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L’année 2007 s’en est allée et avec elle son lot de déceptions et autres catastrophes. La nuit de la Saint-Sylvestre a vraiment des propriétés physiques extraordinaires : remettre les compteurs à zéro. Une nouvelle année débute donc, qui plus est, sous les meilleurs auspices. Il n’y a qu’à voir, pour s’en convaincre, ces multiples reportages rendant compte de la liesse et l’allégresse des traditionnelles célébrations festives de fin d’année. Bon d’accord, on a toujours pas réussi à libérer Ingrid Bétancourt, relancer le pouvoir d’achat et loger tous les nécessiteux mais nous n’allons pas jouer les rabat-joie. 2008 est l’occasion de prendre un nouveau départ.
C’est l’heure des non moins traditionnelles bonnes résolutions. Mais avec la clique UMP, il serait plus juste de parler de traditionnels renoncements.
Cantiques, messes, chants tout est bon pour faire sa fête au petit Jésus. Et les représentants de l’Etat ne sont pas les derniers à monter au créneau, oubliant parfois tout devoir de réserve et au risque de fragiliser un peu plus une laïcité déjà passablement écornée.
Sans oublier son corollaire, un féminisme martyrisé partout dans le monde.

Lors de son week-end à Rome fin décembre 2007, M. Sarkozy a été fait «unique chanoine honoraire» de St-Jean de Latran par le pape Benoît XVI. On ne va pas chipoter pour si peu, ce titre étant conféré à tous les chefs d’Etat français depuis Henri IV. Non, ce qui ne lasse pas d’inquiéter c’est bien la nouvelle orientation que le président français, depuis son passage à l’intérieur, tente d’imposer à la laïcité à la française (une nette séparation de l’église et de l’Etat, loin d’être une généralité partout ailleurs). Un homme qui dans son livre La République, les religions et l’espérance voulait favoriser le fait religieux chrétien au détriment du fait sociologique. Un homme pour qui «pour fondamentale qu’elle soit, la question sociale n’est pas aussi consubstantielle à l’existence humaine que la question spirituelle» ou qui souhaite que «partout en France, et dans les banlieues plus encore […], il est bien préférable que des jeunes puissent espérer spirituellement que d’avoir dans la tête, comme seule religion, celle de la violence, de la drogue ou de l’argent». La voilà la solution à l’effondrement des institutions publiques dans ces quartiers sensibles, l’enseignement religieux.
Pour bien enfoncer le clou, il rappela au Latran qu’il appelait de tous ses vœux à «l’avènement d’une laïcité positive, qui tout en veillant à la liberté de pensée, à celle de croire ou ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout». Bientôt, il faudra s’excuser d’être laïc.
Mis à mal en France, le principe de laïcité l’est également au niveau européen. Plus précisément, ce sont les vertus démocratiques qu’il induit qui sont insidieusement attaquées.
Sous prétexte de ne froisser aucune confession et notamment un Islam qui monte en puissance, on est prêt à s’asseoir sur les libertés les plus élémentaires. Liberté d’expression, d’engagement politique pour une émancipation des femmes musulmanes, autant de présupposés acquis que l’on doit sans cesse réaffirmer. Ce fut flagrant, notamment, avec la polémique sur les caricatures de Mahomet publiées dans le journal Jyllands-Posten.

Une femme cristallise parfaitement cette lutte contre toute forme de renoncement, l’ex député néerlandaise Ayaan Hirsi Ali.
Somalienne d’origine, Ayaan Hirsi Ali a demandé et obtenu l’asile politique pour fuir son pays et échapper à un mariage forcé. Elle s’est engagée contre l’excision (une loi l’interdisant porte d’ailleurs son nom), écrivit de nombreux articles fustigeant les dangers du communautarisme, surtout elle a collaboré avec le cinéaste Théo Van Gogh donnant lieu à un court-métrage sur les violences faites au femmes au nom de l’Islam .
Une association qui finira dans le sang, le réalisateur néerlandais étant assassiné par un fanatique. Un meurtre par dépit car la cible initiale était bien la «Voltaire noire» (surnom qu’elle doit à la proximité de ses combats avec ceux de ce cher François Marie Arouet), mais puisqu’elle était très bien protégée, ils se sont rabattus sur une victime plus abordable. Et pour bien rappeler leur priorité, l’assassin avait bien pris soin de laisser, sur le corps de Théo Van Gogh, une liste des futures cibles transpercées par un poignard, le nom d’Ali en tête.
Et au lieu de bénéficier de toute la protection et reconnaissance possible, sa nationalité néerlandaise lui a été retirée. Pourquoi ? Parce qu’elle a menti sur sa provenance pour bénéficier de l’asile politique. Avant de venir aux Pays-Bas en 1992, elle vivait depuis 10 ans au Kenya et en Allemagne, pays où elle aurait dû déposer sa demande d’asile.
Sans compter que, suite à l’assassinat de son ami Van Gogh, ses voisins se sont plaints des désagréments causés par sa protection policière. Raison leur a été donnée et Ali expulsée du quartier où elle résidait.
N’est-ce pas merveilleux un tel altruisme pour préserver un certain confort intellectuel ?
Désormais exilée au Etats-Unis, bien qu’elle ne bénéficie d’aucune protection, au moins jouit-elle d’une plus grande liberté d’expression concernant l’Islam.
Ultime preuve du dévoiement généralisé, un comité de soutien a demandé aide et protection auprès des instances européennes, de même que fut demandé à la France de lui accorder une citoyenneté française honorifique, le tout sans résultats.
La fin d’année 2007 fut, en outre, endeuillée par la mort de Benazir Bhutto, députée pakistanaise de retour d’exil et victime d’un lâche attentat. Encore une figure féminine majeure de la lutte contre l’obscurantisme qui disparaît.
Pourquoi est-ce ces femmes que l’on abat (physiquement ou politiquement) ? Tout simplement parce qu’elles représentent le point d’achoppement des religions et donc l’Islam. Un fond de commerce qui se résume à la soumission de la femme.

À force d’essayer de composer et séduire les religieux de tout poil, des principes démocratiques fondamentaux sont rognés voire reniés.
C’est bien joli de prôner le pragmatisme politique mais quand il se fait au détriment des plus élémentaires des libertés, on a tout à y perdre.

Ingrid Bétancourt, Ayaan Hirsi Ali, Bénazir Bhutto et toutes les autres, faisons en sorte que 2008 soit vôtre.

Comme il est de coutume, je vous souhaite donc une bonne année et surtout la santé, hein.
Des vœux bien particuliers certes, mais c’était juste histoire de tempérer l’optimisme béat de rigueur et rappeler que la lutte est loin d’être gagnée.

Nicolas Zugasti

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