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« Un petit bijou qui a manqué sa cible » dit aujourd’hui de La casa con la scala nel buio (1983, La maison de la terreur) le scénariste Dardano Sacchetti. Entendu dans un bonus du Blu-ray de ce film, que vient de sortir Le Chat qui fume, ce commentaire en dit long sur le manque de moyens dont a souffert son réalisateur, Lamberto Bava. On est tout aussi d’accord avec Sacchetti, qui a donc écrit l’histoire avec sa femme Elisa Briganti, quand il déplore quelques failles dans son scénario. Le film séduit par son ambiance et l’on ne peut que regretter, alors qu’il nous mène de fausse piste en fausse piste quant à l’identité du tueur, que certaines des voies ouvertes par le dialogue soient abandonnées en cours de route, ce qui rend la solution totalement plaquée.

On ne peut bien sûr plus entrer dans le détail sans spoiler l’intrigue. Qui, comme tout bon giallo, nous fait assister à une succession de meurtres à l’arme blanche sans que l’on ne sache jamais qui les commet. La maison de la terreur démarre d’ailleurs par une séquence qui voit un trio de gamins forcer le plus trouillard d’entre eux à descendre l’escalier obscur et effrayant d’une cave. Le pauvre petit est blond, symbole de pureté et sorte de version italienne de Macauley Culkin ou de Ricky Schroder.

Le héros de La maison de la terreur (Andrea Occhipinti) est un compositeur qui, pour travailler la bande originale d’un film, se voit offrir un séjour dans une vaste demeure isolée. Laquelle, dans la vraie vie, appartenait au producteur Luciano Martino et s’étendait sur quelque 1200 m2 (toujours selon Sacchetti). Des disparitions mystérieuses vont inquiéter progressivement le musicien qui va se mettre à soupçonner, et nous avec lui, tout son entourage.

Le scénario accumule les fausses pistes, certaines plus judicieuses que d’autres. Il joue aussi de la comparaison entre le film pour lequel le héros compose la musique et celui que nous sommes en train de voir. Ainsi, la réalisatrice défend-elle au musicien de visionner la fin de son montage parce que celle-ci réserve « une grosse surprise ». On se dit donc que le finale de La maison de la terreur nous en réservera une tout aussi grande. La mise en scène, on le sait depuis longtemps — au moins depuis Hitchcock — est l’art de la manipulation. Et le spectateur, cela est tout aussi connu, adore se faire manipuler. Ici, c’est une évidence, Lamberto Bava nous montre et nous cache ce qu’il veut, il nous embrouille et veut que nous allions dans le sens où il le désire. Jusque vers le fantastique, avec cette voix chuchotée captée sur la bande magnétique sur laquelle le musicien enregistre son travail.

L’intelligence de Sacchetti et Briganti est de poser dans les dialogues des phrases qui, soudain, prennent une portée quasi philosophique. Ainsi entend-on : « La mort nous espionne constamment et ce n’est que dans le noir qu’on parvient à le ressentir. »

Et cette balle ensanglantée qui, dès le début du film, rebondit depuis la cave sur les murs donne raison à ce qui précède. Et nous poursuit longtemps après la conclusion. L’idée vient de l’angoisse que ressentait Dardano Sacchetti à la vision de la cave de la ferme où il vivait enfant. Vision traumatique qu’il réussit à caser, avoue-t-il, dans plusieurs films. Elle resurgit d’ailleurs dans le titre original (La maison avec les escaliers dans l’obscurité), meilleur que sa traduction française. Et vision, filmée par Lamberto Bava, qui reste très forte et s’inscrit dans la mémoire, rebondissant, rebondissant.

Jean-Charles Lemeunier

La maison de la terreur
Titre original : La casa con la scala nel buio
Année : 1983
Origine : Italie
Réal. : Lamberto Bava
Scén. : Elisa Briganti, Dardano Sacchetti
Photo : Gianlorenzo Battaglia
Musique : Guido et Maurizio De Angelis
Montage : Lamberto Bava
Durée : 106 min
Avec Andrea Occhipinti, Anny Papa, Fabiola Toledo, Michele Soavi, Valeria Cavalli, Stanko Molnar…

Sortie en Blu-ray (une édition limitée à 1000 exemplaires comprend le CD de la compilation des meilleures musiques de Guido et Maurizio De Angelis) par Le Chat qui fume le 15 février 2022.

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