. On est cependant à des coudées au-dessus d’un film comme Lantana (coproduction australienne de 2001), qui n’était en fait qu’un soap agrémenté de quelques touches de noirceur. Ici, il s’agit d’un vrai film noir, qui s’assume comme tel, malgré des maladresses d’écriture.

Quelques scènes chocs nous tirent de notre torpeur, comme celle où un chien traversant un lac pour retrouver sa « petite copine canine » se fait happer par un requin. Mais très soft hein ! Pas la moindre trace de sang ou d’une « dent de la mort ». Séquence d’un symbolisme maladroit, puisque signifiant l’impossible vie de couple des deux amants. Ou encore un accident de chantier, rappelant Le salaire de la peur et son excellent remake par Friedkin, Le convoi de la peur. Les autres séquences oscillent entre sentiment d’inutilité (quel est l’intérêt de ce bébé dans la scène de l’accident de voiture final ?) et incohérence : le chef de chantier est certainement un des « détectives » les plus perspicaces vus au cinéma : il découvre le secret de Yale grâce à un simple lapsus et un dessin, lui permettant de découvrir le lieu où ce dernier a caché le corps d’un individu trop encombrant. Columbo n’a qu’à bien se tenir !
La première scène du film (le couple en plein ébat amoureux) nous donnait déjà un signal sur les errements scénaristiques du métrage. Si vous aviez le choix entre un grand pick-up et une petite voiture citadine pour une partie de jambes en l’air, vous choisiriez quoi ? À moins que les Australiens préfèrent la promiscuité pour assouvir leurs fantasmes ?

> Sortie le 21 janvier 2009.

Bande annonce Allociné :
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18849049&cfilm=136854.html

Fabien Le Duigou

Avis complémentaire :

Un film noir aux antipodes, qu’est-ce que cela peut bien donner ? réponse avec ce polar australien bien mieux filmé qu’écrit, mais au charme vénéneux et à l’âpreté affinée. Rappelant, dans ses partis pris esthétiques tendus et chargés d’aspérités, le cinéma de genre britannique (une contrée où l’on conduit aussi à gauche ; un point commun sur la route à suivre), The Square se focalise sur l’engrenage meurtrier dans lequel met le doigt le couple illégitime Ray et Carla (les convaincants David Roberts & Claire Van Der Boom ; lui ahuri et dépassé pendant tout le métrage, elle assez charnelle, une incarnation tentatrice et fatale comme les femmes adultères et dangereuses des classiques du genre). Séparés par des conditions sociales différentes, un mariage devenu pour l’un synonyme d’ennui et pour l’autre vecteur de peur et de violence, ainsi que par une baie où surnagent, apprend-on, des requins carnassiers (nous, tout de suite, on se dit « mais non, c’est un crocodile à la Solitaire ! »), Ray et Carla échafaudent, comme le raconte notre Fabien Le Duigou national, un plan « simple » qui va devenir un piège du destin, pour filer à l’anglaise (pardon à l’australienne, donc), avec le butin que le psychopathe mari de la dame a amassé après quelque coup illégal. Si l’histoire commence bien, classique et solide, elle se laisse hélas un peu trop malmener par les velléités d’un scénario cultivant le coup du sort comme bouleversement récurrent, pour ne pas dire permanent. Que les personnages soient entraînés dans une intrigue démultipliée, à ricochets sanglants, sans jamais pouvoir influer sur leur proche destinée, finit par les affadir.

Même constat que mon camarade ci-avant ; la ficelle tient du déjà-vu mais se comprend et s’accepte assez facilement dans le genre. Là, c’est pourtant trop. Trop de variables incontrôlables, trop de mauvais hasards viennent obstruer la marche du récit. La réalisation, faussement contemplative et vraiment nerveuse, insuffle un rythme ambigu mais ténu, avec une longueur d’avance sur le script, trop occupé à tramer, à conspirer contre nos « héros » malchanceux. L’effet finit par lasser, l’empathie par retomber, l’intérêt par se brouiller.

On reproche à de nombreux polars de se régler rapidement ou facilement ; dans The Square, c’est l’inverse ! Tout le long de ce fil rouge perturbé jusqu’à la rupture d’identification, le réalisateur dresse par contre une ambiance poisseuse mâtinée de constat social aigu. En pleines fêtes de Noël soumises au climat estival (l’effet antipodes), les considérations sur le libéralisme fusent (« on fabrique des guirlandes électriques dans des pays où on ne fête pas Noël ! »), tandis que l’univers du bâtiment et des chantiers de construction se trouve épinglé et soumis à une dramaturgie en phase avec le genre – fait intéressant et plutôt innovant. La rugosité du contexte, la détresse physique des personnages dépassés, collent à l’idée d’un cinéma australien porté sur la représentation rustre des échanges (in)humains (Greg McLean et son Wolf creek en tête, oui, en effet). Les rôles sont solides, les symboles appuyés (ce chien qui n’atteindra jamais l’autre rive), l’ambiance prenante. Dommage que le scénario, donc, lie pieds et poings de ses personnages. Le procédé a valeur d’injustice, y compris pour le libre arbitre du spectateur ; ainsi cette révélation d’une intrigue parallèle téléscopée avec la pire réalité du personnage, grosse faute (ou astuce roublarde du montage et des dialogues ?) qui, en privilégiant l’effet de surprise, nie toute existence d’un « avant » et d’un « après » diégétique. Autrement, The Square saisit au vif l’attention des amateurs du genre, mal servis ces derniers temps.

Stéphane Ledien

P.S. Fabien : faire l’amour dans une petite voiture (même pourrie) ça rapproche. Plus que dans un 4×4, non ? 😉

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2 réflexions sur “« The Square » de Nash Edgerton

  1. Ben… Si tu aimes avoir le frein à main dans le c** pour avoir l’impression d’un plan à 3, la petite voiture pourrie est idéale, oui ! Tu fais ce que tu veux, hein !

    Moi je préfère les grands espaces… On est pas en Australie pour rien! : )

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