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C’est Noël avant l’heure. Carlotta ne pouvait nous faire meilleur cadeau : ressortir le mythique Pandora (1951) d’Albert Lewin, magnifiquement restauré, dans un beau coffret ultra-collector, comportant le Blu-ray, le DVD et un livre de Patrick Brion.

Mythique, Pandora and the Flying Dutchman l’est à plus d’un titre. D’abord pour ses interprètes : Ava Gardner et James Mason y sont géniaux. Puis pour le sujet : un homme, baptisé le Hollandais volant, est condamné à vivre seul sur son bateau et il reconnaît en Pandora, une jeune Américaine en vacances en Espagne, l’image de la femme qu’il a aimée et qui l’a trahi. Enfin, pour la mise en scène d’Albert Lewin, véritable esthète, et pour les images en couleurs de Jack Cardiff.

Déjà auteur du remarqué Portrait de Dorian Gray (1945), Lewin a apporté à Pandora tout son talent : les robes d’Ava Gardner, cette grande plage espagnole où les fêtes se déroulent au milieu de statues antiques, le décor du bateau de James Mason et sa peinture représentant Ava Gardner sous les traits de Pandore, première femme dans la mythologie grecque qui ouvrit la fameuse boîte qui porte son nom, laissant s’échapper tous les maux et la refermant avant que l’espérance ne puisse sortir. Comment ne pas tomber à la renverse devant la beauté des plans de l’ensemble du film ? Citons, pour mémoire, cette séquence où le visage d’Ava Gardner s’affiche en gros plan à l’écran, alors qu’elle est couchée sur la plage.

Esperanza est justement le nom de ce petit port de pêche espagnol où Pandora Reynolds passe ses vacances — le film a été tourné à Tossa de Mar, sur la Costa Brava — entourée d’hommes qui la courtisent, à commencer par un pilote (Nigel Patrick) et un matador (Mario Cabré). Cette femme qui semble se jouer des mâles qu’elle attire va devenir amoureuse et c’est ce moment magique auquel le film s’attache. Pas étonnant que Pandora ait tourné la tête aux surréalistes, eux qui avaient déjà célébré en son temps Peter Ibbetson (1935) de Henry Hathaway et sa description d’un amour fou, capable de franchir les barrières du temps. La folie est d’ailleurs, pour les surréalistes autant que pour Lewin, qui signe le scénario de son film, totalement liée à la passion amoureuse. Lorsque Pandora demande au pilote de balancer dans la mer la voiture de course qu’il chérit, c’est bien sûr de la folie. Quand on apprend plus tard que l’amoureux s’est débrouillé pour retirer de l’eau l’objet de ses convoitises — et Pandora est en droit de se demander qui des deux arrive en premier dans le cœur de l’homme, la voiture ou elle —, on peut comprendre la déception : celle de Pandora, bien sûr, celle du narrateur et celle du spectateur. L’amour pur doit être fou et le critique Ado Kyrou, ami de Breton et membre du groupe surréaliste, a raison de célébrer le film en ces termes : « Avec Lya Lys (de L’Âge d’or), écrit-il — et cette citation est reprise dans le livre de Patrick Brion qui accompagne le coffret —, Pandora est la seule femme farouchement surréaliste de tout le cinéma. Jamais Ava Gardner ne fut plus belle, jamais je n’ai senti aussi intensément la disponibilité d’une femme pour l’amour fou. »

Avec Pandora, Ava Gardner inaugure une galerie de personnages assez proches les uns des autres : celui d’une femme fatale qui fait tourner bien des têtes et des cœurs, frivolité qui cache une véritable peine d’amour. Elle est ainsi dans La comtesse aux pieds nus (1954) de Joe Mankiewicz et Le soleil se lève aussi de Henry King, tous deux se déroulant en Espagne.

André Breton concluait Nadja par cette phrase : « La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas. » La célébration de l’amour fou par Albert Lewin dans Pandora nous conduit tout aussi sûrement vers une même beauté convulsive. Un incontournable que se doit de posséder toute bonne vidéothèque !

Jean-Charles Lemeunier

Pandora
Année : 1951
Origine : Grande-Bretagne
Titre original : Pandora and the Flying Dutchman
Réal., scén. : Albert Lewin
Photo : Jack Cardiff
Musique : Alan Rawsthorne
Montage : Ralph Kemplen, Clive Donner
Distribution : MGM
Durée : 122 min
Avec Ava Gardner, James Mason, Nigel Patrick, Sheila Sim, Harold Warrender, Mario Cabré…

Sortie en coffret ultra-collector (Blu-ray + DVD + livre de Patrick Brion) par Carlotta Films le 27 octobre 2021.

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