Home

Au cinéma Les Alizés de Bron, dans la banlieue lyonnaise, le festival Drôle d’endroit pour des rencontres n’est pas avare de belles surprises. La preuve avec Mes jours de gloire, premier long-métrage d’Antoine de Bary après le court L’enfance d’un chef, au sujet très proche et lui aussi interprété par Vincent Lacoste.

 

Vincent Lacoste

 

Irrésistible, l’acteur porte le film sur ses épaules et le conduit vers des chemins assez inaccessibles. Son naturel imprévisible pourrait faire penser, toutes proportions gardées car ils n’ont pas le même âge, au Jean-Pierre Léaud des 400 coups. Les mensonges inventés par l’enfant Léaud (« C’est ma mère, monsieur, elle est morte » justifie son retard en classe) sont au diapason de ceux proférés avec aplomb par Lacoste tout au long de Mes jours de gloire. Qu’il oublie ses clefs, ait des problèmes d’érection ou tente de cacher un mal-être beaucoup plus profond, ce vieil adolescent de 26 ans trouve toujours une porte de sortie pour se dissimuler.

 

Emmanuelle Devos et Vincent Lacoste

 

Est-ce une autobiographie, demandait-on à Antoine de Bary lors du débat qui a suivi la projection. « Joker », répondait le jeune cinéaste qui a l’âge de son personnage. Avant d’ajouter : « C’est vrai que maman est psy et qu’elle a un chien. » Psy étant le métier exercé dans le film par la mère de Vincent Lacoste, jouée par Emmanuelle Devos, qui se trimballe toujours avec son gros chien. Antoine continue : « Effectivement, tout cela, je ne peux pas le cacher. Ma mère a d’ailleurs peur de perdre des patients à cause de moi. »

 

Antoine de Bary (Photo JCL)

 

Et devinant nos pensées à propos de ce film qui raconte les tourments existentiels d’un fils de psy, il ajoute : « Ce sont toujours les fils de cordonniers les plus mal chaussés. » Puis : « Ce premier film est l’incubateur de plein de choses qu’on a vécues dans la vie. Je devais transformer ça en une histoire de cinéma et de passage à l’âge adulte. »

 

Vincent Lacoste et le grand Charles

 

Revenons à la qualité du travail de Vincent Lacoste. Il incarne un jeune acteur à qui un metteur en scène allemand confie le rôle du général de Gaulle. Il est évident qu’Adrien, le personnage interprété par Vincent Lacoste, est davantage un grand marle que le grand Charles, pour reprendre un mot d’argot désuet qui signifie malin et combinard.

 

Noée Abita et Vincent Lacoste

 

« Le costume est trop grand, plaisante Antoine de Bary, et sa difficulté à incarner de Gaulle est à l’échelle de celle à devenir adulte. » Mais le travail de Lacoste va au-delà de cela. Grâce à ses mimiques, ses changements d’attitude, ses gestes imprécis, ses regards, son flegme, il nous surprend à chaque scène. On ne sait pas où il nous mène, comme le film, malgré ses airs de comédie assumée, nous entraîne vers d’autres rivages. De Bary confie : « Il existait le risque d’avoir quelqu’un d’affecté. Mais il y a chez Vincent cette grâce, cette magie, cette façon d’aborder les choses de manière frontale, avec son visage et toutes les nuances de son jeu. Vincent prépare énormément ses rôles et arrive sur le plateau avec une attitude je-m’en-foutiste. Il est assez fascinant. »

 

Antoine de Bary (Photo JCL)

 

Ce n’est d’ailleurs pas étonnant, alors qu’un spectateur lui demande quels sont ses cinéastes de chevet, d’entendre Antoine de Bary répondre : « Je suis un fan de Paul Thomas Anderson. J’avais 13-14 ans lorsque j’ai découvert Boogie Nights sur un DVD qui traînait à la maison. J’aime beaucoup aussi Billy Wilder, Sunset Blvd et La garçonnière. Et Pierre Salvadori, qui traite des drames de la vie avec légèreté, comme dans Les apprentis. Ce qui nous ramène aux films italiens des années soixante, ceux de Dino Risi ou L’argent de la vieille de Comencini. J’adore Alberto Sordi. Il y a aussi Altman et Short Cuts. J’ai un père qui travaillait dans la pub et j’ai traîné assez jeune sur les tournages. J’ai ainsi vu à l’œuvre Xavier Giannoli, et Cédric Klapisch. Mais ce qui m’a conduit au cinéma, c’est de regarder des films. »

Dernier détail, qui a son importance dans le film : l’importance de la cigarette. Les personnages, que ce soit Vincent Lacoste ou Emmanuelle Devos, ne cessent d’allumer des clopes. « J’aime beaucoup ces films des années soixante-dix où ça clope beaucoup, surtout ceux de Sautet, reconnaît Antoine de Bary. La cigarette occupe les mains, donne de la prestance. Aujourd’hui, elle est condamnée à juste titre et les personnages que l’on montre en train de fumer sont désignées comme de mauvaises personnes. » Et il ajoute qu’Emmanuelle Devos, qui ne fume pas dans la vie, a été obligée de le faire pour le film.

Mes jours de gloire a été présenté à la Mostra de Venise. Quand on lui en parle, Antoine de Bary reste pensif avant de déclarer : « C’est le début d’une appartenance à quelque chose. »

Propos recueillis par Jean-Charles Lemeunier

Mes jours de gloire
Année : 2019
Origine : France
Réal. : Antoine de Bary
Scén. : Elias Belkeddar, Antoine de Bary
Photo : Nicolas Loir
Musique : Arthur Simonini
Montage : Julien Perrin
Durée : 98 minutes
Distributeur : Bac Films
Avec Vincent Lacoste, Emmanuelle Devos, Noée Abita, Damien Chapelle, Christophe Lambert, Jochen Hägele…

Sortie le 26 février 2020.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s