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Il y a deux moments difficiles dans la vie d’un critique de cinéma : le premier, c’est quand il doit parler d’un film qu’il n’a pas aimé, mais alors pas du tout, alors que tout le monde autour de lui (presse et public) l’entoure d’un consensus artistique; alors il se sent seul contre tous. Le second, c’est quand il doit écrire des choses peu agréables sur un film pour enfants; alors il a peur qu’on le traite, au choix, d’adulte frustré, de sans coeur, ou même de fasciste anti-gosses. Voici donc un appel du coeur : ne pas aimer un long-métrage destiné aux petites têtes blondes n’empêche pas d’aimer les enfants. Enfin, presque.

La projection, mercredi après-midi, de la dernière production Disney, Histoires enchantées, a attiré un public mixte d’adultes (critiques) et d’enfants (hystériques), ces derniers trop heureux de pouvoir assister, avant tous leurs camarades, au grand film féerique de la fin d’année. Et quelque part, c’était là une excellente idée : personne n’est plus juste et plus honnête qu’un enfant, surtout placé devant un écran de cinéma. On pourra toujours dire que les critiques n’aiment pas les films simples, les films dénués de batailles sanglantes et de membres arrachés, de romances compliquées et de séquences ouvertement sexuelles, mais on ne pourra jamais contredire la parole sacro-sainte des enfants dont l’émerveillement se mesure par des choses aussi simples que l’attention visuelle et l’exclamation orale. Et il se trouve que les enfants n’ont pas, ou peu, ri pendant cette séance. Serait-ce parce que les blagues n’étaient pas très amusantes? Ou parce que même à un bas âge les spectateurs se rendent compte qu’on essaye de les blouser?

Mais parlons du film lui-même : malgré une excellente amorce en forme de prologue, plutôt poétique, dominée par un Jonathan Pryce qui fait toujours plaisir à voir, ici dans le rôle d’un gérant de motel à l’imagination débordante mais à la gestion économique discutable, malgré un postulat de départ qui tourne autour du besoin – essentiel – de raconter des histoires aux plus petits pour éveiller leur imaginaire, « Histoires enchantées » échoue à trouver un rythme de croisière convaincant dès que l’intrigue débute, ou dès qu’apparaît à l’écran Adam Sandler. Oui, Adam Sandler : le même qui nous faisait rire aux larmes, il y a encore quelques mois, dans le très potache mais très drôle Rien que pour vos cheveux, et qui ici ne parvient jamais à élever au-dessus de zéro le niveau de ses blagues. Il patauge clairement dans une histoire réduite à peau de chagrin : obligé de s’occuper de ses deux neveux pendant l’absence de sa soeur, il leur raconte des histoires inspirées d’un mélange de sa propre existence et de décors irréels. Le principe aurait pu s’avérer sympathique, si les protagonistes n’étaient pas à ce point des archétypes : l’homme à tout faire plein d’imagination et d’humour perdu dans un monde trop concret, la soeur hyper-protectrice, le directeur d’hôtel un brin inhumain qui ne supporte pas de toucher les gens, le gendre idéal méprisant, la fille du directeur changée en starlette pour magazines people, etc. Certes, le but d’un film humoristique, et qui plus est d’un film pour enfants, est de jouer sur les archétypes; mais ces personnages sont eux-mêmes plongés dans des situations grotesques rythmées par des gags qui tombent constamment à l’eau. Même l’humour de Sandler semble bizarrement inadapté au public : lorsqu’il essaye de régler un quiproquo devant son patron, dont il a caractérisé la fille de « bonne », on se demande pour qui est destinée la blague; et peu importe à vrai dire, car ce genre d’humour peine les adultes et passe complètement au-dessus des plus jeunes; et donc ne fait pas avancer le schmilblick.

Sans véritable scénario, Histoires enchantées est une suite de situations types et de gimmicks qui tombent toujours à point nommé pour sauver le film du naufrage. Comme le cochon d’Inde des enfants, Globule, ainsi nommé à cause d’une effrayante et disproportionnée paire d’yeux globuleux : l’animal sert de piqûre énergétique quand le film manque de pêche, et parvient à attiser les cendres de rires contre l’adversité. Mais n’est-ce pas un poil artificiel?

Dommage, vraiment : car l’histoire, prise en elle-même, méritait un bien meilleur traitement. Il faut d’ailleurs préciser que l’argument publicitaire du film s’avère quelque peu mensonger : les péripéties racontées par les enfants, qui viennent agrémenter les contes inventés par Skeeter, deviennent effectivement réelles, mais pas comme on l’attend. Leur réalité est effective le lendemain, sous une forme essentiellement décalée, concrétisée, réaliste. On pensait voir Adam Sandler plongé dans des univers moyenâgeux ou galactiques; mais rien de tout cela, en fait, rien que des nains qui donnent des coups de pieds et une pluie de chewing-gums provoquée par un stupide accident de camion. Une belle déception, en somme, pour le spectateur aux désirs enfantins (critique de cinéma ou non !) qui se retrouve forcément déçu par un long-métrage qui ne tient pas ses engagements. On reste sur sa faim. Et on conseillera donc le film aux fans purs et durs de Disney… Ou de Jonathan Pryce, seul bon acteur présent !

> Sortie le 24 décembre 2008

Eric Nuevo

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