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C’est à chaque fois la même surprise pour le récipiendaire du prix Lumière, à Lyon, à la vision d’un tel enthousiasme. Certains films projetés à la Halle Tony-Garnier (Itinéraire d’un enfant gâté, la trilogie du Seigneur des anneaux, Les raisins de la colère) attirant même plus de 5000 spectateurs. Du jamais vu, d’autant plus qu’il s’agit de films du patrimoine !

 

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Prix Lumière 2018, Jane Fonda a été tout aussi étonnée et ravie que ses prédécesseurs : Clint Eastwood, Milos Forman, Gérard Depardieu, Ken Loach, Quentin Tarantino, Pedro Almodovar, Martin Scorsese, Catherine Deneuve et Wong Kar-wai. D’autant plus que les organisateurs (Thierry Frémaux et l’Institut Lumière) avaient mis les petits plats dans les grands. Tant au sens propre qu’au figuré, Jane Fonda s’exclamant spontanément : « On bouffe formidablement partout à Lyon. » Car l’actrice s’exprime parfaitement bien en français.

Jane Fonda ayant déclaré qu’elle appréciait beaucoup les chansons de Piaf et de Brel, Vincent Delerm vint lui susurrer Mon manège à moi et Nolwenn Leroy La quête. Dominique Blanc lut un extrait de Simone de Beauvoir, tandis qu’Anaïs Demoustier, Suzanne Clément et Anne Consigny se partageaient quelques pages de Ma vie, l’autobiographie de l’actrice. Enfin, avant de lui remettre le prix, Costa-Gavras rappela qu’il était l’assistant de René Clément sur Les félins et que c’est lui qui avait été chargé d’accueillir Jane Fonda.

Pour ne pas laisser trop de place à l’émotion, Jane se mit à chanter Dans la rue des Blancs-Manteaux : « Dans la rue des Blancs-Manteaux, le bourreau s’est levé tôt, c’est qu’y en avait du boulot, faut qu’il coupe des généraux, des évêques, des amiraux… et Trump ! »

 

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Le lendemain, Jane Fonda recevait quelques journalistes. Nous y étions. Il y fut question de sa carrière, bien sûr, mais beaucoup de politique aussi.

Sur Barbarella (elle ne parla pas du film de Roger Vadim lors de la conférence de presse mais le soir, lors de sa présentation au public)
« Le film démarrait par un strip-tease. J’avais la tête en bas, couchée sur une plaque de verre très épais, qui était suspendue au plafond. On tournait au ralenti et je devais enlever lentement mon space suit. Vadim, qui était mon mari, me rassurait : « Tu seras couverte par les lettres du générique. » Il mentait. J’étais terrorisée à l’idée d’être nue comme cela, face à la caméra. J’ai bu beaucoup. Et j’étais complètement ivre de vodka. On a tourné la scène. Le lendemain, en regardant les rushes, on s’est rendu compte qu’une chauve-souris était passée plusieurs fois entre moi et la caméra. On a dû la refaire. J’avais la gueule de bois. Souvenez-vous en, lorsque vous verrez la scène : Barbarella is very hangover and drunk ! »

Sur F.T.A. (1972), formidable documentaire de Francine Parker qui montre la tournée pacifiste faite par Jane Fonda, Donald Sutherland et quelques autres dans les bases militaires de Hawaï, des Philippines et d’Okinawa, alors que la guerre fait rage au Vietnam. Le titre peut d’ailleurs se lire « Free the Army » ou « Fuck the Army » mais est aussi une référence à la troupe du Free Theater Associates.
« C’était compliqué. Les militaires disaient par exemple que le show commencerait à 6 o’clock sur la base des Philippines mais ils changeaient l’endroit. Et il y avait toujours des menaces de bombardement. »

 

 

Sur Trump
« Quand il a été élu, je me suis demandé ce que je pouvais faire de plus efficace. La chose la plus importante était de parler directement aux gens. Vous savez, Trump souffre de PTSD, posttraumatic stress disorder, des troubles de stress post-traumatique. Personne ne le dit mais je sais que c’est vrai. C’est à cause de son père. Quand il était très jeune, il a été brutalisé par son père sans être protégé par sa mère. Son père était proche du Ku Klux Klan. Quand on a un père macho, qui vous répète « Don’t be a sissy »… Le monde souffre à cause du père de Trump. Le président manque totalement d’empathie pour les autres et pour lui-même. Je déteste tout ce qu’il fait mais j’ai malgré tout de l’empathie pour lui. Mais jusqu’à mon dernier souffle, je combattrai cette puissance mâle blanche. »

La Géorgie
« Savez-vous ce qui se passe en Géorgie ? Aux prochaines élections de novembre — le 6 novembre sera l’élection la plus importante de ma vie —, une femme noire progressiste se présente. Face à elle se trouve un blanc qui est secrétaire d’état et qui contrôle les machines à voter. Il y a un an, le gouvernement fédéral lui a dit que ses machines étaient vulnérables aux Russes. Lui-même a passé une loi comme quoi vous ne pourrez pas voter s’il y a un problème sur votre passeport dans l’écriture de votre nom : un blanc en trop entre deux lettres ou l’absence d’un point sur un i. Il a ainsi supprimé 53000 votes. Comment la candidate peut-elle gagner contre un type qui contrôle les machines ?
Je suis effrayée par la situation qui existe en Géorgie. Dès mon retour aux États-Unis, je repartirai en Géorgie pour convaincre les populations noires de voter. Même si elles sont résignées. »

 

 

Ses films politiques
« Deux semaines après la sortie de China Syndrome (1979, Le syndrome chinois), il y a eu la catastrophe de Three Mile Island. Les gens venaient voir le film pour comprendre ce qui s’était passé. Le film a changé les idées des Américains pour comprendre le danger nucléaire. Nine to Five (1980, Comment se débarrasser de son patron) était une comédie mais elle a beaucoup aidé les femmes employées dans les bureaux, qui ont monté un syndicat après la sortie du film.
Tout va bien (1972) de Godard a, en revanche, été un cauchemar. Je ne me souviens de rien.
Avant de venir en France, c’est vrai que j’ai tourné beaucoup de films superficiels. Je ne me sentais pas bien, je n’étais pas activiste, j’étais moi-même superficielle. Maintenant, c’est so nice to get old ! Quand vous êtes jeune, vous ne savez pas. Plus vieux, vous comprenez ce que vous représentez, pourquoi vous êtes là. Et vous pouvez faire des films qui ont quelque chose à dire.
Mon père a tourné des films tels que Les raisins de la colère, Douze hommes en colère, Vers sa destinée, dans lequel il incarnait Abraham Lincoln jeune. Les valeurs de justice et d’égalité, ce n’est pas directement qu’il m’en parlait, mais à travers ses films. Les raisins de la colère, je ne me souviens pas de la première fois où je l’ai vu. Je l’ai visionné à nouveau une fois que j’étais devenue activiste et j’ai à nouveau ressenti un amour très fort pour mon père. C’est un film si brillant ! »

L’activisme
« Je n’aimerais pas briguer un mandat électoral. Je me sens plus utile en dehors qu’en me faisant élire. Je préfère lutter aux côtés des ouvriers que d’être coincée dans un bureau. J’ai été mariée à un politicien — NDA : Tom Hayden, élu à l’assemblée de Californie et au Sénat. C’était important, mais pas pour moi. »

 

 

La série Grace & Frankie
« Chaque fois que quelqu’un de mon âge joue un rôle compliqué, même dans la comédie, avec plusieurs niveaux de lecture, c’est très bien pour les femmes. On ne s’attendait pas à ce que les jeunes aiment cette série. Ce sera notre sixième saison en janvier. »

Le théâtre
« Il y a très longtemps, j’ai joué quatre ou cinq pièces à Broadway. À 70 ans, on m’a offert un rôle dans 33 variations, une pièce de Moises Kaufman. J’ai accepté. Je voulais avoir une expérience joyeuse au théâtre. Je l’ai eue. C’était formidable ! On l’a jouée six mois à New York et cinq à Los Angeles. Aux États-Unis, il faut être riche pour aller au théâtre. C’est pour cette raison que j’aime davantage la télé, parce qu’elle est plus démocratique que le théâtre. »

Sa vie
« Les alcooliques anonymes m’ont appris que non est une phrase complète. J’aurais aimé savoir cela plus jeune.
Je suis née dans la haute classe, je suis une privilégiée. Si j’étais Noire et belle, ça ne me servirait pas. »

 

 

Le prix Lumière
« J’étais tellement heureuse, hier soir, avec cet honneur. Je suis à Lyon depuis quatre jours et j’adore cette ville, sa pensée, la philosophie qui existe derrière le festival. Il n’est pas compétitif et le cinéma est apprécié comme un art. C’est libérateur. Se retrouver dans une salle avec 5000 personnes, avec ces femmes formidables qui lisaient des extraits de mon livre. Je garderai cela dans mon cœur pour toujours. Je ne m’attendais pas du tout à cela. »

Jean-Charles Lemeunier

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