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Thierry Frémaux, le directeur du festival Lumière, à Lyon (et aussi directeur de l’Institut Lumière, qui l’organise, et encore délégué général du festival de Cannes), est passé maître dans l’art du suspense. Pour mieux s’en rendre compte, il suffit d’assister aux conférences de presse qu’il donne pour annoncer la prochaine édition du festival. Ainsi celle du 11 juin : à chaque fois, il précise les différents hommages qui seront rendus, très nombreux et très alléchants, avant de faire deviner, au moyen d’un clip toujours astucieux, le nom du prochain récipiendaire du Prix Lumière. Et ils ont tous été prestigieux. Jugez un peu : Clint Eastwood (2009), Milos Forman (2010), Gérard Depardieu (2011), Ken Loach (2012), Quentin Tarantino (2013), Pedro Almodovar (2014), Martin Scorsese (2015), Catherine Deneuve (2016) et Wong Kar-wai (2017). C’est donc Jane Fonda qui viendra recevoir son prix à Lyon à l’issue d’une dixième édition qui se déroulera du 13 au 21 octobre. Applaudissements.

 

 

Il semblerait que ce n’est pas tant à la seule Jane Fonda que s’adresse cette ovation qu’à toute sa famille. Le clip de présentation ne commençait-il pas par la vibrante tirade de Henry Fonda dans Les raisins de la colère ? « I’ll be there », déclarait-il. Une phrase que sa fille pourra reprendre à son compte. Il existe bien évidemment plusieurs périodes dans la carrière de l’actrice. Aux premiers rôles hollywoodiens succède une carrière européenne auprès de René Clément (Les félins) et, surtout, de Roger Vadim, qu’elle épouse (La ronde, La curée, Histoires extraordinaires, Barbarella). Elle retourne de temps en temps aux États-Unis pour tourner quelques films marquants : Cat Ballou d’Elliot Silverstein (1965) et, surtout, La poursuite impitoyable d’Arthur Penn (1966) et Que vienne la nuit de Preminger (1967). En 1969, c’est encore le formidable On achève bien les chevaux de Sydney Pollack.

 

 

L’esprit de rébellion souffle sur toute la planète en cette fin des années soixante. Jane et Peter Fonda souffrent d’être à l’ombre du père. Peter tourne Easy Rider en 1969 et Jane s’engage dans une série de films plus ou moins contestataires : Klute d’Alan J. Pakula (1971), qui bouscule les codes du film de détective — elle y joue une prostituée —, Tout va bien de Godard et Jean-Pierre Gorin (1972) et FTA (pour Fuck the Army) de Francine Parker (1972), un documentaire contre la guerre du Vietnam dans lequel elle retrouve Donald Sutherland, son partenaire de Klute et de Steelyard Blues (1973). La fin des années soixante-dix la voit revenir à un cinéma plus « mainstream« , dirigée par Losey, Cukor, Ted Kotcheff, Herbert Ross ou Sydney Pollack. Certains de ces films restent politiques, tels Julia (1977, Fred Zinnemann) dans lequel elle incarne la scénariste et dramaturge Lillian Hellman, victime du maccarthysme, Le retour (1978, Hal Ashby) sur le Vietnam ou Le syndrome chinois (1979, James Bridges) sur le danger nucléaire.

 

 

La maison du lac (1981) de Mark Rydell marque la réconciliation avec son père. Hormis quelques films (Agnès de Dieu de Norman Jewison, Le lendemain du crime de Sidney Lumet), elle se perd dans des comédies insipides. Ces dernières années, elle joue encore le rôle de Nancy Reagan dans Le majordome (2013, Lee Daniels) et apparaît dans Youth (2015, Paolo Sorrentino) mais reste beaucoup plus connue pour ses publicités pour garder la forme ou pour L’Oréal. Son dernier film à ce jour, Le Book Club (2018, Bill Holderman), est une sorte de All Old-Star Movie, dans lequel elle est aux côtés de Diane Keaton, Candice Bergen, Mary Steenburgen, Andy Garcia, Don Johnson et Richard Dreyfuss. Et, à en croire ce qu’on peut en lire sur Internet, dans un club de lecture, quelques vieilles dames sont bouleversifiées par la lecture de Cinquante nuances de Grey. Ce qui, franchement, ne présage rien de bon…

 

 

Mais revenons au festival. Aux côtés de Jane Fonda, Thierry Frémaux et Maëlle Arnaud (promue directrice de la programmation) nous ont concocté un programme varié, avec des hommages à Henri Decoin, Muriel Box, Richard Thorpe, Liv Ullmann, Pierre Rissient, Max Linder, Catherine Hessling, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Sergio Leone, Peter Bogdanovich et King Hu. Que du beau monde ! Ils annoncent encore les participations de Catherine Frot (qui viendra chanter) et de Bernard Lavilliers (qui viendra parler des films qu’il aime). Michel Ciment (Positif) animera encore un atelier sur la critique. Plus quelques nuits cinéphiles et le marché du film classique. On en reparlera en temps voulu.

Jean-Charles Lemeunier

http://www.festival-lumiere.org

 

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