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Qu’est-ce qui fait qu’on entre ou pas dans un film, que tout ce qui nous est raconté nous paraît subtil, délicat, superbement joué ou pas ? C’est là l’un des mystères de l’art. Et je dois avouer être sorti émerveillé du nouveau film d’Emmanuel Mouret, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait. Que j’ai trouvé subtil et délicat et superbement joué.

 

 

Mouret adore étudier de près l’amour et le désir, ce qu’affirmait clairement son Art d’aimer mais qui transparaît clairement dans l’ensemble de sa filmographie. Pour cela, il n’a pas forcément besoin d’un dialogue appuyé, faisant confiance aux acteurs qui, d’un regard baissé, d’un geste contrarié, d’un mouvement des lèvres indiquent beaucoup plus sûrement un sentiment, un atermoiement ou un désir réfréné que ne le ferait un long discours.

 

 

Pour parler de sentiments profonds, Mouret utilise la forme plus légère du marivaudage et se plaît à commencer une histoire et à soudain l’interrompre pour se mettre à en raconter une deuxième avant de revenir à la première, entrecoupée à nouveau par une troisième ou une quatrième. C’est non seulement très plaisant et très fluide, malgré ces coupures, et l’on ne peut que penser aux magnifiques 1001 nuits de Pasolini dans lesquelles le récit était ainsi lui aussi interrompu et repris.

 

 

Dans Les choses qu’on dit, on aurait tort de prendre à la légère les émois décrits même si le cinéaste, nullement dupe de ce qu’il fait, choisit de les traiter sur le ton de la comédie. Pour servir son propos, il a choisi une pléiade d’acteurs impeccables, de Camélia Jordana à Niels Schneider, d’Émilie Dequenne à Guillaume Gouix, de Vincent Macaigne à Jenna Thiam, sans oublier Louis-Do de Lencquesaing, le plus âgé de tous, qui ne dénote pas dans ce casting. Tous ces personnages, qui évoluent dans un milieu bourgeois et cultivé, ne s’aiment pas exclusivement mais désirent avant tout un partenaire engagé ailleurs. Dans cette ronde des plaisirs exclusivement hétérosexuels que ne renierait pas Max Ophuls, les esprits s’unissent, les corps se partagent et les cœurs se froissent, soulevés par la beauté de la bande son, composée uniquement de musiques classiques : Chopin, Schubert, Debussy, Haydn, Satie, etc.

 

 

Il ne faut nullement bouder son plaisir et se laisser embarquer par ces jolis pressentiments de sentiments amoureux.

Jean-Charles Lemeunier

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait
Année : 2020
Origine : France
Réal., scén. : Emmanuel Mouret
Photo : Laurent Desmet
Montage : Martial Salomon
Musique : Chopin, Schubert, Debussy, Haydn, Satie, Grieg, Purcell, etc.
Durée : 122 min
Avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne, Émilie Dequenne, Guillaume Gouix, Jenna Thiam, Louis-Do de Lencquesaing…

Sortie en salles le 16 septembre 2020.

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